Le principe de Peter… MacKay

La performance de Peter MacKay comme ministre de la Défense a longtemps laissé perplexe. Il n’impressionne guère davantage depuis qu’il est ministre de la Justice — surtout pas avec cette récente affirmation sur la maternité et l’accession des femmes à la magistrature, dit Manon Cornellier.

Le ministre fédéral de la Justice, Peter MacKay. (crédit photo: Adrian Wyld / La Presse Canadienne)
Photo : Adrian Wyld / La Presse Canadienne

La maternité serait le principal frein à l’accession des femmes à la magistrature, s’il faut en croire nul autre que le ministre fédéral de la Justice, Peter MacKay.
Politique

Elles hésitent à soumettre leur candidature de peur de se voir reléguer au rôle de juge itinérante et, ainsi, être séparées de leurs enfants (avec qui elles auraient un lien plus étroit que les pères), a-t-il affirmé, vendredi dernier, devant des membres du Barreau ontarien.

Malgré le tollé suscité par cette explication d’un autre âge, il l’a reprise aux Communes jeudi. «Pendant la petite enfance, il n’y a aucun doute : je pense que les femmes ont un plus grand lien avec leurs enfants. En ce qui concerne le nombre de femmes qui postulent pour devenir juges, nous avons besoin que plus de femmes [le fassent]. C’est aussi simple que ça.»

Bref, c’est la faute aux femmes si elles sont sous-représentées dans la fonction de juge, et ne comptez pas sur lui pour tenter de corriger cette situation. Je n’invente rien, puisque l’avocate qui lui demandait ce qu’il comptait faire en ce sens — non seulement pour les femmes, mais aussi pour les minorités visibles — n’a eu droit qu’à une esquive.

Il a tout au plus affirmé que les avocats membres de communautés visibles et les femmes ne soumettaient pas leur candidature. Il a ensuite évoqué cette supposée résistance des femmes, qui serait attribuable à leur maternité.

Comme le résume bien ma collègue Hélène Buzzetti, du Devoir, la classe politique a vivement réagi — d’autant plus, dit-elle, que les chiffres sur la magistrature fédérale donnent tort au ministre. Ainsi, il y a plus de femmes que d’hommes de moins de 50 ans qui sont juges au fédéral, et les femmes le sont souvent depuis plus longtemps.

En fait, la proportion de femmes juges ne progresse pas depuis que les conservateurs sont au pouvoir, puisqu’ils en ont nommées moins que leurs prédécesseurs. Ainsi, en 2013, 33 % des 1 101 juges en fonction étaient des femmes, mais seulement 30 % des juges nommés par les conservateurs depuis 2006 le sont.

Leur bilan est encore pire à la Cour suprême. Sur six nominations, seulement une a profité à une femme, Andromache Karakatsanis. Les conservateurs, dont M. MacKay, ont ignoré des candidates de talent, y compris pour les postes du Québec. Ils ont ainsi préféré le juge Nadon (dont la nomination a été invalidée) à l’éminente juriste et juge Marie-France Bich. Et toute porte à croire que la même chose se prépare pour le choix du successeur du juge Louis LeBel, en novembre prochain.

Ministre controversé

La performance de M. MacKay à la tête du ministère de la Défense a longtemps laissé perplexe. Ministre de la Justice depuis l’été dernier, il n’impressionne pas davantage, donnant souvent l’impression qu’il n’a pas lu les lois, projets de loi et jugements qu’il commente.

Il persiste à dire que dans l’affaire Nadon, la Cour suprême a créé de nouveaux critères d’éligibilité pour les juges québécois, alors qu’elle n’a fait qu’interpréter à la lettre l’article pertinent de la Loi sur la Cour suprême.

En matière de vie privée, il affirme que le dernier jugement de la Cour sur la question ne remet pas en question son projet de loi sur la cyberintimidation, qui a été adopté cette semaine. Or, ce projet permet encore l’accès sans mandat à des informations personnelles détenues par les fournisseurs de services Internet.

Sa réaction face au manque de diversité au sein de la magistrature démontre maintenant un manque de sensibilité pour un enjeu qui devrait pourtant préoccuper tout ministre de la Justice qui se respecte. Les autochtones, les minorités visibles et les femmes y sont sous-représentées, et cela est critiqué depuis longtemps.

M. MacKay ne peut pas l’ignorer, pas plus qu’il ne peut soutenir qu’il est impossible d’avoir une approche proactive en la matière. L’expérience québécoise devrait l’inspirer, d’autant plus qu’elle contredit ses thèses.

«Depuis janvier 2013, les gouvernements de Pauline Marois et Philippe Couillard ont nommé 42 juges à la Cour du Québec, dont exactement la moitié étaient des femmes», rappelle Hélène Buzzetti.

Que dire de plus ?

* * *

À propos de Manon Cornellier

Manon Cornellier est chroniqueuse politique au Devoir, où elle travaille depuis 1996. Journaliste parlementaire à Ottawa depuis 1985, elle a d’abord été pigiste pour, entre autres, La Presse, TVA, TFO et Québec Science, avant de joindre La Presse Canadienne en 1990. On peut la suivre sur Twitter : @mcornellier.

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19 commentaires
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Les femmes travaillent moins d’heures que les hommes, c’est une banale réalité que l’on peut vérifier facilement du côté de l’institut de la Statistique du Québec ou de Statistique Canada.

C’est pour la même raison que plus on avance à l’université (bacc, maitrise, phd, postdoc) moins on retrouve de femmes.

Les carrières d’élite exigent de mettre de côté la vie familiale (surtout entre 30 et 40 ans) et les femmes sont moins nombreuse à faire ce choix. Elle ne sont pas inférieures pour autant, leur choix est tout aussi honorable que celui d’un homme qui fait le choix opposé.

Où est le scandale dans cette banale réalité ? Un autre scandale fabriqué par les médias.

La question plus importante sur laquelle les journalistes auraient du développer est la suivante: « qui est le timbré qui a prétendu que les femmes sont sous-représentées »? Mme Cornelier vient d’indiquer que 33 % des juges sont des femmes et que 60 % des juges de moins de 50 ans sont des femmes.

Les données montrent donc que les femmes ne sont pas sous-représentées à la magistrature. Si la tendance se maintient, j’espère qu’il y aura des journalistes féminins, dans 25 ans, pour pérorer sur la SURreprésentation des femmes à la magistrature.

Quant à moi, la surreprésentation n’existe pas vraiment. Les gens font ce qu’ils aiment tout simplement. Si tous les champions d’échecs sont mâles et si 70 des 70 prix Nobel distribués entre 1998 et 2003 sont mâles (2 faits avérés), je me contente de féliciter les hommes qui ont obtenu ces prix.

Les sur et sousreprésentnations n’existent que dans les esprits de ceux qui aimeraient imposer des quotas, comme faisait les universités russes, américaines et allemandes envers les juifs à une certaine époque.

De plus, quand on a la moindre notion de statistiques, on ne conclue rien du 1 sur 6 à la Cour Suprême. Mme Cornelier s’offusque du 1 sur 6. Cela signifie-t-il qu’elle se serait offusqué, dans un passé récent, de la présence de 3 juges juifs sur les 9 juges de la Cour Suprême?

Finalement, je suspecte que le « 30 % des juges nommés par les conservateurs » de Mme Cornelier n’est pas statistiquement différent de 33 %. C’est sans doute pour cela qu’elle n’a donné aucun chiffre permettant au lecteur de juger par lui-même.

« Si tous les champions….sont mâles…si…70 prix Nobel …sont mâles »
Vous voulez nous dire quoi au juste?
Allez-y, mettez des mots sur votre fierté mais retenez que vous ne faites tout comme moi pas parti de tous ces élus. Moi, je peux comprendre ….mais vous?
Se féliciter du succès des autres c’est bien, s’en prévaloir , s’en orgueillir comme si vous en faisiez parti parce que vous êtes du même sexe…allez soyez sérieux !
J’ai les yeux bruns comme Albert Einstein…sic, savez-vous combien de savants ont les yeux bruns?
Vous êtes amusant et je n’ai pu résister!

« Vous voulez nous dire quoi au juste? », demande Monique Desjardins. J’avais pourtant déjà répondu à la question: « Quant à moi, la surreprésentation n’existe pas vraiment. Les gens font ce qu’ils aiment tout simplement ».

Plus d’hommes que de femmes sont intéressés à faire ce qu’il faut pour devenir champion d’échec, chef d’orchestre, grand compositeur, chef-cuisinier, professeur dans des départements difficiles des grandes universités, comme les Facultés de Science, de Génie ou de Médecine, prix Nobel, etc.

On ne doit pas se surprendre, alors, quand 19 chaires de recherche sur 19 sont donnés à des hommes (la journaliste faible en Maths et faible en Statistiques Marie-Claude Lortie s’en était scandalisée!), etc…

En somme, je dénonce la mentalité de quotas qui semble animer plusieurs journalistes féministes. Dès que beaucoup plus d’homme que de femmes sont nommées, elles s’énervent, comme si la moitié des places peu importe les disciplines revenaient de droit divin à des femmes.

Encore plus précisément, redonnons aux hommes ce qui revient aux hommes. Vérifiez, pour voir, qui, parmi les Canadiens, a le courage, l’énergie, la trempe, le gout du risque et de l’aventure nécessaire pour faire un doctorat dans un pays différent puis un postdoctorat dans un continent différent; vous allez voir que les femmes forment une bien maigre proportion de ceux-là. Une proportion croissante, sans doute, mais bien faible. Alors, sachez donc féliciter ces hommes d’avoir cette énergie et de refuser le confort moelleux d’une éducation entière dans leur propre pays.

Une chose est certaine honorable, je ne vous félicite pas!
Je cherche dans vos propos ce que je pourrais … honorer ??? Certainement pas votre dernière phrase. C’est la pire de vos exposés. Il y aurait long à en dire. De votre dernier paragraphe aussi. Pitoyable!

Vous avez raison, et je trouve aussi qu’on recherche l’égalité de tout dans des quantités, en nombre d’individus, homme ou femme et de le faire ainsi j’ai toujours trouvé cela assez simpliste pour ne pas dire simplet lorsque ses arguments sont soulevés par des gens fortement instruit surtout.
Cependant, vos demandes de félicitations et de reconnaissances font tout aussi simplet et petit en plus.

Quand laisserons-nous de côté la compétition inutile et surtout néfaste pour la remplacer par l’épanouissement personnelle de chaque individu, homme ou femme, enfant ou adulte, en toute liberté, surtout libre des carcans des conventions et des quotas, et que la fierté d’accomplissement de chacun sera d’avoir toujours ou presque fait le mieux possible sans avoir à être mieux que quiconque?

@SirDeCelles: je suis également pour l’épanouissement personnel. Il faut cependant comprendre que, dans l’état actuel des choses, qui dit épanouissement personnel dit nombre TRÈS inégaux d’hommes et de femmes dans certains domaines, notamment les plus compétitifs et les plus exigeants. Ceci n’est pas un reproche, mais un constat.

Un constat que nombre de journalistes de sexe féminin ont des difficultés notables à accepter.

Ceci se veut une réponse à la réponse d’honorable du 23 juin 2014 17h26.

Oh boy!
J’aurais besoin de plus de précision, selon vous:
1- « dans l’état actuel des choses, qui dit épanouissement personnel dit nombre TRÈS inégaux d’hommes et de femmes dans certains domaines »: est-ce que ça expliquerait qu’il y ait plus d’hommes que de femmes dans certains domaines?
2- « notamment les plus compétitifs et les plus exigeants. »: est-ce qu’on doit conclure que ça justifie que les hommes soient plus nombreux que les femmes dans certains domaines?
Selon vous, cela doit-il rester comme cela?
Peut-on y remédier?
Doit-on y remédier?

La meilleure réponse à Peter…. MacKay se retrouve dans un excellent article de la Revue ENFANCE: http://www.cairn.info/revue-enfance2004-2 pages,
INTITULÉE: La relation père-enfant…et l’ouverture au monde (donc au Fédéral!!!!!).
Daniel Paquette en est l’auteur. Institut de recherches pour le développement social des jeunes. Centre jeunesse de Montréal. Département
de psychologie de l’Université de Montréal. À lire par vous et vos proches. Et, qui pourrait en faire tenir une copie à Peter? Merci. G.D.

Sans vouloir me porter à sa défense, il faut reconnaître que certaines personnes dont Peter MacKay fait partie, sont incapables d’exprimer clairement le fond de leur pensée sans que ça sorte tout croche. Lorsqu’il s’agit de dire des lignes ou phrases toutes faites propres à sa fonction, il est incapable de s’exprimer sur un sujet plus corsé. Qu’il y ait moins de femmes dans l’une ou l’autre des professions, la médecine entre autres, est très significative du choix de vie de celles-ci, c’est probablement ce qu’il a voulu souligner mais pas dans des mots appropriés.

Ça fait au-delà dee 40 ans que je travaille dans le milieu de la justice et depuis quelques décennies il y a plus de femmes que d’hommes dans bien des facultés de droit au pays. J’ai géré des bureaux d’avocats et les avocates travaillaient aussi fort sinon plus que leurs collègues masculins et n’hésitaient pas à prendre des procès qui pouvaient durer plusieurs semaines, souvent éloignées de leurs familles. De plus, pour accéder à la magistrature fédérale, il faut compter au moins 10 ans de pratique du droit et les statistiques démontrent que la très grande majorité des juges ont plus de 50 ans – donc, les jeunes familles sont rares parmi ces juges.

Malheureusement, il ne semble pas y avoir de vraies statistiques sur le nombre d’hommes et de femmes qui soumettent leur candidature au poste de juge fédéral mais je parierais que c’est probablement moitié – moitié; c’est d’ailleurs mon expérience car plusieurs des avocates avec lesquelles j’ai travaillé ont effectivement posé leur candidature mais peu d’entre elles ont été nommées. Mais je sais pertinemment que l’affiliation politique joue considérablement dans la nomination des juges fédéraux (j’ai au moins eu connaissance d’une nomination de juge qui n’avait pas passé le processus du comité de sélection mais a quand même été nommé à cause de ses affiliations libérales à l’époque où ces derniers étaient au pouvoir et les magouilles des conservateurs démontrent qu’ils suivent la même voie). Il se peut que les femmes soient moins enclines à soutenir les conservateurs de Harper & MacKay et cela expliquerait beaucoup mieux pourquoi leur nombre a diminué avec l’avènement de ce gouvernement.

Très bonne analogie au Principe de Peters que je n’ai jamais trop chéri par ailleurs mais qui semble s’appliquer comiquement chez ce Peter MacKay.qui n’a en tous cas pas vraiment l’air doué. Mais il semble y avoir pas mal d’enfants de choeurs dans ce gouvernement qui sont actionnés par une morale rigide et infantile et qui ont oublié de grandir pour plaire à papa-maman ou au curé-pasteur. Évidemment que ça bloque la libre pensée et la capacité de réfléchir avec intelligence.

MM. Huberdeau et Honorable ont parfaitement raison. Oui, les médias fabriquent les nouvelles et leur donnent un ton biaisé par sensationnalisme.

Je pense qu’il y a plus de droitiers que de gauchers juges…

Vite Madame Cornelier, un article bien senti pour dénoncer cette intolérable « injustice »…

…et combien de lesbiennes, de Noires, de transgenres, etc…?

Juste pour dire combien ces quotas sont stupides…

Ce n’est pas une question de sexe mais plutôt une question de mentalité. J’ai travaillé avec une majotrité de femmes qui avaient un caractère dominant eh! oui elles gagnaient plus que leur mari ou partenaire. Donc, ils avaient moins de resonsabilités cruciales du point de vue opérationnels et faisaient olus de travail auprès des enfants. Ces couples sont toujours ensemble aujourd’hui. Donc, le gars Mc Kay a une opinion différente et il a le droit de voir les choses d’une façon différent, mais vous les Libéraux avez une façon de monter ben vite aux barricades et de vous offusquer. Le gars Mac Kay a le droit a ses opinions quelles qu’elles soient, mais cela vous semblez l’oublier.

Toute opinion est sujette à la critique: positive ou négative Isabella.
Les gens occupant des postes publiques et de responsabilités sont exposés encore d’avantage que les autres à des critiques…de la part de l’opposition encore plus: c’est n o r m a l!
Il n’y a donc pas d’oublie de la part de ceux qui critiquent, pas plus de la part des libéraux d’ailleurs, puisse que vous choisissez d’aborder cet argumentation extrêmement primaire: c’est aussi leurs droits de le faire.
Comme si les conservateurs s’abstenaient de critiquer négativement leurs opposants.
Je ne suis pas libéral en passant…surtout pas, mais si jamais seulement 2 choix étaient offert, n’importe quoi, mais pas conservateur des années 2000!
Les évangélistes comme MacKay ce n’est pas pour moi!