Le procès de l’opération Diligence débute enfin

Avec Normand Ouimet, les Hells Angels ne frappaient plus à la porte de l’industrie de la construction. Ils étaient installés dans le bureau du patron !

PolitiqueIl y a près de 10 ans, un membre en règle des Hells Angels, Normand Ouimet, tentait de prendre le contrôle de la compagnie de maçonnerie de Paul Sauvé avec ses complices allégués.

Ouimet est une figure centrale dans un long article que j’ai publié dans L’actualité («Des crimes presque parfaits», janvier 2015). Avec lui, les Hells Angels ne frappaient plus à la porte de l’industrie de la construction. Ils étaient installés dans le bureau du patron !

Six des complices allégués de Ouimet, arrêtés en 2009 dans le cadre de l’opération «Diligence», subissent enfin un procès devant jury pour des infractions diverses de complot, gangstérisme, recyclage des produits de la criminalité et extorsion. Il s’agit d’un homme d’affaires, Louis-Pierre Lafortune, d’un courtier immobilier, Robert Amato, d’une comptable, Jocelyne Therrien, et de trois individus impliqués dans la construction, Guy Drouin, Daniel Lafond et Jerry Purdy.

Selon la théorie de la poursuite, ils auraient assisté Ouimet  à des degrés divers  dans sa tentative de prendre le contrôle de L.M. Sauvé, en 2006.

Ouimet voulait faire d’une pierre deux coups : blanchir les profits de ses activités illégales et prendre le contrôle de la maçonnerie à Montréal par la peur et les poings. Et aussi par des activités de lobbying tout ce qu’il y a de plus conformes aux lois, incluant des participations à des cocktails politiques et des tournois de golf avec le gratin patronal et syndical dans l’industrie de la construction.

Ouimet était un drôle de numéro, aussi confortable sur une moto Harley-Davidson que dans un salon de l’habitation, où il faisait la promotion active de l’une de ses compagnies !

En vertu des règles archaïques en matière de couverture judiciaire, les médias doivent éviter de rapporter des faits qui n’ont pas encore été soumis à l’appréciation du jury.

Le principal témoin à charge de la poursuite, Paul Sauvé, est un homme d’affaires connu. Il suffit de taper son nom dans un moteur de recherche pour découvrir une longue traînée d’articles à son sujet. Pour l’instant, il faut taire à peu près tout des comptes rendus antérieurs, dans le but de protéger l’équité du procès des six accusés.

Les médias sont condamnés à suivre la cadence, lente et lourde, dictée par l’administration de la justice. Il faudra être patient avant d’avoir le portait complet de cette affaire. Le procès doit durer de 12 à 18 mois, à raison de quatre jours par semaine.

À l’ouverture du procès, la juge Johanne Saint-Gelais a déjà prévu les plages pour les vacances d’été et celles de Noël !

Paul Sauvé livre sa version des faits depuis lundi. Sa mémoire est fuyante par moments. Le passage du temps et ses problèmes personnels au moment de la prise de contrôle de L.M. Sauvé affectent la valeur probante de son témoignage. En 2006, l’homme d’affaires bipolaire vivait un épisode de crise exacerbée par une plongée dans l’alcoolisme.

Paul Sauvé donnera certainement du fil à retordre au procureur de la Couronne, Paul Mercier, qui est déjà forcé de lui rafraîchir la mémoire, subtilement, avec ses déclarations antérieures.

L’écosystème de la construction tel que décrit par Paul Sauvé (et d’autres avant lui) est proprement fascinant. Ouimet, un membre des Hells Angels, aurait marché main dans la main avec Louis-Pierre Lafortune pour devenir un joueur influent de la construction.

Le tandem avait ses entrées à la Commission de la construction du Québec (CCQ) et à la FTQ-Construction (FTQ-Q) grâce à des liens d’amitié avec l’ancien directeur général du syndicat, Jocelyn Dupuis.

Le procès ouvrira une fenêtre fascinante sur le copinage entre le crime organisé et la FTQ-C qui prévalait à l’époque. Et il suscitera bien des interrogations sur les failles de l’opération Diligence.

* * *

À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il a aussi été affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

Laisser un commentaire