Le projet Teck Frontier réaffirme les clivages politiques canadiens

Encore un important dilemme à venir pour Justin Trudeau : si son gouvernement décide d’appuyer le projet, il risque de fracturer sa base, déjà fragilisée depuis la dernière élection.

Une mine de sables bitumineux près de Fort McMurray, Alberta. Photo : Jeff McIntosh / La Presse canadienne

Une lourde décision se pointe à l’horizon pour le gouvernement Trudeau. L’approbation de la mine de sables bitumineux Teck Frontier, dans le nord-est de l’Alberta, doit avoir lieu dans les prochaines semaines et, déjà, les fractures régionales du pays semblent se cristalliser. D’un côté, l’Alberta, dont la croissance économique a souffert dans les dernières années depuis la chute du baril de pétrole ; de l’autre, un gouvernement libéral ayant promis du progrès quant à la protection de l’environnement et la réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais qui a perdu de la légitimité auprès de son électorat depuis l’achat de l’oléoduc Trans Mountain.

La firme Angus Reid a sondé les Canadiens à ce sujet. À la question : « En se basant sur ce que vous avez vu ou entendu, incluant ce sondage, diriez-vous que vous êtes pour ou contre la construction de la mine Teck Frontier ? », 49 % des 1 303 répondants se disent pour le projet, alors que 40 % affirment être contre.

Toutefois, ces résultats nationaux cachent des disparités régionales significatives. Voici les résultats par région :
C’est au Québec et en Colombie-Britannique que l’opposition est la plus forte (57 % et 49 %, respectivement). Sans surprise, c’est en Alberta et dans les Prairies que le plus de répondants déclarent appuyer la mine Frontier.

Cette décision pourrait potentiellement s’avérer explosive pour le gouvernement Trudeau : si les libéraux approuvent le projet, la « colère de l’Ouest » pourrait être temporairement apaisée, quelle crédibilité environnementale leur restera-t-il ? Le PLC pourrait-il ainsi retourner aux urnes dans quelques années et toujours affirmer que le Canada est en voie d’atteindre ces cibles d’émission de GES ?

D’ailleurs, Angus Reid a divisé les résultats selon les allégeances aux trois principaux partis nationaux et les contrastes sont encore plus évidents : une forte majorité d’électeurs conservateurs (86 %) se disent en faveur du projet et seulement 9 % d’entre eux affirment être contre. Donc, si le gouvernement devait rejeter la construction de la mine, il n’y a pas de doute que la base conservatrice en sortirait galvanisée davantage.

Voici les résultats :

Chez les électeurs libéraux, la moitié (51 %) s’opposent au projet, alors que 37 % le soutiennent. Voilà donc l’important dilemme de Justin Trudeau : si son gouvernement décide d’appuyer la mine Frontier, il risque de fracturer sa base, déjà fragilisée depuis la dernière élection.

Chez les néo-démocrates, les deux tiers des répondants se disent contre la construction de la mine.

Les résultats des deux dernières élections fédérales nous indiquent que le PLC parvient à se hisser au sommet lorsqu’il coalise le centre et le centre gauche de l’échiquier politique. Les intérêts des électeurs du PLC et du NPD se croisent de façon significative, alors que la base conservatrice, elle, est devenue beaucoup plus fidèle au parti. Les libéraux ne peuvent donc courtiser des électeurs conservateurs et espérer se maintenir au pouvoir. D’un point de vue purement électoral, le PLC prendrait un énorme risque en approuvant la mine Teck.

D’un point de vue purement économique, Teck affirme que le projet créera 7 000 emplois pendant sa construction et 2 500 tout au long de son opération. De plus, la compagnie ajoute que la mine générera des revenus de plus de 70 milliards aux différents paliers de gouvernement.

Du côté environnemental, la question demeure entière : le Canada peut-il continuer à approuver de nouveaux projets polluants qui exercent une pression importante sur des milieux humides et de vastes forêts où habitent des espèces animales à risque, comme le caribou et le lynx canadien ?

Néanmoins, il est important de mentionner que, même si le gouvernement approuve la construction de la mine, il est loin d’être certain que ce projet voie le jour. Avec un baril de pétrole autour de 50 dollars, la mine Frontier ne serait tout simplement pas rentable. Selon cette chronique de Jason Markusoff du magazine Maclean’s, le PDG de Teck aurait affirmé avoir besoin d’un baril autour de 95 $. Nous sommes bien loin de là.

La décision du gouvernement fédéral devrait être connue d’ici la fin du mois.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

Commentaires
Laisser un commentaire