Conseils à la nouvelle génération de souverainistes

Dans un essai qui surprend, l’ancien éditeur de L’actualité, Jean Paré, analyse les raisons profondes des difficultés du Parti québécois. Son nouveau leader sera-t-il l’artisan d’une réorientation radicale, demande-t-il, ou seulement le dernier billet de loterie d’une génération fatiguée?

Photo: Mathieu Belanger/Reuters
Photo: Mathieu Belanger/Reuters

Quand la première ministre Pauline Marois a déclenché des élections hâtives, au printemps 2014, pour s’assurer une majorité et quatre autres années de pouvoir, le Parti québécois était largement donné vainqueur. Une formalité. On a attribué sa déroute-surprise à des causes diverses : la charte des valeurs, la crainte d’un énième référendum sur l’indépendance, la conjoncture économique, les sondages, le mode de scrutin — une idée fixe des partis radicaux incapables d’intéresser plus qu’une infime marge de l’électorat —, la commission Charbonneau sur la corruption, le fait que le chef du gouvernement et du PQ soit une femme, la candidature inopinée de Pierre Karl Péladeau, honni tant chez les syndicalistes que les fédéralistes, la «peur», ce spectre mal défini, et, comme on dit, all of the above.

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C’est abondant, mais c’est un peu court. C’est attribuer la défaite du parti de l’indépendance à des causes circonstancielles, extérieures au Parti, plutôt qu’à ses politiques mêmes, son idéologie et surtout son objectif primordial : la sécession du Québec.

En effet, de la charte des valeurs, destinée à faire mousser les anxiétés identitaires, il n’avait guère été question pendant la campagne, sinon comme roue de secours tout à la fin. Et le poing brandi de Pierre Karl Péladeau a-t-il vraiment démotivé plus de tièdes qu’il n’a motivé de fidèles?

Quant à la «peur», enfin, cette peste que les indépendantistes ont accusé leurs adversaires de propager — un reproche lancé entres autres par le patriarche Gilles Vigneault —, ne serait-ce pas un mythe? Cette accusation de lâcheté (comme hier d’indifférence) est une insulte bien plus qu’une explication. D’ailleurs, ce vieil argument est bien davantage celui des clérico-nationalistes que de leurs adversaires. Le chantage à la peur de disparaître fait partie de nos plus vieilles traditions : si on n’allait pas à l’église, si on ne faisait pas d’enfants, si on buvait trop, si on fréquentait des Anglais, des protestants… Et depuis 40 ans, rideau si le Québec ne devient pas indépendant! Mais chez la majorité des huit millions de Québécois, ce chantage à l’anéantissement n’a plus d’effet. On a trop crié au loup.

Ces analyses-minute, faites dans les remous d’un scrutin, et qui répétaient pour l’essentiel les thèmes de la campagne, ont toutes pour caractéristique d’exonérer le Parti québécois et de rejeter sur d’autres la responsabilité de sa défaite.

Le scrutin proportionnel? On sait qu’il n’aurait que légèrement réduit le nombre d’élus libéraux, accru celui des députés de la Coalition Avenir Québec (CAQ) et de Québec solidaire, mais placé le Parti québécois exactement là où il est…

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La campagne du Parti québécois a été incohérente, indisciplinée, sans objectif clair, à l’image exactement des 18 mois de pouvoir du gouvernement Marois. L’omniprésence des ministres à Lac-Mégantic après la tragédie de l’été 2013 a pu donner le change un moment ; le battage autour du péril fondamentaliste musulman a pu aviver les craintes identitaires ; mais on s’est sans doute souvenu davantage des contradictions, des volte-face, des changements de direction au cours de la première année de pouvoir. Il était patent que l’objectif des élections n’était pas d’obtenir le mandat de tenir un référendum sur la sécession, pas plus que de faire avaliser des choix importants. Il s’agissait simplement de s’assurer une majorité et quatre années de pouvoir.

Les discours de Philippe Couillard et de Pauline Marois peu avant minuit ce 7 avril 2014 ont fort bien illustré deux attitudes divergentes devant l’avenir. Les Québécois sont un peuple «fort, fier et ambitieux», disait Philippe Couillard. «Quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse», avait proclamé Robert Bourassa. Cela plaît toujours.

Pauline Marois, elle, prétendait «craindre pour l’avenir du français, et même pour l’existence du peuple québécois»! Ce cliché défaitiste, cette menace, en réalité, que n’ont cessé d’utiliser trop de leaders politiques et religieux, agace beaucoup de gens, la majorité probablement. Son propos était d’ailleurs contredit deux phrases plus loin par l’évocation de plus de trois siècles de ténacité et de développement du peuple canadien-français — j’y reviendrai plus loin.

Qui donc avait peur? Qui exploitait la menace de la disparition, du danger anglais, intégriste, capitaliste?

Les référendums? Non, les Québécois n’en ont pas peur. Ils s’y présentent massivement, s’y prononcent, et le feront encore. Ils veulent être consultés, mais pas à répétition, quand ils ont déjà donné leur avis. «Je crois qu’une fois que le peuple a élu ses hommes politiques, il n’aime pas qu’on lui demande quoi faire», avait l’habitude de dire Jean Drapeau (Notre miroir à deux faces, par Gérard Bergeron, Québec-Amérique). Une notion discutable, mais proférée par un champion des urnes.

Allons plus loin. Une minorité importante de Québécois serait prête à faire du Québec un pays indépendant. Comme beaucoup de Catalans, beaucoup d’Écossais. Pour des raisons très diverses : anglophobie, car cela existe, esprit de revanche, toujours vivant, protection de la langue, comme si l’anglais allait être moins présent dans un Québec indépendant, désir de bâtir quelque chose de nouveau, lassitude devant le combat constant à mener contre des forces extérieures, comme tous les peuples.

Mais les autres? La majorité? Les chiffres sont éloquents…

Quarante-cinq années de résultats électoraux expliquent celui du 7 avril 2014. La défaite du Parti québécois et la victoire des libéraux ne sont pas une affaire nouvelle : en 15 consultations depuis sa fondation, le PQ a remporté 5 élections, mais en a perdu 8, ainsi que 2 référendums, soit 10 défaites contre 5 victoires.

Plus clair encore, pas une seule fois les électeurs n’ont accordé la majorité des votes exprimés au parti indépendantiste : son sommet est de 49,42 % et il date du référendum de 1995, il y a 20 ans. Huit fois, le PQ a obtenu moins de 40 % des voix, et trois fois, moins de 30 %, dont un bas de 25 % l’an dernier. À titre de comparaison, les libéraux ont obtenu 40 % ou plus des voix 10 fois, trois fois 50 % ou plus, dont une fois 56 %. De 2003 à 2018, au terme du gouvernement Couillard, le Parti québécois n’aura été au pouvoir que 18 mois sur 180! La force du Parti québécois tient du mythe.

Ce que Bernard Landry tenait, en consolation d’une défaite, pour un imparable «effet cliquet» — reculer d’un cran pour avancer de deux — ne semble-t-il pas, depuis le référendum de 1995, fonctionner à rebours?

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Comment expliquer ce qu’il faut bien qualifier d’échec, après 45 ans d’efforts?

Ce que l’on voit de la mer n’est pas la mer, mais le reflet du soleil ou de la lune sur les vagues. La lumière sur la surface. Mais l’océan est profond…

Une des explications de la résistance au projet indépendantiste se trouvait dans le discours d’adieu de Pauline Marois, bien malgré elle. En 400 ans, les Canadiens français, «une petite poignée», disait-elle, ont résisté et survécu à tout. Survécu, grandi et prospéré malgré la dureté du pays et du climat, le manque de ressources, la pauvreté, l’incompréhension et l’incompétence crasse d’une métropole occupée à d’autres intérêts et d’autres jeux, les menaces militaires : Iroquois d’abord, Anglais ensuite, massacre de la population masculine jeune pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763), privation de droits jusqu’en 1774 et au-delà, révolte avortée, union et projet d’assimilation…

Si cette chétive «poignée» a bien réussi, pourquoi huit millions échoueraient-ils? La méfiance d’une majorité de Québécois envers le parti indépendantiste n’est pas un réflexe de crainte, mais le «syndrome des Rocheuses» qui a valu tant de moqueries à Jean Chrétien. Pour lui et tant d’autres, «perdre ses Rocheuses» n’est pas tant une amputation de territoire et de paysage que l’expression de la capitulation ultime, la fin de l’histoire.

Cette hantise est chez les francophones la même que chez les nations qui se disent «premières» : c’est la nostalgie du Canada qui aurait pu être si les Canadiens français avaient été mieux gouvernés et qui pourrait toujours être, pour leurs descendants, le lebensraum (espace de vie) où ils n’ont pas besoin de quêter des papiers et des droits fondamentaux.

Si les «Rocheuses» jouent de façon subliminale un rôle si singulier dans la discussion interminable que tiennent les Québécois sur leur avenir, c’est que pour les francophones d’Amérique, ces montagnes mythiques bordent moins l’océan Pacifique que leur propre histoire, leur passé et par conséquent leur patrimoine historique. Cet espace que quelques centaines de leurs ancêtres ont pénétré, découvert, nommé, longtemps possédé et auquel un grand nombre reste attaché, de cœur ou par intérêt, malgré les déchirements, les déceptions, les rancœurs. Ce patrimoine occupé, perdu mais jamais cédé, l’indépendance en signerait la cession définitive et le renoncement à un énorme espace de liberté et de droit.

L’absence de frontière est une immense réalité permanente dans nos siècles d’histoire. Toute frontière est une castration. La pulvérisation de cet espace apparaît inconsciemment comme l’ultime défaite.

Les nationalistes «purs et durs»se sont joué un vilain tour en amplifiant ce syndrome par leur insistance et leur fixation sur le siècle et demi d’exploration française du continent, plutôt que sur 250 ans d’une action politique qui a forcé la majorité à accepter la diversité linguistique, culturelle et religieuse, la participation de la minorité à la construction, à l’orientation et à la direction de la fédération, son influence primordiale dans l’indépendance du Canada et le Statut de Westminster, et par là dans la création d’une nation.

En quatre mots comme en trois, «tout ça pour rien»? En pure perte?

Les nationalistes indépendantistes luttent contre la plus puissante des forces, l’inconscient, fait de nostalgie, de fidélité, de filiation, de regrets. Ils en sont en grande partie responsables, n’ayant guère valorisé que l’histoire antérieure à 1763 et celle des échecs plutôt que des victoires. Jean-François Lisée, député de Rosemont, sentait probablement le poids de ces sentiments presque toujours inconscients quand il expliquait l’échec de son parti par «la pénurie d’indépendantistes».

Pauline Marois a évoqué bien malgré elle quelque chose de réel, de profond, de tapi au cœur de beaucoup de Québécois, qu’il s’agisse de réussite, de nostalgie, de rêve de ce qui aurait pu être, mais qui est partie intégrante de leur culture, héritée de 15 générations de parents. C’est cette strate profonde de la psychologie québécoise qui faisait préférer à René Lévesque l’expression souveraineté-association, c’est le refus d’en tenir compte qui explique l’ambivalence de l’opinion.

Si ce qui unit les nations est «le chant ancien des souvenirs», selon une expression du président américain Abraham Lincoln, on peut aussi se demander ce qui les défait. Les démographes estiment que les descendants des Canadiens français qui ont fui le Canada depuis 150 ans sont peut-être aussi nombreux que la population actuelle du Québec. Ils partaient chercher de l’emploi, de plus hauts salaires, une vie meilleure. Il serait temps que des historiens explorent aussi la possibilité qu’ils aient simplement cherché à échapper à la chape de plomb qu’après 1840 a fait régner l’engeance théocratique clérico-nationale. Malgré les objurgations ecclésiastiques et gouvernementales, malgré l’offre de terres de misère et de passages gratuits, ils ne sont pas revenus «sauver leur foi et leur langue». Ils se souvenaient eux aussi, ils ont préféré leurs usines, leurs commerces, la liberté et on les trouve aujourd’hui dans tous les États de l’union américaine. Ils y ont trouvé une devise singulière : Ubi libertas, ibi patria.

Mais c’est une autre histoire, une histoire qui aurait pu être…

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Ceux qui ont lancé la quête de l’indépendance politique, il y a plus de 50 ans, conservent la foi — que Dante appelait «la substance des choses espérées» — et souffrent de l’angoisse de voir s’évaporer un rêve de jeunesse. Chez beaucoup, aussi, le vieux fond revanchard de la détestation de l’anglais. Avec ou sans majuscule. Mais les jeunes n’ont plus peur de l’anglais — ils s’y vautrent — et le «projet» n’est pas le leur : ils sont nés politiquement après le deuxième référendum.

Donc, la partie est terminée, perdue, pour le Parti québécois?

L’indépendantisme est-il dans un cul-de-sac, comme le disent les Louise Beaudoin ou Gérard Bouchard, et le PQ est-il un «champ de ruines», comme l’a qualifié Jacques Parizeau et sans doute bien d’autres?

Il ne faut pas confondre l’avenir du Québec et celui du PQ. Pas plus que celui du Québec et celui des Québécois… Le Parti québécois n’est jamais aussi fort que lorsqu’il n’est pas au pouvoir. Ce n’est pas un paradoxe, il ne peut en être autrement. Au pouvoir, il sera défait tôt ou tard ; dans l’opposition, il peut être le recours quand il ne s’enferre pas dans la toquade. Cela s’explique. Au pouvoir, il faut interdire, obliger, imposer, renier des promesses, rater certains objectifs, en un mot, gérer la réalité, ce que le gouverneur de l’État de New York Mario Cuomo appelait la prose, la prosaïque prose, déplaire nécessairement, et multiplier les déçus, qui attendaient des miracles. Au pouvoir, il est sur la défensive, occupé de mille autres questions que son objectif premier, l’article 1, l’indépendance, d’ailleurs jamais carrément affirmée, ce que lui reprochait Pierre Bourgault, fondateur du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) et donc, par la force des choses, cofondateur du Parti québécois, on se plaît à l’oublier. Dans l’opposition, il peut faire rêver, vendre son programme, l’indépendance, annoncer l’apothéose prochaine… Gérer la poésie, pour continuer la métaphore de Mario Cuomo.

Poésie, vraiment, car en 45 ans, on n’a pas lu encore une seule ligne sur le genre d’État que serait le Québec indépendant, «une société libérée, forte, riche, juste, équilibrée, respectueuse des droits de tous, qui prendra ses décisions seule». Disposant de «son coffre à outils». Soit. Mais quelles décisions, et quels outils? Et comment?

En 45 ans, on n’a pas consulté la population sur ses préférences : régime parlementaire? présidentiel? Quel genre de Constitution, de mode de scrutin, de régime électoral? Une chambre, ou deux? Quel régime économique? Le «modèle québécois», c’est aussi nébuleux que variable : un peu de Saskatchewan de Tommy Douglas, un vent de Scandinavie, des programmes presque tous partagés par le reste du Canada…

Le discours indépendantiste tient beaucoup du rite. Depuis le premier référendum, le Parti québécois n’a jamais expliqué non plus comment il entend réaliser la grande opération chirurgicale, ni montré qu’il avait un plan de navigation. Seul Jacques Parizeau, à la veille de 1995, semble avoir eu un schéma tactique — mais en prenant bien garde de le dévoiler, ce qui aurait peut-être rassuré des hésitants. Après tout ce temps, le PQ n’a pas non plus d’alliances pour le jour J, où elles seraient essentielles. Que des incantations… «Faire le pays». D’où son manque de crédibilité autrement que comme «parti de gouvernement». Les électeurs sont prêts à le porter et le reporter au pouvoir… pensant qu’il ne réalisera jamais son projet premier. Un parti comme les autres.

Les indépendantistes sont les premiers responsables de leur échec. Ce que l’on pouvait craindre au lendemain du rejet de «l’accord de Charlottetown» s’est produit : le Québec a fait la grève du fédéralisme, refusant la participation aux travaux et aux décisions des partis nationaux, et se cabrant en même temps devant l’indépendance, comme un cheval devant l’obstacle. N’étant plus dans la Confédération ni dehors, il ne bénéficie ni des avantages d’une pleine association ni de l’indépendance.

Entre-temps, le monde a changé : en 1970, il était facile de se voir emporté dans le tsunami des décolonisations, il était pensable de ne pas avoir vu venir l’internationalisation des économies — l’économie-monde, pour parler comme l’historien français Fernand Braudel —, de travailler, comme Jean Garon, à «l’autarcie alimentaire du Québec». Chacun ses oignons. Mon pays, mon cochon. L’instantanéité et l’universalité des communications étaient encore des rêves d’informaticiens ; aujourd’hui, la grande masse des importations sont immatérielles. Ou humaines.

Pendant la dernière campagne électorale, la première ministre Marois promettait de tenir «une vaste consultation» sur la souveraineté si les électeurs lui accordaient une majorité. Pourtant, nul besoin de majorité pour consulter. Ni même d’être au pouvoir. À moins que par consultation on entende une colossale opération d’agit-prop aux frais des contribuables.

C’est maintenant que le parti est libéré des obligations quotidiennes les plus contraignantes qu’il peut dire enfin aux Québécois quel type de pays il veut leur construire. Consulter : pas une opération de propagande comme celle qui a précédé le référendum de 1995, où l’on a entendu pêle-mêle les idées les plus généreuses comme les plus mesquines, les plus ouvertes comme les plus coincées. Un certain nombre de comités de tendances diverses pourraient préparer ces propositions, les faire avaliser par les membres du parti et ensuite trouver le ou les leaders pour les proposer à la population.

Candidat à la direction du parti avant de se désister, en janvier, est-ce la voie qu’aurait choisie Jean-François Lisée? Aurait-il cherché à réaliser, si les militants l’avaient choisi comme nouveau leader, le virage qu’il proposait en couverture de L’actualité en mars 2000 («La bombe Lisée») : «Les fédéralistes ont gagné. La souveraineté est inaccessible. Un référendum sur la souveraineté n’est plus possible.» Il y a 15 ans, en effet, Lisée proposait de «dépéquiser» le PQ, de tenir plutôt un référendum «refondateur» sur les orientations, les responsabilités et les pouvoirs d’un Québec de retour dans la Confédération. Retour à la souveraineté-association! «Un Québec fort dans un Canada uni»! Ces propositions allaient constituer le cœur de son livre Sortie de secours : Comment échapper au déclin du Québec (Boréal). Il reprenait l’approche de René Lévesque, qui incarnait parfaitement l’ambiguïté québécoise et qui, à l’indépendance de Pierre Bourgault, avait toujours préféré réaliser une nouvelle alliance.

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Dans l’état où les quatre dernières élections ont laissé le Parti québécois, sa partie est-elle jouable? Imaginons une partie d’échecs entre deux joueurs moyens : à la suite de mouvements irréfléchis, distraits, l’un d’eux se trouve en péril. Il a perdu un régiment de pions, une tour, un fou, même la reine. Il est fichu. Mais arrive un Garry Kasparov qui réussit le grand retournement… Courage! répète toujours François Legault, qui confond courage et audace, comme il confondait naguère peur et prudence.

Un chef de gauche? De droite? Économiste? Social? Des 10 personnalités les plus en vue de la mouvance souverainiste, qui incarnait quoi? Un «caribou», pur et dur? Un rival de gauche? Ou de l’extérieur du parti? C’est ce qu’était PKP il n’y a pas deux ans! Si vraiment c’est son poing dressé et la crainte de l’indépendance qui ont provoqué la déroute, les électeurs vont-ils accourir?

Donc, un nouveau leader souverainiste. Mais se contenter de cela, c’est mettre la charrue devant les bœufs. D’abord un programme, puis une stratégie. Autrement, ce sera more of the same.

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Bien des issues sont possibles, car l’on assiste à une remise à plat de la carte du Québec. Le nationalisme n’est pas mort. Mais il doit choisir. Les nationalistes ne peuvent occuper tout le spectre, de l’extrême gauche à l’extrême droite. Les gouvernements québécois ont presque toujours résulté de l’alliance des nationalistes tantôt avec les forces progressistes — Adélard Godbout, Jean Lesage, René Lévesque —, tantôt avec celles de droite — Maurice Duplessis, Daniel Johnson père. À qui se joindront les nationalistes découragés, ou les impatients? À la CAQ? Ou, comme en 1960, à des libéraux qui parviendraient à concilier le rêve, la nostalgie du passé et les espoirs futurs?

Le nouveau leader indépendantiste saura-t-il réunir une masse critique? Pierre Karl Péladeau a un double défi. D’abord, reconstituer la coalition qui s’est dispersée au lendemain du départ de Lucien Bouchard. Cherchera-t-il ses alliés à droite, chez François Legault — qui ne doit plus se faire d’illusions sur son avenir, son vote ayant été aspiré par Philippe Couillard —, ou tentera-t-il de motiver les fragments épars de la gauche sociale-démocrate? Il est assez plaisant d’entendre dénoncer le néolibéralisme, tel un Gabriel Nadeau-Dubois, par un homme dont le discours de fond n’était guère différent hier de celui du président de Couche-Tard, Alain Bouchard. Il semble désormais s’inspirer plutôt d’Henri IV : «Paris vaut bien une messe.»

Son autre défi, le principal, c’est non seulement de refaire du PQ un parti de pouvoir, mais de réaliser un profond aggiornamento et de lui trouver des objectifs réalistes et compatibles avec le Québec nouveau. Ou il réussit, ou il n’aura été que le billet de loterie du Parti québécois — un Max ou un «gratteux», on le verra plus tard —, qui ne survivrait pas à une nouvelle défaite ou à un nouvel échec référendaire.

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Jusqu’à présent, les électeurs québécois ont considéré la sécession et l’indépendance comme une police d’assurance, en même temps qu’une arme de négociation, de chantage, plutôt que comme une véritable option. On ne saurait nier que cette stratégie de la menace leur a coûté cher sur les plans constitutionnel et politique. Et la politique de l’irrésolution et du flottement entre deux chaises, plus cher encore sur le plan économique. Une négociation, pour réussir, exige que l’on offre quelque chose en échange de ce que l’on réclame…

«Tant que la question nationale ne sera pas réglée», disent les indépendantistes. Traduite en langage courant, cette étrange expression signifie qu’elle ne serait réglée que lorsque la minorité indépendantiste aurait fini par l’emporter, de guerre lasse sinon dans l’enthousiasme.

On peut dire des irréductibles de l’indépendance, qui menacent le peuple québécois de disparition s’il ne rompt pas avec l’État constitutionnel où il vit depuis 150 ans, ce que l’homme politique et philosophe irlandais Edmund Burke disait des «esprits éclairés» de la Révolution française : «Ils n’ont aucun respect pour la sagesse des autres, mais en compensation ils font à la leur une confiance sans bornes.»

Se donner un pays…

La vérité du Parti québécois, avec l’article 1 de son programme, n’est pas de «faire le pays», mais plutôt de «changer de pays». Car il y en a déjà un, et qui a un poids historique et une force gravitationnelle émotive considérables. Assez parlé de transparence, un mot qui évoque surtout l’invisibilité. Parlons de franchise. Appelons un chat un chat. Il serait utile, aussi, d’enterrer les clichés, comme de faire l’indépendance «pour le contrôle de nos richesses naturelles»… N’est-ce pas le gouvernement du Québec qui les contrôle? Ou pas. D’autres votent pour le parti indépendantiste «pour lutter contre l’effet de serre»! Voire…

Au lendemain d’une raclée qui devrait leur ouvrir les yeux, les souverainistes doivent admettre que leurs adversaires et les obstacles à l’indépendance ne sont pas «les autres», mais cette moitié des Québécois qui s’oppose à la moitié qui veut les arracher non pas à une domination extérieure, mais à leur propre fidélité et à leur nostalgie. Et qu’ils doivent par conséquent adapter objectifs et stratégies à une société qui n’est plus celle de 1968.

Le PQ est l’expression, qu’il le voie ou non, d’une génération qui n’a plus 30 ans depuis belle lurette. En proposant un rejet radical du passé, il appelait à ce que Freud a nommé «la mort du père». La mère aussi, l’Église, y a passé. La première génération d’indépendantistes a connu une époque où l’Union nationale et l’Église régentaient le Québec. Mais le peuple québécois d’aujourd’hui n’est plus celui de Maurice Duplessis, pas davantage celui de Pierre Bourgault, même pas celui de René Lévesque. De la brève Révolution tranquille, il y a plus d’un demi-siècle, une éternité en politique, il ne reste plus, après le décès de Jacques Parizeau, qu’un seul révolutionnaire, Paul Gérin-Lajoie, créateur et premier titulaire du ministère de l’Éducation, en 1964, celui dont l’œuvre, au fond, aura été la plus prégnante et la seule durable.

Les valeurs dominantes actuelles sont les libertés individuelles, l’éducation, l’environnement, la mondialisation non pas du commerce — cela a été fait il y a 150 ans —, mais des idées, des personnes, des mœurs. Dans des sociétés bigarrées, la nation fondée sur le seul héritage affectif, historique, religieux ou culturel n’a plus de sens. L’organisation politique des sentiments n’est pas un programme. Dans une société de grande mobilité, la fidélité aux idéologies est temporaire.

Le Parti québécois recrutait, à sa naissance, dans tous les partis et surtout dans ceux qui étaient à l’agonie. Ce n’est plus le cas : il laisse maintenant échapper ses franges dans des partis de circonstance. Il transcendait les partis, les régions, les classes, proposait un avenir libéré de la contrainte d’une autre société, d’une autre langue, d’autres idéologies. La chose n’est plus pensable. L’existence de formations d’opposition comme Option nationale, Québec solidaire ou la CAQ est un symptôme de la dichotomie entre le PQ de 1968 et les nouvelles générations, ainsi que de l’explosion des orientations comme des intérêts.

La question du destin national a été posée deux fois — et certains disent, à tort, que les dernières élections étaient un troisième référendum. Mais chaque fois se posait également la question des destins personnels. Tout s’ancrait depuis la Révolution française dans la nation : aujourd’hui, le principe majeur est le droit des individus. Cela explique le rejet au Québec de Stephen Harper, qui est un constructeur nationaliste canadian. Comme son prédécesseur Pierre Trudeau, d’ailleurs — dont ses biographes Max et Monique Nemni nous ont révélé qu’il avait d’abord été, jusqu’à l’âge de 25 ans, militant d’une future Laurentie, clérico-indépendantiste, corporatiste, d’extrême droite, comploteur et révolutionnaire. Un précurseur, en quelque sorte, des Raymond Barbeau, fondateur de l’Alliance laurentienne, en 1957, et André d’Allemagne et Pierre Bourgault, fondateurs du Rassemblement pour l’indépendance nationale, en 1960.

Toute stratégie doit tenir compte du terrain, de l’espace et du temps. Les partis et leurs leaders ont quelques années devant eux. Les faiseurs d’avenir sont ceux qui utiliseront le temps de façon stratégique, et non ceux qui useront de ruses et de finasseries.

Le PQ doit revoir sa raison d’être. Il proposait un autre gouvernement, hors du Canada, sans préciser en quoi ce gouvernement serait différent. Il doit montrer clairement en quoi il assurera à la population plus de progrès et de confort et non pas plus de sacrifices, et il doit surtout décrire avec netteté les étapes à franchir et les moyens à mettre en œuvre. Il doit aussi adopter des attitudes qui annoncent sa capacité à assurer l’unité et la paix sociale après une opération chirurgicale qui couperait le Québec en deux. Cesser de s’arroger le monopole de la fidélité et de la loyauté à la nation ainsi que celui de sa défense. Enfin, il doit admettre que tous les partis sont «québécois» et peut-être se donner un nom qui traduise explicitement son programme.

L’écrivain italien Umberto Eco a décortiqué, dans une communication faite à l’Université de Bologne, en 2008, l’idée que d’«avoir un ennemi est important pour se définir une identité, mais aussi pour se confronter à un obstacle, mesurer son système de valeurs et montrer sa bravoure» (Construire l’ennemi, Umberto Eco, Grasset, 2014). C’est pour ces raisons que tous les groupes humains s’imaginent et s’inventent un ennemi. Ces guerres durent parfois des siècles. L’inimitié est une stratégie, une méthode d’unité sociale et nationale. Bernard Drainville était, avec sa charte des valeurs, un constructeur d’ennemi. L’avenir du parti nationaliste ne passe pas par cette stratégie victimaire.

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Depuis quarante ans que l’on nous parle d’un pays. Mais en quarante ans, personne ne nous a dit de quoi aurait l’air ce pays. Les Québécois sont attachés au principe républicain de la souveraineté populaire. Depuis l’adoption de la charte des droits canadienne, le pouvoir politique s’est déplacé vers les cours de justice, en particulier , la Cour suprême. Ce déplacement du pouvoir politique crée chez les Québécois l’impression que leurs voix comptent de moins en moins dans le système politique aussi bien québécois que canadien. Les Québécois acceptent difficilement que, en ce qui a trait aux règles de vivre en société, les décisions des juges aient plus de poids que la volonté exprimée par le peuple. Le libéralisme anglo-saxon et le multiculturalisme canadien vont à l’encontre de l’approche républicaine qui est plus naturelle aux Québécois. Ces deux conceptions, en grande partie incompatibles, sont sources d’une tension constante et irrésolue. Un exemple typique de l’opposition de ces deux conceptions se trouve dans le domaine de l’immigration. Le multiculturalisme favorise l’inclusion; l’approche républicaine préfère l’intégration. Le Canada est un régime politique foncièrement antirépublicain. Le Québécois est républicain. La seule manière pour les Québécois de consacrer la prédominance du principe de la souveraineté du peuple est de se doter d’une constitution qui leur est propre.Cette constitution, rédigée et adoptée par le peuple, doit affirmer le principe de laicité, définir sa conception de la citoyenneté, définir le système démocratique dans lequel ils évolueront. Une constitution vraiment démocratique.
Comme celle-ci :
La République du Québec
Une gouvernance véritablement démocratique fait une nette différence entre les trois pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire. L’Assemblée nationale doit offrir un éventail des plus importantes opinions ayant cours dans la population, d’où l’élection à la proportionnelle. L’implication citoyenne est nécessaire, d’où le Sénat qui devient le chien de garde de tout l’appareil d’état. Chaque citoyen, chaque citoyenne peut aspirer aux plus hautes fonctions, d’où le financement contrôlée des campagnes présidentielles et vice-présidentielles. Tous les votes de l’Assemblée nationale et tous les votes du Sénat sont au scrutin secret, diminuant d’autant l’importance de la ligne de parti ou la formation de cliques.
Article 1 :La République démocratique du Québec
La République du Québec a deux assises : la démocratie et la laïcité.
Article 2 : La fonction législative de la République du Québec
Le parlement québécois est bicaméral. Il est constitué de l’Assemblée nationale et du Sénat.
L’Assemblée nationale compte 125 représentants : 75 élus au suffrage universel et 50 désignés à la proportionnelle. Leur mandat est de 4 ans. Nul représentant ne peut siéger plus de 8 ans. Le président de l’Assemblée nationale est élu au scrutin secret par les membres de l’Assemblée.
Le Sénat compte 125 citoyens provenant de 125 districts, qui se sont portés volontaires pour le poste et qui sont choisis par tirage au sort. Leur mandat est de 2 ans. Le président du Sénat est choisi par tirage au sort. Les projets de loi peuvent émaner de l’Assemblée nationale, du Sénat ou du Cabinet présidentiel. Les textes de loi sont élaborés par l’Assemblée nationale et doivent être approuvés, à majorité simple, par l’Assemblée nationale et le Sénat. Ils sont ensuite signés par le Président. Si le Président refuse de signer un texte de loi, il doit alors être voté à nouveau par les deux tiers des membres des deux chambres pour prendre effet.
L’Assemblée nationale ou le Sénat peuvent demander la destitution d’un élu ou d’un officiel, dont le président. Un vote majoritaire des deux tiers de l’Assemblée nationale et du Sénat est requis pour promulguer cette destitution.
Le budget, préparé par l’exécutif, pour prendre effet, doit être approuvé par l’Assemblée nationale et le Sénat. Si l’une ou l’autre assemblée refuse de l’approuver, le budget est retourné à l’exécutif qui doit y apporter les correctifs suggérés par l’une ou l’autre assemblée. La version corrigée doit alors être soumise au vote des deux assemblées. Si une ou l’autre assemblée l’approuve, le budget est dûment approuvé. Tous les votes à l’Assemblée nationale et au Sénat sont pris au scrutin secret. Le scrutin secret permettra à nos représentants de voter selon leur conscience en tenant compte des souhaits de leurs commettants. Une comptabilité des votes sera tenue. La veille de l’ouverture de la campagne électorale, le Directeur général des élections rendra public ce rapport des votes à l’Assemblée nationale. Le travail du député serait alors jugé et par son parti et par tous les électeurs.
Le Sénat peut recourir à un référendum d’initiative populaire quand il le juge nécessaire. Un vote des deux tiers du Sénat est requis pour instaurer une telle mesure.
Article 3 : Le pouvoir exécutif
Le pouvoir exécutif comprend le président, le vice-président, le cabinet ministériel. Le cabinet ministériel est constitué des ministres, des sous-ministres et des dirigeants des différentes sociétés d’état.
Le président et le vice-président sont élus pour 4 ans au suffrage universel.
Le président a la gouverne de l’état : il décide des priorités, établit les budgets, nomme les ministres et les juges.
Le vice-président supervise la nomination des sous-ministres et des dirigeants de sociétés. Il remplace le président quand ce dernier s’absente et lui succède si ce dernier meurt, est destitué ou devient incapable d’assumer ses fonctions. Les nominations du président et du vice-président doivent être approuvées par le Sénat.
Article4 : Le pouvoir judiciaire
Les juges nationaux et les juges de la Cour suprême du Québec sont choisis par la commission parlementaire permanente sur la justice. La commission parlementaire agit comme comité de sélection et retient le nom de trois candidats. Par scrutin secret, l’Assemblée nationale vote pour le choix du juge. Celui qui obtient 50%+1 du vote devient alors juge. Un deuxième tour de scrutin peut être nécessaire.
Article5 : Le financement des partis politiques
Les partis politiques sont, de base, financés par l’état. Seuls les membres peuvent contribuer à la caisse d’un parti politique à une hauteur maximale de 100$ annuellement incluant le montant requis pour la carte de membre. Les dépenses d’un parti ne peuvent dépasser le montant des contributions récoltées par le Directeur général des élections.
Article6 : La course présidentielle
Tout citoyen, toute citoyenne possédant le droit de vote au Québec, peut se présenter au poste de président ou de vice-président. La personne intéressée par le poste de président doit poser sa candidature auprès du président de l’Assemblée nationale 6 mois avant la date d’élection prévue. Sa demande de candidature doit avoir été approuvée par 1 000 citoyens ayant le droit de vote. Par scrutin secret, l’Assemblée nationale choisit les 5 concurrents.
La personne intéressée par le poste de vice-président doit poser sa candidature auprès du président du Sénat 6 mois avant la date d’élection prévue. Sa demande de candidature doit être approuvée par 1 000 citoyens ayant le droit de vote.
Par scrutin secret, le Sénat choisit les cinq concurrents. Le DGE remet à chaque candidat présidentiel 500 000$ pour sa campagne. Il remet 300 000$ à chaque candidat vice-présidentiel. En aucun cas les candidats ne pourront-ils dépenser plus que cette somme durant leur campagne de 35 jours. Le président et le vice-président, pour être élus, doivent obtenir 50%+1 des voix exprimées. Il se peut que l’on ait alors recours à plus d’un tour de scrutin.
Article7 : Le droit à l’information
Le droit à l’information est le droit fondamental de l’individu et de la collectivité de savoir et de faire savoir ce qui se passe et que l’on a intérêt à savoir. Dans ce but, Radio-Québec accordera un temps d’antenne similaire en tous points à toutes les formations politiques et à tous les candidats présidentiels et vice-présidentiels.
Article 8 : L’éducation
La matière grise, nos cerveaux, est une richesse naturelle renouvelable. Nous nous devons de la bien exploiter. A cet effet, l’instruction sera publique, obligatoire et gratuite. Obligatoire jusqu’à 18 ans. Gratuite à tous les niveaux.
Voilà un projet de pays qui établit clairement la suprématie du peuple. Un besoin inné chez les Québécois francophones, besoin partagé par tout démocrate convaincu. Et ce type de constitution pourrait devenir un modèle pour bien d’autres pays qui veulent améliorer leur parlementarisme démocratique.

« Les Québécois sont attachés au principe républicain de la souveraineté populaire« vraiment ? Ce n’est qu’une opinion et loin d’être un fait établi. Ce charabia de procédurite est loin, mais très loin, de répondre aux questionnements de M. Paré. 100 $ de contribution maximale, wow vous êtes généreux en plus. Et que dire du vote secret par les élus ? Un non sens incarné.

Si cela est le mieux que vous pouvez faire pour convaincre la majorité de faire sécession avec le Canada vous n’avez strictement rien compris du message que le bon peuple envoie à votre mouvement..

En quoi un scrutin secret est-il un ‘non-sens incarné »?
Pourquoi le 100$ de contribution maximale est-il à proscrire? N’est-il pas en cours actuellement?
Les Canadiens du ROC s’accommodent fort bien d’un gouvernement par la Cour suprême. Les Québécois ne sont pas à l’aise du tout avec cette approche.
Et puis vous avez quoi à leur offrir? Une dictature?

Le PQ a parlé d’indépendance à deux reprises
-De décembre 79 à mai 80
-De janvier à octobre 95

Le reste ca été du gros niaisage. Les Péquistes n’ont eu qu’une obsession depuis 1968: battre les Libéraux. Ils l’ont fait 5 fois. Ils ont pris le pouvoir et ont administré la province de Québec avec le même argent et les mêmes fonctionnaires que le PQ. Blanc bonnet, bonnet blanc. A part Lévesque en fin de mandat (qui voulait un simple mandat de négocier la souveraineté-association) pis Parizeau en 95, les Péquistes n’ont fait que du niaisage, du gros niaisage

Ils n’ont jamais eu un plan de match. Ils n’ont jamais fait de la politique intelligente comme le font les Conservateurs au Canada (ils dirigent le Canada depuis 10 ans, sans le Québec ce qu’aucun parti politique n,avait réussi auparavant. La cerise sur le gâteau: l’indépendance ne monte pas elle baisse. Sont géniaux! Ils vont être réélus sur le nikab! Y’a deux cas au Canada. Sont géniaux les Conservateurs. Ils font de la politique ultramoderne)

Le Bloc est aussi ridicule que le PQ. Pas capable de frapper sur la Reine, sur le Sénat (il pleut des scandales), sur la démographie (plus que 6 millions de Québécois francophones sur 36 millions de Canadiens), sur l.armée (30 Québécois morts pour rien en Aghanistan dans des habits de skidoos), sur les paniers percés que sont les réserves indiennes, sur les banques qui nous volent à tour de bras.
Le nikaq fait fondre le NPD de 44 à 30%, le Bloc ne ramasse que deux points! Duceppe parle consencus québécois et de visage découvert alors qu’il devrait faire une charge contre le multiculturalisme et l’immigration qui sont en train de nous minoriser pour toujours sur l’Ile de Montréal

Je suis heureux que vous commenciez à faire le procès de ce parti qui demeure la plus grande déception de ma vie politique. Jamais dans notre histoire, un parti aura promis autant et livré aussi peu. L’heure des comptes approchent.

Mais pourquoi faut-il « sauver le PQ »?

PKP n’est-il pas le nouveau Messie qui est sensé nous extirper, nous du pauvre Québec, des griffes des gros méchants Anglais et qui nous guidera vers le grand soir où tous nos problèmes seront solutionnés?

Le PQ a beaucoup nuit politiquement, financièrement et économiquement au Québec tout au long de ses trop nombreuses années où il a miné nos relations avec nos voisins et il a maintenant dépassé sa date de péremption. Il doit disparaître pour le bien-être du Québec. Point!

À vous lire il devient évident que c’est la nation québécoise francophone qui doit disparaître. Une assimilation inconsciente et sans douleur. À tel point que l’état d’extrême minorisation ethnique- 2% de francophones en Amérique du nord- ne vous empêche ni n’empêche nos politiciens de chicaner sur la régression bien réelle du français à Montréal. Comme un épilectique, nous finirons par avaler notre langue.

La raison d’être du Parti Québécois n’est pas liée à la personnalité de Pierre Karl Péladeau.
Le PQ a connu de grands politiciens à qui nous devons beaucoup. Il a aussi connu des politiciens moyens.

Mais honnêtement, il en va également avec le Parti Libéral.
Ne me dite pas que vous mettez sur un même palier Jean Lesage et Jean Charest.
Malgré Jean Charest, le PLQ a toujours sa place sur l’échiquier politique Québécois.

Le PQ a une orientation politique à l’opposée de l’orientation du Parti Libéral.
Une opposition est indispensable à la politique démocratique.
Pas d’opposition, pas débat.
Imaginez seulement que votre parti préféré, à un moment ou un autre, passe une politique qui vous déplait, vous désavantage.
Ne me dites pas que c’est absolument impossible au travers des années.
Sans opposition, vous êtes fait.

Voilà un excellent texte, où de toute évidence Monsieur Paré se défoule. Mais il a raison. Avec le PQ qui n’en finit plus de mourir en attendant sa « lumière blanche », le Québec se ratatine. L’éclaireur du parti souverainiste à Ottawa-la-méchante, le Bloc, ne trouve rien de mieux ces jours-ci que de s’en prendre au niqab de deux ou trois immigrantes qui attendent sur le paillasson, plutôt que de se pencher sur la carte du monde et de voir où nous allons. Les souverainistes jouent comme des enfants en s’inventant des stratégies à la noix, qui font le jeu de Stephen Harper. Mais P.K.P. s’en réjouit, voulant à tout prix que ce dernier reste au pouvoir. Le PQ et Harpe(u)r ont vraiment besoin l’un de l’autre, dans une sorte de jeu à somme nulle: mes valeurs contre les tiennes, qui ne sont pas universelles du tout mais crypto-religieuses, identitaires et conservatrices.
Le Québec, grâce à la bêtise prolongée des héritiers présomptifs de la révolution tranquille, est devenu l’idiot du village au Canada. Pendant qu’ailleurs on joue aux échecs, on joue ici à colin-maillard.

Tout ce qui se dit depuis des années incroyable de croire les partis politiques le Bloc le PQ. Plus que jamais un ménage avec effort pour créer des conditions nécessaires la prospérité et le bien-être du Québec dans un Canada fort.

Bravo, Jean, pour ton analyse lucide.
Merci pour ce jet de lumière si rare dans notre paysage journalistique actuel…
Tu devrais t’arracher plus souvent de ton confort estrien …pour remettre les pendules politiques à l’heure pour le plus grand bénéfice d’une majorité qui souffre malheureusement de myopie non fonctionnelle ..!!!
Saluts.

En faisant le lien entre deux paragraphes, il semble se dégager une voie à suivre pour la survie du mouvement indépendantiste.

«Les valeurs dominantes actuelles sont les libertés individuelles, l’éducation, l’environnement, la mondialisation non pas du commerce — cela a été fait il y a 150 ans —, mais des idées, des personnes, des mœurs. Dans des sociétés bigarrées, la nation fondée sur le seul héritage affectif, historique, religieux ou culturel n’a plus de sens. L’organisation politique des sentiments n’est pas un programme. Dans une société de grande mobilité, la fidélité aux idéologies est temporaire.»

«L’écrivain italien Umberto Eco a décortiqué, dans une communication faite à l’Université de Bologne, en 2008, l’idée que d’«avoir un ennemi est important pour se définir une identité, mais aussi pour se confronter à un obstacle, mesurer son système de valeurs et montrer sa bravoure» (Construire l’ennemi, Umberto Eco, Grasset, 2014). C’est pour ces raisons que tous les groupes humains s’imaginent et s’inventent un ennemi. Ces guerres durent parfois des siècles. L’inimitié est une stratégie, une méthode d’unité sociale et nationale.»

Mais que faire lorsque même Stephen Harpeur ne fait plus peur?

L’ennemi est surtout le Canada
Le Canada de la monarchie
Le Canada du Sénat corrompu et suffisant
Le Canada des réserves indiennes, véritables paniers percés de misère.
Le Canada de l,armée (qui envoie nos boys de faire tuer pour rien en Afghanistan)
Le Canada de Transport Canada (qui laisse rouler des trains de la mort avec un seul chauffeur)
Le Canada du multiculturalisme (qui nous banalise)
Le Canada de la dictature (qui met tout le pouvoir dans le bureau du PM)
Le Canada du sionisme (qui ne correspond en rien à notre tradition)

C’est ce Canada que le Pq n’attaque plus depuis 20 ans.

Article intéressant et excellent analyse, qui ouvre des pistes à la réflexion. Mais justement, la réflexion bute sur un hic, dans les dernières lignes avant la conclusion : « Tout s’ancrait depuis la Révolution française dans la nation : aujourd’hui, le principe majeur est le droit des individus ». Voila bien la question clé sur ce que doit être un pays, doté d’une colonne vertébrale, d’une identité et de la volonté de survivre et prospérer dans un monde hostile. Faut-il se contenter du droit égoïste et hédoniste des individus qui ne formeraient un peuple incertain que parce qu’ils vivent sur un même territoire et profitent de ses avantages ? Faut-il donc pour cela, en suivant la seule pente naturelle du libéralisme économique et sociétal, effacer totalement l’idée de nation, qui repose sur le souvenir d’une histoire commune ? Qui possède une identité forgée par l’histoire et qui la différencie (pas nécessairement en l’opposant de façon obtuse) d’autres nations qui l’environnent ? Faut-il effacer toute idée de patriotisme (qui ne se confond pas avec un nationalisme plus ou moins fanatique) pour ne laisser à l’oeuvre que le souci des intérêts matériels et individuels ? Ce sont là des questions fondamentales. On voit dans quel état de déréliction sombre l’Europe, que l’on n’a voulu fonder que sur les intérêts économiques, alors qu’il aurait fallu la fonder d’abord sur son histoire et son identité culturelle qui repose sur un fond commun en dépit des particularismes locaux. Le Canada, le Québec, ne sont-ils que des bouts de territoires délimités par des frontières d’arpenteur sans autre particularisme, ou bien sont-ils et doivent-ils rester a

(commentaire interrompu : doivent-ils rester autre chose, fondé sur des valeurs plus nobles qui constituent une identité morale ?

La première fois que j’ai rencontré Jean Paré, directeur de ce grand magazine l’Actualité à l’époque, on était à l’été 1976. Le PQ de René (ti-poil) Lévesque (mes excuses M. Lévesque), allait prendre le pouvoir pour la première fois en novembre. Nous étions autour de la table de la cuisine chez ma tante Hélène Gagné. J’étais entouré de mon oncle Jean-Victor Dufresne (JeanVé, pour les intimes) ce géant du journalisme, de Jean Paré, d’Armande St-Jean journaliste chevronnée, et de ma tante Hélène cette grande artiste, enseignante et intellectuelle qui avait combattu le Frère Untel dans une bataille perdue d’avance, ainsi que contre la psycho-éducation qu’elle abhorrait au plus haut point, préférant une approche artistique à l’Éducation (ne m’en veux pas Hélène de ce raccourci qui ne te rend pas vraiment justice!). Bref j’étais en présence des intellectuels à la fine pointe de la communication, de l’information et de la pensée au Québec à un tournant majeur de son histoire. Nul est besoin de dire que j’étais impressionné, plus que cela intimidé serait plus juste. Moi ti-cul de 23 ans, étudiant en musique et fraîchement trop tôt devenu père. Je me souviens encore de cet après-midi marquant à jamais ma toute nouvelle conscience du monde. Évidemment on parlait politique en buvant du scotch ou du vin blanc, et j’écoutais, je buvais leurs mots comme un jeune enfant friand du Kool-aid, et pour la première fois de ma vie je me sentais au coeur du monde réel, parmi des adultes conscients. Et soudain j’ai ouvert la bouche pour égrener mon grain de sel. Tous se sont tût pour m’écouter, ils m’ont écouté ! Non seulement cela, ils ont accordé du crédit à ce que je disais ! Pour la première fois de ma courte vie, j’avais un point de vue valable, ils m’ont accueilli comme l’un des leurs, sans condescendance, ils m’ont placé à leur niveau. Seuls de grands humains peuvent faire ça ! Cela m’a donné une confiance en ma voix, en ma parole et en ma pensée toute simple. Jamais je n’oublierai ce moment grandiose de mon existence. Maintenant je lis l’article de Jean Paré avec ce souvenir indélébile, et je reconnais son humanisme, sa lucidité qui s’est approfondie, et son immense érudition qui me fascine encore aujourd’hui. Où sont passé les intellectuels de sa trempe ? Force m’est de reconnaître qu’il ne s’en fait plus des comme eux, avec une pensée profonde et une mémoire du passé qui nous relie au présent. S’il en existe encore je souhaiterais les entendre encore et encore, que leurs voix résonnent autour de la table de la cuisine de campagne chez ma tante Hélène au fin fond de l’estrie. Ces voix du Québec réfléchies, lucides, qui ne laissent aucune chance à l’illusion, aux modes passagères, aux démagogies et aux langues de bois dont on entend trop souvent l’écho dans un Québec à la dérive.

Félicitations un des meilleurs ou plus tot le meilleur texte qu`il me fut donné de lire depuis les derniers quarante ans