Le prix politique de l’essence

La montée trop rapide du prix de l’essence pour permettre aux consommateurs et à l’économie de s’ajuster pourrait coûter cher… aux élus, estime notre collaborateur.

Anastasiia_New / Getty Images / montage : L’actualité

Yan Plante est vice-président à l’agence de relations publiques TACT. Il est un ex-stratège conservateur ayant conseillé l’ancien premier ministre Stephen Harper lors de trois élections. Comptant près de 15 ans d’expérience en politique, il a également été chef de cabinet de l’ex-ministre Denis Lebel.

Plusieurs Canadiens ont présentement l’impression de perdre la maîtrise de leur pouvoir d’achat et de leurs finances personnelles. 

La hausse du prix de l’essence et l’inflation galopante devraient être perçues comme de puissants signaux d’alarme par nos élus, parce que voilà le genre de situation qui peut entraîner un brusque désir de changement de gouvernement chez certains électeurs.

Lorsque le prix de l’essence se met à grimper aussi rapidement, il cause toujours un effet domino en poussant le coût de la vie encore plus à la hausse. Les transporteurs ne se gêneront pas pour refiler la facture à leurs clients, lesquels la feront payer par les consommateurs. C’est un cercle vicieux qui provoque autant d’instabilité que d’inquiétude. L’inflation a atteint 6,8 % en avril au Canada (5,8 % en excluant le prix de l’essence), alors que la croissance des salaires n’était que de 3,3 %. 

Des reportages récents nous montrent des gens avec de bons revenus qui cherchent les rabais à l’épicerie pour la première fois de leur vie. D’autres font de l’insomnie parce qu’ils ne savent pas comment ils boucleront leurs fins de mois. Tous n’ont pas le luxe de bénéficier du télétravail et d’ainsi réduire leurs frais de déplacement pour se rendre au boulot.

En plus de l’augmentation du prix de plusieurs biens de consommation, les taux d’intérêt ont entamé leur escalade. Le pouvoir d’achat fond à vue d’œil. Pour beaucoup trop de gens, le mur approche.

Tous les matins, en passant devant les stations-service, la population constate que le carburant atteint des sommets jamais vus (plus de 2,15 $ à la mi-mai au Québec). Et plusieurs se demandent ce que leurs gouvernements feront pour enlever cette pression.

J’ai tiré quelques enseignements pratiquement infaillibles de mon expérience politique. L’un de ceux-là est qu’il n’y a que très peu de place pour les enjeux sociaux chez les électeurs lorsque leur situation économique trébuche.

En effet, pour que la population soit réceptive aux discussions sur l’environnement, la justice sociale ou la réconciliation avec les peuples autochtones, l’économie doit bien aller. 

Dans le cas contraire, le réflexe humain est de prioriser sa survie : nourrir sa famille et payer le logement. En ce moment, les gens portent une attention particulière aux gestes de leurs gouvernements sur cette question d’abord et avant tout. 

Je ne sais pas si tous nos élus en sont conscients. S’ils ne s’en rendent pas compte, la cloche va sonner très bientôt. Il pourrait y avoir un prix politique au prix de l’essence.

Aux deux extrémités de l’échiquier politique, on entend des discours idéologiques qui ne sont pas très utiles à l’avancement du débat. À gauche, des cris de réjouissance s’élèvent, implorant les gouvernements de ne rien faire face à la flambée du prix de cette ressource polluante qu’est le pétrole. Comme si les cours des concessionnaires automobiles débordaient de voitures électriques, ou qu’il y avait partout au pays des services de transport en commun de haute qualité. Et ce n’est pas un caprice de posséder une voiture, ou même deux, quand les deux parents occupent des emplois à plusieurs kilomètres de la maison — et l’un de l’autre. 

À droite, certains ont également saisi l’occasion de décrier une fois de plus la fameuse taxe sur le carbone, sans autre option pour lutter contre les changements climatiques. Comme si la planète était en pleine forme.

S’il n’y a pas de solution simple à un problème complexe, un bon départ serait une communication plus empathique. Nos élus doivent envoyer le signal qu’ils sont conscients de la pression financière qui pèse sur les épaules des consommateurs depuis quelques mois.

Ensuite, si le raisonnement à l’origine de la taxe sur le carbone est qu’elle incitera les utilisateurs à changer de comportement, est-ce que les autres taxes pourraient quant à elles disparaître ? Sont-elles si nécessaires ?

Cette semaine, il faut débourser plus de 2 dollars pour un litre d’essence. Selon l’Institut économique de Montréal (IEDM), les gouvernements engrangent actuellement environ 60 cents par litre d’essence en taxes de toutes sortes. La Fédération canadienne des contribuables affirmait en 2021 qu’au Canada, les différentes taxes sur l’essence représentaient de 31 % à 42 % de la facture totale.

À l’exception de la taxe d’accise fédérale sur l’essence, qui est en partie remise aux municipalités pour des projets d’infrastructures, il y a lieu de débattre de la pertinence des autres taxes. Et particulièrement de nos taxes de vente, qui ont l’indécence fascinante de taxer les taxes !

Le gouvernement du Québec devra aussi réfléchir, comme le propose l’IEDM, à abolir le règlement sur le prix minimum de l’essence. Un des objectifs de cette mesure est de protéger la concurrence et la distribution dans les régions. En revanche, est-ce souhaitable, dans un système de libre marché, d’empêcher des détaillants de baisser leurs prix sous un certain niveau ? Certes, de grandes entreprises pourraient en profiter pour faire une guerre des prix et forcer des concurrents avec beaucoup moins de moyens à fermer leurs portes. Si, au final, il ne restait qu’une poignée d’acteurs, le consommateur ne gagnerait probablement pas au change. Il n’en demeure pas moins que ce mécanisme mérite une réévaluation dans le contexte actuel.

Les gouvernements pourraient également faire un transfert direct d’argent aux individus, s’ils ne veulent pas enlever les taxes.

Le capital de sympathie accumulé par les gouvernements pendant la pandémie risque de s’éroder rapidement si de plus en plus de citoyens peinent à suivre la hausse du coût de la vie. 

Nos élus ne peuvent rien contre les réalités du marché mondial. Mais ils décident des taxes qu’ils imposent sur l’essence. Voyons voir comment ils géreront cette nouvelle crise.

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Aux États-Unis durant les années 50-60 ils ont commencés à taxer l’essence pour construire de vrai routes. Ici pour Lévis-Québec on parle de construire un tunnel de plus de 7 milliards, alors que le pont sur le Saguenay n’est pas fait, l’autoroute 20 vers l’est n’est toujours pas complétée jusqu’à Mont-joli avec2 voies dans les 2 sens, un chemin de fer de New-Richmond à Gaspé fermé car le gouvernement du Québec qui en est maintenant propriétaire fait des réparations petit peu par petit peu, et la route 138 qu’on niaise à continuer quand on parle de développer le Québec.
Donc si on prend l’argent du tunnel et les taxes le gouvernement pourrait enfin finir tous ces beaux projets au lieu de se faire du capital politique à gauche puis à droite.

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Entretenir nos infrastructures n’est pas glorieux, elles sont donc négligées. Cela aussi fait partie d’une saine gestion qui implique une vision globale du futur.
On est pas là du tout!

Yan, vous omettez un aspect important a propos du prix de l’essence. Gerald Filion a démontré récemment que la cause la plus importante de l’augmentation du prix de l’essence depuis 2008 est l’augmentation des marges de raffinage de 9,4 à 48,2 cents par litre. Ca représente 60% de l’augmentation. Les taxes sont responsables de 23% de l’augmentation. Bien sûr l’IEDM dont c’est la mission idéologique pointera vers les taxes, mais le problème est ailleurs.

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Il y a bien des domaines qui sont affectés actuellement soit par le prix du pétrole, soit par la rareté de certains produits, …
Ce qui me désole c’est l’attitude de nos élus. Aucun ne fait preuve de sympathie pour les citoyens, qui doivent vivre avec cette épée de Damoclès qu’est l’augmentation de tous les prix et taux d’intérêts. Les gouvernants devraient nous démontrer leur intention de diminuer des dépenses dans différents secteurs et tenter de faire des économies. Quand je vois qu’une place en maison des aînés coûte 1,000,000$ je ne comprends pas! Une place en prison coûte le même prix! Le nombre de postes qui pourraient être abolis aux différents paliers de gouvernements sans affecter le public devrait faire partir de l’équation aussi. Cela libérerait des personnes pour le secteur privé qui ne peut pas suivre les avantages offerts aux postes des entités publiques.
Les grands syndicats revendiquent des augmentations salariales ajustées à l’inflation! Ils vivent sur quelle planète? Aucune aide pour les petites entreprises n’est discutée, où peut-on aller chercher de la main-d’oeuvre? Le taux de chômage est bas, mais si on additionne les bénéficiaires de nombreux autres programmes (CNESST, SAAQ, Solidarité sociale, …) quel pourcentage de la population ne travaille plus? Et ça va empirer si les frais pour aller travailler augmentent encore. Les postes payés au salaire minimum ne trouveront plus de personnes intéressées. Et quel pourcentage du budget provincial serait attribué à la santé s’il n’y avait pas de pénurie de personnel? Il est actuellement de 50%… rien n’est gratuit, il faut faire de l’éducation et de la prévention car on se dirige vers un mur qui n’offre des solutions qu’aux employés du gouvernement ou de grandes sociétés subventionnées (pétrole, Bombardier,…)

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Les pétrolières commencent à sentir que le vent tourne et leurs dirigeants et actionnaires veulent évidemment se remplir les poches avant que le tout s’effondre quand les gens vont vraiment se rendre compte de l’impact des changements climatiques. Les gouvernements se retrouvent en porte-à-faux entre les électeurs et les oligarques du pétrole et ils essaient de voir dans quelle direction le vent va tourner.

C’est vrai que les véhicules électriques sont rares maintenant et que la technologie n’est pas encore parfaitement au point mais néanmoins de plus en plus de gens se tournent vers ces véhicules malgré la rareté et les inconvénients qui suivent. D’ailleurs pour faire la transition je me suis tourné vers une hybride branchable et ça fait partie des choses à apprendre! Par exemple pour charger la batterie ça prend environ 3h45 sur une borne 2 et ça prend une borne à la maison.

Enfin, on dépend beaucoup de l’étranger pour le pétrole ou il faudrait développer encore plus les sables bitumineux, ce qui nous conduit directement vers encore plus de chaos! S’il est une chose c’est que de protéger l’humanité et de se débarrasser des énergies fossiles est loin d’être simple et qu’on peut se demander si l’humain préfère son confort plutôt que de faire face à la réalité.

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Comme d’habitude des solutions qui viennent de ceux qui nous ont foutu dans ce trou toxique des hydrocarbures.

Autrement dit, les pétroleux comme l’IDEM veulent nous faire croire qu’il faut trouver des solutions qui nous permettrons ne s’adapter à leur réalité, c.-à-d. de nous faire les poches le plus longtemps possible avant de passer aux vraies solutions.

…« Nos élus ne peuvent rien contre les réalités du marché mondial. »… c’est l’excuse facile, ça s’appelle de la volonté politique.

Regardez toutes les magouilles dans les corridors qui se passent maintenant pour que les É.-U. deviennent le fournisseur de gaz en Europe. Ça ne s’invente pas des choses comme ça, ça se prépare depuis longtemps et il y a toujours de l’argent disponible pour les guerres.

Il n’y a pas meilleur moment pour profiter de cette situation, manipulée par les vautours du pétrole, pour s’ouvrir les yeux aux solutions des EnR et de mobilité électrique qui existent et fonctionnent partout dans le monde et qui profitent à tous.

Si l’on arrêtait de subventionner les énergies sales 14 fois plus que les énergies propres au Canada et que l’on faisait fonctionner l’entreprise de façon libre et non faussée, on se rendrait compte assez vite que nous n’avons pas les moyens de continuer avec cette stupide géo-ingénierie des hydrocarbures qui nous coûte des sommes colossales. Le prix à la pompe n’est rien à comparer.
Voir la pétition en cours « les pétrolières ont reçu plus d’aides financières publiques que tout autre pays du G20 – près de 14 milliards de dollars par an. En fait, les producteurs canadiens de combustibles fossiles ont reçu 14,5 fois plus d’argent que les producteurs d’énergie renouvelable. » NPD

L’homme a déjà prouvé qu’il pouvait réparer les dégâts des guerres, ces vautours profitent financièrement de tout ce qui entoure les guerres de toute façon, mais il n’y a pas assez d’argent sur terre pour réparer les dégâts de destruction de l’environnement et de nos conditions d’existences sur notre planète.

Un déversement d’énergie solaire, ça s’appelle une belle journée.

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Bien triste de voir l’impact du prix de l’essence sur la cherté de la vie actuellement. Les gens semblent s’en rendre compte uniquement lorsqu’ils veulent faire le plein, lorsqu’ils ont le nez sur la vitre. Pourtant, c’est en amont qu’il faut aussi regarder. Le choix de se procurer des véhicules de plus en plus gros sans être conscients de la consommation de ces derniers rattrape les consommateurs. Les Corolla, Civic, Elantra etc, moins chères à l’achat et moins gourmandes qu’un VUS, (même si pas électriques) demeurent toujours bien moins onéreuses à utiliser. Là on se réveille tout d’un coup !!!
Bien entendu, au-delà d’un plein d’essence chacun pour soi, l’augmentation du coût de l’énergie affecte toutes les sphères de la consommation, transport oblige !

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L’indecence n’est pas de taxer les taxes, mais d’augmenter le prix du baril sans aucune raison. Le coût de l’extraction et de la discrimination Montréal pas augmenté, donc les exploitants et pétrolières engrangent des milliards sur le dos des contribuables au nom du libre marché. Il aurait fallu nationaliser le pétrole plutôt que privatiser Petrocanada. On devrait plutôt contrôler le prix du baril, fixer la marge de profit des pétrolières et doubler sinon tripler les taxes sur un produit qui cause des dommages environnementaux irréversibles et empoisonne l’être humain. Ces taxes devraient alors servir aux initiatives environnementales et financer notre système de santé.

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Pour mon message précédent, il aurait fallu lire » …le coût de l’extraction et du raffinage n’a pas augmenté… »