Le PQ et la laïcité : encore un effort !

Bernard Drainville a bien fait de revenir à la charge, il y a quelques jours, avec une charte des valeurs 2.0. Malheureusement, il a beaucoup trop dilué cette nouvelle mouture, comme s’il donnait a posteriori raison à ses critiques.

PolitiqueDepuis l’élection d’avril 2014, certains commentateurs ont attribué la défaite péquiste à la charte de la laïcité. Voilà ce que disait encore il y a quelques jours Gaétan Frigon, par exemple.

Il y en a qui partagent ce point de vue chez les nationalistes. C’est le cas de Jean Dorion, ancien député bloquiste et ex-président de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB). Même chose pour Jean-François Lisée, selon qui le défunt projet de loi péquiste était trop draconien. Il aurait tellement traumatisé les immigrants que l’ancien ministre s’apprêtait apparemment à démissionner du gouvernement.

Un récent sondage SOM vient jeter un nouvel éclairage sur la question. Il révèle que 59 % des Québécois appuient une charte de la laïcité, un chiffre qui atteint 68 % après répartition des indécis. Si ce niveau n’est que de 34% chez les anglophones, il est tout de même de 52 % chez les allophones, ce qui montre qu’une grande partie d’entre eux ne se sent aucunement stigmatisée par ce concept.

Les sondages montraient une même tendance majoritaire — quoique moins prononcée — à l’automne 2013 et au début de 2014, lorsque le débat sur le défunt projet péquiste battait son plein. Le PQ a toutefois échoué à faire ensuite porter la campagne électorale sur ce thème. Celui-ci est devenu secondaire lorsque la candidature de Pierre Karl Péladeau a permis aux libéraux de tirer profit de la crainte d’un nouveau référendum, présente chez bon nombre d’électeurs.

Les péquistes n’ont donc pas à s’excuser, loin de là. Et voilà pourquoi Bernard Drainville a bien fait de revenir à la charge, il y a quelques jours, avec une charte des valeurs 2.0.

Malheureusement, il a beaucoup trop dilué cette nouvelle mouture, comme s’il donnait a posteriori raison à ses critiques, alors même qu’une majorité continue de l’appuyer.

D’abord, il se rend à l’argument de Jean-François Lisée, qui souhaitait l’inclusion d’une clause grand-père en ce qui a trait aux signes religieux ostentatoires. Cela permettrait aux fonctionnaires qui portent déjà des signes religieux ostentatoires de conserver le droit de le faire. Ce serait aux nouveaux employés de les enlever.

En soi, cette concession n’est pas nécessairement mauvaise. Elle rendrait l’application d’une charte plus difficile à mettre en œuvre sur le terrain, mais une clause grand-père aurait toutefois l’avantage de ne pas mener au renvoi de ceux qui portent des signes religieux. Dans l’arène politique, il serait difficile de défendre de telles mises à pied.

Ce recul aurait dû, toutefois, être accompagné d’autres mesures pour renforcer la proposition. Par exemple, au lieu de se contenter de mieux encadrer juridiquement les accommodements religieux, pourquoi ne pas carrément les interdire ?

Cette pratique, rejetée par l’immense majorité de la population (incluant bon nombre d’immigrants), équivaut à donner des droits différents aux membres de différentes religions. Elle contrevient à l’égalité de tous devant la loi. Même si on la restreignait, elle demeurerait une entorse inacceptable à un principe démocratique fondamental.

La proposition du candidat à la chefferie péquiste épargnerait également les municipalités et l’éducation supérieure. Cela paraît injustifié.

Pensons à la région montréalaise, par exemple, là où la question de la laïcité se pose le plus souvent et où habite près de 50 % de la population québécoise. Montréal et sa banlieue auraient tôt fait de se soustraire du projet, ce qui voudrait dire qu’une bonne partie des services publics québécois n’y seraient pas soumis.

En ce qui a trait à l’éducation supérieure, on ne voit pas non plus pourquoi les professeurs pourraient continuer à porter des signes religieux ostentatoires.

On compte, par exemple, des membres du corps professoral québécois qui portent la kippa ou le foulard islamique, à l’instar de certains étudiants. Quand le professeur doit arbitrer des différends entre des élèves lors d’un travail d’équipe, ou lorsqu’il les évalue et que certains portent les mêmes signes religieux que l’enseignant, il y a apparence de partialité. Ce mélange des genres est inacceptable.

Un signe religieux représente le condensé d’une vérité sacrée, laquelle est partagée uniquement entre les fidèles d’une même religion. Si le professeur montre ostensiblement ses couleurs, on peut légitimement se demander si cette foi affichée dans l’exercice de ses fonctions lui permet d’être impartial. Ce qui vaut pour les policiers et les juges vaut aussi pour les enseignants.

Malgré ces critiques, il faut féliciter Bernard Drainville d’être revenu à la charge et de garder ainsi la laïcité à l’avant-plan. Cela met de la pression sur le gouvernement libéral pour qu’il agisse.

Cela a aussi amené le meneur de la course à la chefferie péquiste, Pierre Karl Péladeau, à préciser sa pensée sur le sujet, lui qui reste souvent flou sur ses positions. Il veut que les personnes en situation d’autorité, incluant les enseignants, soient soumises à l’interdiction des signes religieux.

Tout comme celle de Drainville, cette position est en retrait de ce qui était défendu par le gouvernement Marois, un commentaire qui vaut également pour les propositions d’Alexandre Cloutier et de Martine Ouellet. Les deux semblent vouloir écarter tout ce qui ne fait pas consensus. Cela ne peut mener qu’à une charte très diluée.

En 1977, au moment où le gouvernement Lévesque légiférait sur la langue française, pratiquement rien ne faisait consensus à ce sujet. Si le PQ d’alors avait retenu ce critère pour fixer les limites de son action, la loi 101 n’aurait jamais vu le jour.

Les attentats récents en France montrent bien, pourtant, que la laïcité demeure très pertinente. Certes, elle n’empêche nullement le terrorisme. Ce n’est pas son but.

Elle constitue toutefois une mesure qui s’oppose, un tant soit peu, au fondamentalisme religieux, notamment celui qui est mis de l’avant par l’islam rigoriste. Cette idéologie visant la pureté religieuse, le marquage identitaire des femmes et le repli communautaire fournit des conditions qui peuvent aider les tenants de la violence à convaincre et recruter.

Les récentes révélations du Journal de Montréal illustrent ce danger. Selon le quotidien, deux groupes proches des Frères musulmans, une organisation terroriste, sont propriétaires au Québec d’immeubles abritant des écoles musulmanes subventionnées. Les journalistes ont retrouvé dans celles-ci de la propagande islamiste.

Depuis plusieurs années, le gouvernement québécois peine à imposer le cursus scolaire obligatoire à des écoles juives, certaines subventionnées et d’autres pas. Cette nouvelle révélation met en relief l’importance d’étendre la laïcité aux écoles religieuses qui reçoivent des fonds publics. Ceux qui veulent une éducation religieuse pour leurs enfants n’ont pas à recevoir une aide financière de l’État pour le faire.

Le PQ a toujours été le parti qui a fait de la défense de l’identité québécoise un de ses chevaux de bataille. En cette époque où l’on assiste à une montée de l’intégrisme religieux, la laïcité demeure nécessaire et reste populaire. Les aspirants à la chefferie péquiste gagneraient à porter davantage cet enjeu.

* * *

À propos de Frédéric Bastien

Frédéric Bastien est professeur d’histoire au Collège Dawson et l’auteur de La Bataille de Londres : Dessous, secrets et coulisses du rapatriement constitutionnel. Il détient un doctorat en histoire et politique internationale de l’Institut des hautes études internationales de Genève.

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20 commentaires
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Monsieur Bastien semble défendre la laïcité intégrale à une exception près, il accepterait la « concession » de Bernard Drainville à propos de la clause de droit acquis, à la condition cependant, qu’on interdise tout accommodement religieux.

Il invoque que les accommodements religieux « équivaut à donner des droits différents aux membres de différentes religions. Elle contrevient à l’égalité de tous devant la loi. » Mais voilà, ce qu’il affirme pour les accommodements religieux est aussi vrai au regard de la clause grand-père. Permettre une clause de droit acquis à ceux « qui portent déjà des signes religieux ostentatoires », c’est justement « donner des droits différents » qui « contrevien[nen]t à l’égalité de tous devant la loi ». Impossible à appliquer sans ajouter une clause dérogatoire à la charte 2.0, puisque cette clause discrimine et porte atteinte aux conditions de travail des travailleurs.

L’identité québécoise est gréco-latine, judéo-chrétienne, franco-américaine, démocrate et ouverte. Elle ne confond pas intégrisme et terrorisme. Ni neutralité et laïcité. Malheureusement, Drainville s’attaque à l’intégrisme, qui est pourtant un choix personnel valable en soi, et il n’a rien de neutre.

Effectivement, il y a une distinction entre laïcité et neutralité religieuse. La neutralité, réduite à sa plus simple expression, équivaut à dire « on ne s’en mêle pas ». Dans le cas de la laïcité, c’est plutôt l’interdit qui prime, et pas seulement pour les minorités religieuses, pour tous.

M. Bastien: une kippa n’a rien d’ostentatoire. D’où vous vient ce désir solipsiste de faire la Germaine? Laissez donc les gens vivre. Une kippa ne change rien à l’enseignement de quelqu’un.

Ceteris paribus, la présence d’une kippa ne change rien (probablement, on ne peut pas en être certain à 100%).

Par contre, si un individu n’est pas prêt à laisser de côté (ou cacher si c’est possible) ses symboles religieux pendant qu’il exerce ses fonctions dans la sphère étatique, alors il est fort douteux que cet individu soit aussi neutre dans son enseignement qu’un autre individu dont la foi n’est pas aussi rigide.

Bien d’accord avec votre analyse, sauf la dernière.Il y a longtemps que le PQ n’ose plus vendre l’identité québécoise. Depuis une génération, il ne défend que la langue française. Jamais qu’il parle du reste.

Quant aux allophones, si 52% sont pour la charte, rappelons que 93% ont voté pour le Parti Libéral. Me demande ben pourquoi….

« Depuis une génération, il ne défend que la langue française. Jamais qu’il parle du reste. »

Sauf une fois au parlement…

Bastien: «Malheureusement, il [Drainville] a beaucoup trop dilué cette nouvelle mouture, comme s’il donnait a posteriori raison à ses critiques, alors même qu’une majorité continue de l’appuyer.»

Qu’une mince majorité de Québécois, y compris moi, appuient le principe d’une charte de la laïcité, contrairement à ce que le militant Bastien semble se faire croire, ne signifie aucunement qu’ils appuient le projet du PQ, qui fut (et est) une contrefaçon identitaire de la laïcité. Ce n’est pas parce qu’en face aussi règne la contrefaçon (la soi-disant « laîcité ouverte », qui souvent n’admet pas la moindre concession des cultes envers l’État) que ça y change querlque chose.

Un principe cardinal de la laïcité réelle, tant celle établie en 1860 dans une monarchie constitutiuonnelle gouvernée par la Droite historique (Italie) que celle établie en 1905 dans une république gouvernée par la gaiuche radiicale-socialiste (France), fut en toutes lettres L’ÉGALITÉ DE TOUS LES CULTES. Or, le projet opportuniste de Drainville fut caractérisé par les louvoiements densément fumigènes, pendant des mois et des mois de pourrissement, pour maintenir un crucifx en pleine assemblée parlementaire, au lieu d’expliquer d’emblée aux Québécois qu’on ne peut pas à la fois se réclamer de la laïcité et en même temps avoir une grosse croix comme ça au-dessus de la tête ! Que c’est une incohérence farce, qui ne peut que nous couvrir de ridicule aux yeux du monde entier ! D’autant plus que ce crucifix y avait été ajouté en 1936 par Duplessis justement pour marquer sa victoire contre les méchants libéraux « sans Dieu », c’est-à-dire contre le principe même de séparation des Églises et de l’État ! Bon sang, faut l’faire !

La rhétorique « patrimoniale » – qui croit qu’un crucifix chrétien cesse d’en être un sous prétexte qu’il a acquis entre temps une valeur artistique et historique, ou qui ne comprend pas que ce crucifix chrétien qui a une valeur artistique et historique est aussi une troisième chose à la fois, à savoir le symbole même de l’opposition de Duplessis à la laïcité – cette rhétorique, dis-je, est une ânerie qu’un enfant de cinq ans pourrait réfuter. Ce qui n’a pas empêché beaucoup de péquistes de s’y tenir obstinément, en toute « fierté », montrant par là que la laïcité au vrai sens du terme, ils étaient contre.

Le principe de l’Égalité de tous les cultes implique évidemment qu’il ne peut y avoir de gros symbole religieux comme ça en pleine assemblée parlementaire alors que les symboles d’autres cultes n’y ont pas droit de cité. Et cette obstination dans l’incohérence et l’injustice est à l’évidence une des choses qui a fait crouler le projet péquiste: car tout le monde voyait que certains cultes étaient plus égaux que d’autres, commne dans la fable d’Orwell. L’injustice était flagrante, à la vue de tous.

Alors, cette histoire de crucifix en plein Parlement (alors qu’il suffirait de le déplacer de quelques mètres!) n’est pas le tout, mais elle symbolise tout ce qu’il y a de faux et d’opportuniste dans la manoeuvre péquiste – et celle de M. Bastien – consistant à s’emparer du principe de laïcité pour en faire le cheval de Troie de son programme identitaire.

Libera chiesa in libero stato !

C’est inutile de maugréer sur un projet de loi mort et contrairement à ce que vous croyiez, il contenait une clause (art 39), bien qu’elle fut timide, qui permettait de faire disparaître le crucifix à l’Assemblée Nationale.

Par contre, si vous aviez lu la fiche technique de la charte 2.0 de Bernard Drainville, vous auriez constaté que ça ressemble bougrement à ce que vous avez écrit en fin de commentaire :

6. Déplacer le crucifix du Salon bleu à un autre endroit de l’Assemblée nationale, accessible au public. Cette décision doit être prise par les élus, après discussion au Bureau de régie interne;

Repartons à zéro: C’est quoi, l’identité québécoise, Monsieur Bastien? Ceinture fléchée, pipe en plâtre, tuque des patriotes?

Radio-Canada, Télé-Québec, Bombardier, SNC, le ski doo, le Cirque du Soleil, Mommy, Mon pays c’est l,hiver, le sirop d,érable, Bonhomme Carnaval, le hockey, le Rocket, le Vieux Québec, et j’en passe

Bonne idée. C’est bien meilleur que de s’en remettre à l’apparence des gens. Radio-Canada, Bombardier, SNC, c’est beaucoup plus de gens que les québécois tricotés serrés. Le hockey aussi! Bonhomme Carnaval est voilé et on ne lui en veut pas. Le Vieux-Québec, c’est 80% britannique, par l’architecture, les fortifications. Allez à Londres, vous vous y reconnaitrez! Le Cirque du Soleil, ce sont des acrobates venus du Québec, mais aussi de Chine, de Russie…
Tout ce dont témoignent vos exemples, c’est l’ouverture aux autres. Merci!

«Comprendre un peuple, une nation étrangére : voilà une réalisation où intelligence et culture ne valent pas grand-chose si elles ne sont irriguées par la sympathie humaine. Lorsque, parfois, j’ose soutenir que je connais la Chine, la seule raison subjective que je puisse donner est que, revoyant après douze ans les toits arqués de la Yung-ting-men à travers le ciel poussiéreux du Chi-li, mon coeur battit presque comme au retour à la patrie.»
– Comte Sforza, ‘Les Italiens tels qu’ils sont’, Montréal, Édition de l’Arbre, 1944.

L’intégrisme laïc, cela consiste à vouloir déguiser en Tremblay-Picoté tous les hassidiques, tous les musulmans, tous les sikhs du Québec. Tous voilés d’un air crypto-catholique.

D’où vient tout ce dénigrement d’un projet de charte de laïcité de la part de citoyens comme Gaétan Frigon, Gérard Bouchard, etc. ? Bravo M. Bastien de remettre les pendules à l’heure…

«La laïcité demeure très pertinente. Certes, elle n’empêche nullement le terrorisme. Ce n’est pas son but.»

Exactement, voilà: ce n’est pas son but, et voilà pourquoi se remettre à la marteler, dans sa sauce identitaire en plus, au lendemain du massacre de Charlie Hebdo était d’un opportunisme aussi inqualifiable. La laïcité est un principe régulateur des rapports entre les cultes et l’État. La neutralité laïque dans la sphère restreinte de l’État sert à assurer la concorde entre les différentes formes que prend la vie spirituelle des citoyens au sein de la vaste sphère de la vie sociale. Point. Ce principe n’est d’aucun secours sur un terrain de soccer, pour prendre un exemple récent, vu que celui-ci ne se trouve pas du tout dans la sphère administrative de l’État.

Aussi symbolique que le sont les symboles religieux eux-mêmes, cette démarcation entre la sphère politique et la sphère spirituelle n’a nul besoin d’être mur-à-mur, contrairement à ce que recommencent à marteler les ânes du PQ. Il suffit que dans quelques lieux et moments au demeurant pas si nombreux – mais justement pour cela, ayant un petit côté solennel, cérémonial, comme par exemple dans l’enceinte de l’Assemblée nationale, cœur vibrant de la patrie – il suffit que dans quelques lieux au demeurant pas si nombreux, les cultes aient à mettre chapeau bas, littéralement, devant la neutralité laïque de l’État libéral. Pour prendre un exemple, la situation de prosélytisme dans laquelle se retrouve forcément l’enseignant du niveau primaire ou secondaire du simple fait qu’il professe. Évidemment, cet enseignant n’a à enlever sa kippa, sa croix, son voile, son kirpan QU’AU MOMENT MÊME DE PROFESSER, dans la salle de classe même, quand il s’adresse à des enfants dans le cadre d’un cours. Mais partout ailleurs dans l’école qui est son lieu de travail – dans la salle des profs, dans le bureau du directeur, dans la cour de récréation où il attrape deux petites fumeuses qui se croyaient bien cachées, etc – ça n’est pas nécessaire, puisqu’il n’est pas en train de professer. Voilà donc un de ces lieux et moments au demeurant pas si nombreux où les cultes doivent faire une concession à l’État. À plus forte raison, dans l’enceinte même de l’Assemblée parlementaire. S’il ne peut y avoir de signes religieux au Salon bleu ni sur les murs ni sur les têtes, c’est que l’appartenance religieuse ne peut TOUJOURS ET EN TOUT LIEUX avoir préséance sur la citoyenneté. Il est possible et il doit être possible au Québec, terre de liberté jusqu’à nouvel ordre, de pouvoir afficher une appartenance religieuse quelconque, tout comme une appartenance à toute autre organisation, PRESQUE PARTOUT ET PRESQUE TOUT LE TEMPS – mais pas partout et pas tout le temps.

Dur sacrifice que l’on demande aux croyants, mais sacrifice raisonnable, sacrifice nécessaire même, car c’est justement cette neutralité laïque de l’État qui, par le principe de l’Égalité de tous les cultes qui la sous-tend, permet que partout hors de l’État, c’est-à-dire dans la société, dans la vaste sphère de la vie sociale, tous les cultes qu’on voudra se côtoient dans une relative concorde.

Contrairement aux insinuations mensongères de la propagande anti-laïque qu’on a pu lire un peu partout – par exemple du côté des ânes du Globe & Mail et du « National » Post – le principe de neutralité laïque de l’État, le principe de séparation des Églises et de l’État, le principe de l’Égalité de tous les cultes, ne dissimulent aucune conspiration antireligieuse secrète ourdie par les mystérieux French ou la non moins mystérieuse « French elite ». La laïcité ne sert pas à combattre les religions, seulement à démarquer la sphère politique de la sphère spirituelle, à rappeler qu’elles sont deux et pas une. Non seulement la laïcité n’est pas anti-religieuse, mais il faut au contraire rappeler que le principe de Cavour « Une Église libre dans un État libre » PROTÈGE AUTANT LES ÉGLISES QUE L’ÉTAT. Il protège les cultes contre la politisation du religieux, qui dégrade la foi en un banal corporatisme identitaire ; il protège l’État contre la spiritualisation du politique, qui l’exalte et l’exacerbe indûment.

Seule la neutralité laïque dans la sphère restreinte de l’État peut à terme assurer la concorde entre les différentes formes que prend la vie spirituelle des citoyens dans la vaste sphère de la vie sociale.

Merci Mr Provencher de metre les points sur les i. La laicité pour les autres en somme, les québécois sont pour. Quant au monsieur qui parle de l’apparence de partialité d’un professeur qui arbore un signe religieux, pourrait-on donner la chance au coureur et juger à posteriori ses actions. Si elles sont inadéquates, il sera renvoyé. Pour quoi lui imposé a priori une sorte de serment du test. Et dites-moi comment un professeur « de souche » québécoise devant régler un conflit entre un étudiant »de souche » québécoise et un autre d’origine africaine n’est-il pas aussi en apparence de partialité raciale et culturelle???? Bien des dérives possibles en effet avec cette approche politico-politicienne.

Vous avez tout compris à l’envers. Dans l’exemple de l’enseignant, ce n’est pas une affaire de « chance au coureur », il ne s’agit pas « d’apparence de partialité », mais du fait qu’un enseignant au primaire et au secondaire s’adresse à des enfants, qui n’ont pas encore les outils intellectuels nécessaires pour déjouer le prêchi-prêcha – pas seulement religieux, mais politique et ou idéologique ou new age ou que sais-je encore. Par le fait même qu’il professe, qu’il enseigne, le professeur est en position – qu’il le veuille ou non, qu’il s’en rende compte ou non – d’influencer les jeunes esprits. Alors arborer le macaron d’un parti politique, ou le signe d’appartenance de tel ou tel culte – le col du clergyman ou la croix dans le cou inclus, contrairement à ce que vous tentez de me faire mensongèrement – on doit symboliquement et temporairement l’ôter.Je dis bien ôter, pas dissimuler : tous les jours, mes élèves me voient arriver et repartir coiffé, mettons, de ma kippa, ou de mon crucifix en pendentif, etc ; et ils me voient l’enlever quand sonne la cloche et la poser sur la petite patère à côté de moi, bien en évidence. Et ici j’insiste, uniquement dans cette situation-là : dans la classe même, au moment d’enseigner ; ailleurs dans l’école, ça n’est pas nécessaire. Le mur-à-mur à la Drainville est inutilement vexatoire. Il s’agit, tout en indiquant bien la démarcation entre la sphère spirituelle et la sphère politique, préserver un maximum de liberté.

Ce que vous voulez, si j’ai bien compris, c’est de pouvoir affirmer la primat du religieux sur le politique, de la religion sur la citoyenneté, en toutes circonstances. C’est de la théocratie pure et simple.

Par ailleurs, je vais répondre à une question que vous posez même si vous la posez parce que vous n’avez pas compris ce que vous avez lu, ou alors parce que vous cherchez à m’insulter.

«Et dites-moi comment un professeur « de souche » québécoise devant régler un conflit entre un étudiant »de souche » québécoise et un autre d’origine africaine n’est-il pas aussi en apparence de partialité raciale et culturelle????»

Cette kyrielle de points d’interrogation est inutile, un seul aurait suffi. PRIMO, dans un but tactique évident (seriez-vous membre d’un parti?), vous me faites dire le contraire de ce que je dis avec votre absurde histoire de « souche ». Il ne s’agit pas des cultures, mais des religions.
SECUNDO, je me méfie comme la peste de cette histoire de « souche », aussi ambiguë que son équivalent anglais « heritage », parce que ces deux notions oscillent depuis toujours entre deux sens contraires, entre les deux MÊMES sens contraires: culture et nature, peuple et « race ».

Pour moi, « québécois » (en particulier) comme « canadien » (en général) désignent des citoyennetés et non des identités. L’identité est culturelle et ne relève pas de l’État. L’élève africain donc vous parlez est tout aussi québécois, ni plus, ni moins, que l’élève de soi-disant « souche » dont vous parlez : car le fait d’être québécois est un fait d’abord politique, juridique et administratif, et non fait identitaire. C’est le fait d’avoir ou non la citoyenneté de telle patrie (le Canada, en l’occurrence, qui étant une fédération et pas une nation est donc fait de plusieurs composantes, dont le Québec). Le nationalisme, que je combats, confond continuellement identité et citoyenneté. Ce n’est pas mon cas. C’est justement parce qu’elle n’est PAS identitaire que la notion de citoyenneté (québécoise, canadienne) nous permet de nous garantir mutuellement des droits égaux. Mais vous avez décidé de me prendre pour un nationaliste, sans doute parce que vous n’avez pas d’autre cassette à votre disposition. De toute façon, je parlais, moi, des religions, des cultes et non des cultures, des peuples, des nationalités, et c’est vous qui introduisez ces considérations identitaires qui n’ont rien à voir. Par ailleurs, un Québécois « de souche » (autrement dit, un Québécois qui est de culture surtout canadienne-française) peut tout à fait être musulman ou juif ou bouddhiste, car les conversions ne sont pas faites pour les chiens.

Enfin quand vous parlez de « partialité culturelle », je comprends cette notion. Par contre, quand vous me parlez de « partialité raciale », évidemment je ne vous suis plus du tout. Car le racisme, c’est justement de prendre les peuples pour des races. Alors rassurez-vous : je ne prends pas le fait d’être canadien-français pour un fait racial, je ne prends pas le fait d’être arabe pour un fait racial, je ne prends pas le fait d’être juif pour un fait racial, je ne prends pas le fait d’être haïtien pour un fait racial et je ne prends pas le fait d’être juif arabe pour un prétendu « mélange de races ». Ce sont des faits de civilisation, par conséquent immatériels et qui ne sauraient être déterminés biologiquement: le contraire du délire de la race. Benedetto Croce, antifasciste libéral: « Combien arbitraires, fantastiques et improbables sont les théories de la race. » La notion de race n’est pas applicable à la diversité humaine réelle, car l’Homme est « l’être non-naturel par excellence » (Hannah Arendt). Autrement dit, une « partialité raciale » est quelque chose qui n’existe pas, ou alors au sein du règne animal.

Bravo pour cette clarification, Marc..

Vos propos élèvent le débat, clarifiant ces termes et ces notions. Ils éduquent nos concitoyens à dépasser la pensée manichéenne ( binaire, bon-mauvais, blanc-noir ) qui paralyse toutes échanges de point de vue….

L’intelligence est riche car elle est toute en nuance….