Le PQ fait-il un retour en force ?

Les sondages ont semblé favorables au PQ durant la dernière semaine. Les performances du chef aux deux débats ont-elles vraiment fait bouger l’aiguiller en sa faveur ?

montage : L'actualité

Beaucoup d’encre a coulé dans les derniers jours à propos d’une potentielle remontée du Parti québécois suite à des performances plus que respectables du chef Paul St-Pierre Plamondon lors des débats télévisés.

Alors que la campagne entame son dernier droit, que disent les chiffres exactement ? Commençons par un tour d’horizon des sondages publiés durant la dernière semaine.

  • Léger a publié un sondage post-débat de TVA mardi matin. Ce coup de sonde indiquait que la Coalition avenir Québec était demeurée stable à 38 % au niveau national suite au Face-à-Face. Les seuls mouvements notables par rapport au sondage prédébat concernaient les partis d’opposition, en particulier le Parti québécois, qui passait de 11 % à 13 %. Or, si ce mouvement de deux points ne pourrait qu’être du bruit dans les données, rappelons que le PQ avait entamé la campagne en août juste sous la barre des 10 %. À 13 % dans ce coup de sonde, il serait tout à fait justifié de parler d’une hausse nette, quoique modeste, des appuis pour le PQ.
  • La péquisphère s’est ensuite enflammée mercredi matin après la publication des chiffres nationaux de la maison Segma Recherche : 40 % pour la CAQ, 16 % pour Québec solidaire et une triple égalité à 14 % entre le Parti libéral, le Parti conservateur et… le Parti québécois. Un sondage ne fait pas une tendance, mais deux ? Venant de sources et de méthodes différentes (Léger utilise un panel web, alors que Segma sonde par téléphone) ? Le discours narratif d’une potentielle remontée des troupes péquistes venait d’embrayer en troisième vitesse. L’ancien chef péquiste Jean-François Lisée a même suggéré que Paul St-Pierre Plamondon pourrait devenir chef de l’opposition, rien de moins.
  • Vendredi, un sondage de la maison Research Co. (basée à Vancouver) jetait un peu de sable sur les braises péquistes, en mesurant seulement 10 % d’appui pour le PQ. Donnée aberrante ? Sondeur du Canada anglais ayant peu d’historique au Québec ? Échantillon total de seulement 700 répondants ? Il y avait certes des raisons légitimes de douter de ce chiffre qui semblait aller à l’encontre de la tendance.
  • Mais voilà, la dernière mise à jour du sondage en continu de Recherche Mainstreet, publiée dimanche après-midi, mesure une hausse des appuis à la CAQ à 44 % au niveau national. Les appuis pour le PQ y sont mesurés à… 8 %. Bref, selon Mainstreet, après une légère montée au milieu de la semaine, le PQ serait de retour à son niveau précampagne — un niveau qui, à moins d’effets hyperlocaux qui échapperaient aux sondages, ferait probablement en sorte que Pascal Bérubé formerait à lui seul l’entièreté du caucus péquiste.

Donc, quels sont les appuis au PQ au juste ? Si le commun des mortels est sans doute perplexe devant tant de chiffres apparemment contradictoires, quelqu’un qui regarde les données avec un œil scientifique peut affirmer froidement que ces quatre sondages se trouvent dans une fourchette de 11 % ± 3 %. Ces écarts sont plus grands que pour les autres partis (et peu commodes pour qui tente de faire des projections électorales), mais ils ne sont pas déraisonnables non plus.

Par contre, à cause de notre mode de scrutin, ils pourraient mener à des dénouements fort différents. À 14 %, Plamondon pourrait être perçu comme celui qui a sorti le PQ du gouffre et qui a limité les dégâts devant le rouleau compresseur de la CAQ. Mais à 8 %, son discours de fin de soirée pourrait être bref et peut-être se conclure avec sa démission.

Ajoutons qu’aucun des sondages locaux publiés dans les derniers jours ne suggère une remontée « spectaculaire » du Parti québécois. En effet, les sondages en Mauricie de Segma recherche (pour les stations de Cogeco et Le Nouvelliste) mesurent des appuis faméliques pour le PQ à Trois-Rivières (10 %) et Laviolette-Saint-Maurice (11 %) — rappelons que le PQ avait remporté les circonscriptions de Saint-Maurice et Champlain pas plus tard qu’en 2012.

Dans Camille-Laurin (anciennement Bourget), la circonscription montréalaise convoitée par le chef péquiste, un sondage local de Recherche Mainstreet publié jeudi dernier mesure le député sortant Richard Campeau (de la CAQ) à 38 %, contre 26 % pour St-Pierre Plamondon. Cette avance de 12 points est statistiquement significative, même en considérant le petit échantillon du sondage (340 répondants, marge d’erreur de ±5 %). Il n’est pas impossible que le chef du PQ obtienne un « boni du chef » qui lui permettrait de fermer cet écart, mais un chef du PQ n’a pas obtenu un tel boni depuis… 2012 (Pauline Marois en 2014 et Jean-François Lisée en 2018 n’en ont pas bénéficié). Sans données claires en ce sens, il faut toujours considérer la CAQ comme favorite dans Camille-Laurin pour l’instant.

Bref, en ce qui concerne la remontée présumée du PQ depuis les débats:  les données divergent et ne sont pas concluantes à ce point-ci de la campagne.

À une semaine du vote, la projection du modèle Qc125 (méthodologie expliquée ici) semble nous ramener près de la case départ : la CAQ est en position de super-majorité à l’Assemblée nationale et il y a une bataille entre le PLQ et QS pour le poste d’opposition officielle (qui favorise toujours le PLQ pour l’instant). Voici la plus récente projection de sièges avec les intervalles de confiance pour chaque parti :

La CAQ est favorite dans 98 des 125 circonscriptions. Loin derrière se trouvent le PLQ (17 sièges) et Québec solidaires (9 sièges). Même si l’intervalle de confiance du PQ s’étend jusqu’à un potentiel de six sièges, la formation souverainiste n’est projetée favorite que dans Matane-Matapédia. Quant au Parti conservateur du Québec, il pourrait potentiellement se retrouver bredouille (l’intervalle de confiance du PCQ est de zéro à quatre sièges). D’ailleurs, un récent sondage de Recherche Mainstreet dans Chauveau, la circonscription convoitée par le chef Éric Duhaime (573 répondants, marge d’erreur de ±4 %) mesure les appuis caquistes à 47 %, contre 34 % pour le chef conservateur. Gageons que M. Duhaime et son équipe ne voyageront pas trop hors de la région de Québec pour le dernier blitz de campagne.

Nous attendons de nouveaux sondages locaux et nationaux au cours de la semaine. Si les débats ont créé du mouvement dans les intentions de vote, nous devrions y voir plus clair sous peu. Nous publierons une projection finale dimanche prochain, la veille du scrutin.

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Pour consulter les chiffres de cette projection québécoise, visitez la page de Qc125. Pour la liste complète des 125 circonscriptions, consultez cette page ou visitez la carte complète de la projection ici.

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Sans rêver au grand soir, un remontée même modeste du Parti Québécois, si elle se poursuit jusqu’à l’élection, disons une vaguelette, pourrait signifier des surprises dans les circonscriptions aux luttes serrées. À mon avis, les transferts CAQ vers PQ sont les plus probables, de l’ordre de 2 à 4%.

Tantôt à l’avantage de QS comme dans Jean-Lesage, Verdun, Maurice-Richard et Saint-Henri–Sainte-Anne, ou du PCQ dans Beauce Sud, peut-être à l’avantage du PQ dans certaines circonscriptions de l’Est du Québec comme Bonaventure et même du PLQ comme dans Marquette.

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Analyse intéressante❗️ Je suis d’avis que même si Pascal Bérubé demeure le seul représentant du Parti québécois à l’A.N. Paul St-Pierre-Plamondon pourra se féliciter d’avoir assuré la survie de son parti, demeurer chef et continuer à soumettre les propositions du programme péquiste qui, selon moi, sont les plus intelligentes à ce jour. À commencer par un 3e lien Québec-Lévis dédié uniquement au transport collectif.

Le plus grand drame d’un balayage ou d’un effondrement du PQ serait le recul de l’option souverainiste. En fait, un recul apparent, car je suis convaincu que les sympathisants à la souveraineté restent nombreux au Québec, probablement pas loin de 40 %. Il suffirait de quelques crises avec Ottawa pour faire augmenter ce chiffre jusqu’à la barre fatidique. Mais il n’y aurait plus de voix forte pour entretenir la flamme, et ce serait terrible.

Advenant un tel scénario, j’espère qu’on comprendra enfin que la cause de la souveraineté ne peut pas être défendue uniquement par un parti qui court deux lièvres à la fois. On ne peut pas à la fois défendre l’idée de l’indépendance, qui exige de rassembler toutes les forces souverainistes, et en même temps proposer une vision sociale-démocrate de centre-gauche qui divise ces mêmes forces et repoussera toujours une partie de l’électorat souverainiste en dehors du parti, le PQ en l’occurrence.

À l’instar de Nicolas Marceau dans son excellent ouvrage, je considère depuis longtemps que l’indépendance passera par un parti supra partisan qui n’axera son discours que sur l’indépendance, et laissera de côté les questions polémiques purement provinciales, comme celle du 2e lien à Québec, qui divisent l’électorat, au détriment de l’idée souverainiste.

Une partie des partisans d’un pays du Québec n’est pas prête à accepter cinq ans de politique de gauche pour un hypothétique référendum, qu’on nous promet, mais qu’on nous dira vouloir repousser, parce qu’une nouvelle fois, les conditions gagnantes ne sont pas réunies. On a déjà vu le film, merci.

Il faudra 1. soit que le PQ se décide à rompre avec une recette qui ne fonctionne pas depuis 20 ans et se concentre sur son article 1 et rien d’autre, 2. soit que la Cause soit défendue par un nouveau grand mouvement national rassembleur, qui mettra de côté les choix de société provinciaux du Québec pour promouvoir l’indépendance, sans polluer ce débat essentiel par des déchirements droite-gauche.

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Comme la CAQ va l’emporter haut la main, il me paraīt important que des électeurs très nationalistes qui sont tentés de voter pour Legault reconsidèrent leur vote. Il serait important d’envoyer à l’Assemblée Nationale plusieurs députés du PQ. Quand la Cour Suprême aura charcutė la loi sur la laïcité et la timide loi 96 sur la langue, il serait portant d’avoir à l’Assemblée Nationale plus qu’un représentation famélique d’un seul député. La CAQ n’a pas besoin de 97 députés pour gouverner…

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