Le plus dur commence pour Jagmeet Singh et le NPD

Philippe J. Fournier déchiffre les résultats des élections partielles qui ont notamment vu la victoire des néo-démocrates dans Burnaby-Sud. Avant de se projeter au 21 octobre prochain.

Photo originale : La Presse canadienne

Après plus de 16 mois comme chef du NPD, Jagmeet Singh a finalement remporté sa première élection à la Chambre des communes. Lundi soir, M. Singh a récolté 39 % des suffrages de la circonscription de Burnaby-Sud (près de Vancouver, en Colombie-Britannique), une avance de 13 points sur son plus proche rival, le libéral Richard T. Lee.

Au Québec, la candidate libérale Rachel Bendayan a raflé un peu plus de 40 % du vote populaire pour ravir Outremont aux mains du NPD. Après le départ de Tom Mulcair et des chiffres désastreux pour le NPD au Québec depuis plus d’un an, cette victoire du PLC n’est pas vraiment une surprise.

En Ontario, les conservateurs ont conservé le bastion de York-Simcoe, laissé vacant après le départ du député Peter Van Loan.

Évidemment, le modèle fédéral Qc125 est d’abord et avant tout conçu pour les élections générales, donc nous devons faire preuve de prudence en comparant les résultats des partielles avec les projections par circonscription. Historiquement, les résultats des élections partielles sont beaucoup plus difficiles à prédire avec précision, car 1) il y a généralement très peu de données disponibles (sondages locaux peu fiables), 2) les taux de participation sont généralement beaucoup plus faibles (les partielles de lundi n’ont pas fait exception), et 3) la couverture médiatique limitée rend difficile la cueillette d’informations sur les effets « hyperlocaux ».

Malgré tout, les données sont des données. Alors, jetons un coup d’œil aux résultats de ces élections partielles superposés avec les dernières projections du modèle Qc125.

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Burnaby-Sud, Colombie-Britannique

Nous savions depuis des mois que le Parti vert du Canada ne présenterait aucun candidat dans Burnaby-Sud. Toutefois, tel que mentionné précédemment, sans données concrètes sur la façon dont le « vote vert » serait redistribué dans les autres partis, une projection électorale uniquement pour la partielle serait truffée d’hypothèses non démontrables et de spéculations impossibles à chiffrer.

Néanmoins, considérez le graphique suivant. Les points et lignes colorés représentent les intervalles de confiance de la projection pour Burnaby-Sud. Les points noirs indiquent les résultats de l’élection partielle :

Les parts de vote pour le Parti libéral et le Parti conservateur ont été projetées correctement et, disons-le, avec haute précision.

Malgré toute la fanfare de la candidate du Parti populaire Laura-Lynn Tyler Thompson, elle n’a obtenu que 10,6 % des suffrages, soit quelque peu sous la moyenne de la projection, mais toujours à l’intérieur de son intervalle de confiance. Il s’agit tout de même d’une performance intéressante pour le jeune parti de Maxime Bernier.

Pour ce qui est du NPD, il semble que Jagmeet Singh et son équipe aient été en mesure de consolider la base néo-démocrate, en plus d’attirer une fraction raisonnable du vote vert. Pour une élection générale, le modèle Qc125 projetait une victoire serrée du NPD dans Burnaby-Sud. L’absence des verts aura certainement donné un peu de marge de manœuvre aux néo-démocrates.

Outremont, Québec

Avec un certain recul, nous pouvons maintenant affirmer, chiffres concrets à l’appui, que le départ de Tom Mulcair aura fait très mal au NPD, particulièrement au Québec, où 16 députés du NPD avaient été élus en 2015 — la plus grande députation néo-démocrate de toutes les provinces canadiennes. M. Mulcair avait remporté Outremont dans une élection partielle en 2007 après le départ du libéral Jean Lapierre, puis avait été réélu en 2008, 2011 et 2015 avec des marges plutôt confortables.

Depuis l’arrivée de Jagmeet Singh à la tête du NPD, le parti glisse sans cesse dans les sondages au Québec (et, soulignons-le, partout ailleurs au Canada). Donc, lors de l’élection partielle de lundi dernier, le Parti libéral était certainement le favori pour l’emporter. Considérez la figure suivante :

Les projections des libéraux, des verts et du Bloc québécois se sont avérées hautement précises. Le modèle a toutefois nettement sous-estimé la performance de la néo-démocrate Julia Sanchez et surestimé celle du candidat conservateur (qui a terminé cinquième avec seulement 7,3 % des suffrages). Mme Sanchez avait certainement une équipe sur le terrain très efficace (plusieurs militants de QS et de Projet Montréal auraient participé à sa campagne), ce qui a sans doute fait gonfler son résultat final.

Malgré tout, quoique 26 % soit certes un résultat respectable pour le NPD, cette défaite doit faire mal dans les rangs néo-démocrates. Le NPD détient toujours trois autres circonscriptions sur l’île de Montréal : Rosemont–La Petite-Patrie, LaurierSainte-Marie et Hochelaga. Le NPD aura fort à faire pour conserver ces acquis en octobre prochain.

York-Simcoe, Ontario

Sans surprise, le Parti conservateur a conservé son fief de York-Simcoe, au nord de Toronto. Le PCC a fait un peu mieux que la projection en obtenant 53,9 % des suffrages.

Les résultats du PLC et du NPD ont été correctement projetés, mais la part des petits partis (PVC et PPC) a été surestimée.

En conclusion

Il s’agissait des dernières élections partielles de la 42e législature. La prochaine fois que les Canadiens iront aux urnes pour élire leurs députés fédéraux, ce sera lors de la 43e élection générale, prévue pour le 21 octobre prochain. Les dernières projections nous indiquent que le Parti libéral a perdu des plumes à la suite de la saga SNC-Lavalin / Jody Wilson-Raybould, mais que le Parti conservateur ne parvient pas encore à en profiter pleinement.

En effet, la projection de sièges actuelle donne une égalité statistique entre le PLC et le PCC :

Cette projection représente-t-elle le creux de la vague pour le PLC ? Si oui, cela confirmerait l’hypothèse selon laquelle les conservateurs ont besoin que le NPD progresse dans les intentions de vote pour remporter une majorité.

Toutefois, si cette « saga » devait perdurer ou même s’aggraver, Justin Trudeau pourrait être le premier premier ministre à ne remporter qu’un seul mandat pour son parti depuis Joe Clark en… 1979.

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2 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Tout ça c’ est actuellement de la jasette! Attendons voir les prochaines semaines ! Pour moi je l’ ai déjà dit à plusieurs reprises , le NPD s’ est rentré la tête dans la carapace comme une tortue et n’ évolue pas ! Un troisième parti insignifiant à la chambre des communes!

Bonne chance car jusqu’à présent, il n’a montré aucun potentiel de PM.