Le populiste, l’économiste et l’urbaniste

La saison des élections municipales a commencé officiellement vendredi dernier, et elle suscite un engouement rarement vu.

Photo: Graham Hughes/Presse canadienne
De gauche à droite: Richard Bergeron, Denis Coderre et Marcel Côté. (Photo: Graham Hughes/Presse canadienne)

La saison des élections municipales a commencé officiellement vendredi dernier, et elle suscite un engouement rarement vu. Selon les données du Directeur général des élections du Québec (DGEQ), le nombre de partis qui ont formulé une demande d’autorisation a doublé par rapport à 2009.

À Montréal seulement, 13 partis ont reçu la sanction royale du DGEQ et six autres attendent leur autorisation. Pour l’instant, trois candidats se démarquent: Denis Coderre, Marcel Côté et Richard Bergeron. Le populiste, l’économiste et l’urbaniste.

Les trois adversaires ont défilé au micro de Michel C. Auger, vendredi dernier pour parler des enjeux de la campagne et se faire connaître auprès des électeurs, en projetant l’image de candidats humains et accessibles.

Les trois hommes ne s’affrontaient pas dans un débat au sens propre. Ils répondaient plutôt aux mêmes questions posées par le collègue Auger, un chroniqueur politique roué qui ne s’en laisse pas passer. Il fallait l’entendre remettre les candidats à leur place lorsqu’ils prenaient des libertés avec les chiffres, comme Marcel Côté l’a fait avec ses explications nébuleuses sur l’augmentation «moyenne» du rôle d’évaluation. L’animateur ne s’est pas gêné pour remettre les candidats à leur place lorsqu’ils formulaient des réponses convenues, entre autres sur les façons de ramener les familles à Montréal.

Il est trop tôt pour faire des pronostics sur l’identité du futur maire de Montréal. Mon instinct me dit que la course va se resserrer dans les prochaines semaines. Je ne serais pas du tout surpris que le prochain maire soit minoritaire au sein d’un conseil balkanisé.

Les contrastes sont assez évidents entre les trois principaux candidats. Denis Coderre joue la carte du populiste, aimé dans son quartier et connu du monde ordinaire. J’ai l’impression de revoir en lui une part de Pierre Bourque. L’ex maire était honni des commentateurs et ridiculisé par les caricaturistes, mais il avait une touche hors du commun auprès des électeurs. Il était capable de transcender les barrières culturelles, linguistiques et politiques.

Le vernis est mince. M. Coderre a apporté plus de formules toutes faites que d’idées neuves au micro de Michel C. Auger. Il va «changer les serrures» à l’hôtel de ville. Trop de monde avaient les clefs, a-t-il lancé. Fort bien. Il devra nous expliquer un jour comment il compte nettoyer la ville de ses corrompus avec une équipe composée à moitié des anciens aveugles d’Union Montréal qui n’ont rien vu, rien su sous le règne de Gérald Tremblay. Il y a tellement d’ex d’Union Montréal dans l’équipe de M. Coderre qu’il pourrait faire campagne sous la bannière Réunion Montréal.

Marcel Côté, l’économiste et fondateur de SECOR, est la réponse que le milieu des affaires a trouvé à la candidature Denis Coderre. Fédéraliste issu des milieux conservateurs, il a «vampirisé» Vision Montréal, dont les candidats et les principaux éléments du programme ont été absorbés au sein de sa coalition. Lorsqu’il a proposé de créer un poste de commissaire à l’éthique, on aurait cru entendre Louise Harel. L’union est-ouest, souverainistes-fédéralistes, anglos-francos permettra-t-elle à Marcel Côté de prendre la mairie? C’est un pari risqué.

M. Côté n’a pas la popularité de Denis Coderre. Pour compenser ce manque de charisme, il devra faire preuve d’une maîtrise exceptionnelle des dossiers… ce qui n’est pas encore le cas.

Pour l’heure, Richard Bergeron, l’urbaniste amoureux feu d’une métropole à la hauteur du piéton, est de loin le candidat qui connaît le mieux les enjeux propres à Montréal. Il en a fait la démonstration lors du débat organisé par la première chaîne de Radio-Canada, en truffant ses interventions de références historiques et statistiques, notamment sur l’échec des politiques visant à garder les familles à Montréal.

M. Bergeron a fait deux campagnes perdantes à la mairie et il siège au conseil depuis novembre 2005, ce qui lui confère un avantage sur ses deux adversaires. Sa candidature est suspecte aux yeux des commerçants et des automobilistes, ces sempiternels insatisfaits.

Le chef de Projet Montréal offre à des électeurs un engagement ferme pour faire de Montréal une ville appartenant à ceux qui l’habitent. L’aménagement urbain et le transport collectif sont les fers de lance de son programme.

Projet Montréal est le seul véritable parti avec des militants dans la course, et la seule formation qui ne compte pas dans ses rangs des ex d’Union Montréal. Richard Bergeron peut marteler le thème de l’intégrité jusqu’au 3 novembre sans la moindre inquiétude que des fantômes du passé viennent le hanter.

La grande inconnue, c’est de savoir si les électeurs se préoccupent à ce point de l’intégrité et de l’aménagement de leur ville pour accorder leur confiance à M. Bergeron et son équipe.

En politique municipale, un maire n’est pas nécessairement élu en fonction de sa connaissance des enjeux. Le gagnant est souvent celui qui a remporté un concours de popularité sans trop se mettre les pieds dans la bouche durant la campagne.

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