Le Québec arc-en-ciel!

«L’époque où deux partis régnaient presque sans partage sur le Québec semble bel et bien révolue.»

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Le Québec est désormais bien représenté dans chacun des quatre principaux partis fédéraux. Changement de dynamique en vue? (Photo: iStockphoto)

En se présentant en grand nombre, pour la première fois en 15 ans, au portillon du Parti libéral aux élections du 19 octobre, les Québécois ont fait pencher la balance du côté d’un gouvernement majoritaire pour Justin Trudeau.

Du coup, le Québec est revenu en force à la table du gouvernement canadien. On en a naturellement beaucoup parlé. Pour la suite des choses, pourtant, c’est la présence inédite d’un noyau dur d’élus québécois au sein de chacun des grands partis fédéraux qui est encore plus susceptible de changer la dynamique à Ottawa.

Car on n’a pas assisté, le 19 octobre, à un retour au rapport de force classique qui opposait le Bloc québécois au PLC sous Jean Chrétien. L’époque où deux partis régnaient presque sans partage sur le Québec semble bel et bien révolue.

Avec 40 sièges, le Parti libéral réapparaît sur la carte du Québec francophone, dont il avait disparu depuis le scandale des commandites. Ce retour dans le paysage francophone s’inscrit dans un mouvement pancanadien. De l’Acadie à Saint-Boniface, presque toutes les circonscriptions fédérales où le vote francophone pèse lourd dans la balance sont passées au PLC.

Pour autant, il n’y a pas eu de vague rouge au Québec. Si le PLC s’est imposé, c’est à la faveur de luttes à trois ou à quatre qui ont, dans certains cas, permis à des candidats de remporter la victoire avec à peine un peu plus du quart des votes. Les libéraux n’ont pas été les seuls gagnants à cette loterie, mais le NPD en a été le grand perdant. Le Québec n’en demeure pas moins une terre d’accueil privilégiée pour les néo-démocrates.

Au sein du caucus national de 44 députés de M. Mulcair, les 16 élus québécois forment la plus importante députation provinciale, juste devant la Colombie-Britannique (14) et loin devant l’Ontario (8). À une fraction de point de pourcentage près, on a voté pour le NPD au Québec dans les mêmes proportions qu’en Saskatchewan et en Colombie-Britannique, où le NPD fait partie des meubles depuis des lunes.

Dans le reste du Canada, le vent libéral a emporté bien des grosses pointures néo-démocrates. Le parti a été rayé de la carte de la région de l’Atlantique et de celle de la capitale fédérale et de la métropole torontoise. Au Québec, une solide poignée de députés néo-démocrates de premier plan ont été réélus. C’est le cas d’Alexandre Boulerice, Hélène Laverdière, Ruth-Ellen Brosseau, Roméo Saganash, Guy Caron et, bien sûr, Thomas Mulcair lui-même.

Dans la plus récente mouture du caucus du NPD, les Québécois — même s’ils sont moins nombreux — prendront plus de place.

C’est également vrai dans le cas du Parti conservateur. Lutte à trois ou à quatre aidant, 12 candidats conservateurs ont remporté un siège au Québec le mois dernier, soit 7 de plus qu’en 2011.

Parmi eux, il y a des candidats-vedettes qui auraient été ministrables si leur parti avait été reporté au pouvoir. L’ancien chef de l’ADQ, Gérard Deltell, et l’ex-maire de Victoriaville Alain Rayes sont du nombre. Le Parti conservateur est mieux chaussé au Québec qu’à tout autre moment de ses trois récents mandats au pouvoir.

Si la Chambre des communes était composée uniquement de Québécois, le Bloc, avec 10 députés, formerait la troisième opposition au gouvernement libéral. Son principal défi consistera à se faire entendre dans le nouveau concert de voix québécoises au Parlement. Pour se distinguer de ses rivaux néo-démocrates et conservateurs, le parti devra sans doute privilégier un créneau plus souverainiste que dans le passé.

On peut voir — comme le font les ténors souverainistes — le fait que le Bloc a enregistré les pires résultats de son histoire dans le  vote populaire (19 %) comme un résultat circonstanciel imputable au profond désir de changement de gouvernement d’une partie importante de l’électorat québécois.

Mais à cette explication il faut ajouter un bémol, le temps de noter une évidente symétrie entre la diversification des voix qui s’est imposée à l’Assemblée nationale ces dernières années et la députation arc-en-ciel dont vient de se doter l’électorat québécois au Parlement fédéral.

D’une campagne électorale à l’autre, la question de l’avenir politique du Québec cède la place à d’autres enjeux pour un plus grand nombre de ceux qui ont voté oui il y a 20 ans.

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12 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Bonne affaire. Quand on regarde ce que ça donne aux É.U. où il n’y a réellement que deux partis (qui ont quand même pas mal en commun). Pas de réel brassage d’idées et bonne chance pour le changement, donc l’évolution.

Il n’en est pas moins que le premier perdant de cette élection est, reste et demeure le NPD. La chose est vraie pour le Québec où ce parti n’a pas été capable de consolider ses acquis de 2011. Cette désaffection de l’électorat pour cette organisation se vérifie ailleurs au Canada.

Bien que j’ai voté pour ce parti et contribué à élire un député NPD dans une lutte très serrée, on peut se demander ce que serait ce caucus québécois aujourd’hui (5 ou 6 députés), s’il n’eut été des personnes déterminées comme moi pour donner à cette formation politique une chance de se reprendre dans quatre ans.

Pourtant, je n’ai ni voté par stratégie, ni par conviction tant cette campagne menée par monsieur Mulcair véhiculait un ensemble de valeurs auxquelles finalement je n’adhère pas. Un chef politique qui sous prétexte de vouloir glaner des votes partout, n’a su rien faire de mieux que de servir de « faire-valoir » à Justin Trudeau.

L’objectif n’était évidemment pas d’en finir avec Harper, c’était d’offrir à la population une plate-forme dans laquelle se retrouve avec bonheur, toutes les canadiennes et les canadiens. La réponse des électeurs à « ce but » minimaliste de mettre Harper dehors, ne peut être considérée que telle un camouflet adressé au NPD et un désaveu d’une majorité adressée à Mulcair comme meilleur choix potentiel de Premier ministre.

Monsieur Mulcair devrait suivre l’exemple de Stephen Harper : choisir d’être un bon député pour sa circonscription d’Outremont et céder l’intérim à quelqu’un d’autre pour assurer la direction de cette formation à fin de veiller immédiatement à son prompt rétablissement.

«De l’Acadie à Saint-Boniface, presque toutes les circonscriptions fédérales où le vote francophone pèse lourd dans la balance sont passées au PLC.

Pourtant ces minorités ont droit à aucun ministre!!!
On a donc 2 ministre sikhs et aucun ministre francophone hors-Québec (Leblanc est anglophone)
Bienvenue dans le Canada de Justin

Tiens…un autre fru de la dernière déculottée des séparatistes bloqueux!

Monsieur Leblanc est un Acadien qui maîtrise le Français mieux que la plupart des Québécois dont près de 40% sont analphabètes fonctionnels (merci à notre système d’éducation de compétence strictement provinciale!).

Pas de majuscule à français.
Dans les tests PISA, les Francos hors-Québec est les pires résultats au Canada.

Parle nous donc de la déculottée de tes chers créationnistes qui ont été mis dehors de la gouvernance du pays le derrière sur une pelle après dix années de niaiseries réformistes et qu’on ne reverra pas au commande de sitôt.
C’était ça l’enjeu de cette élection et la mission a été remplie 10/10.

« Créationistes » = Principal parti de l’opposition à Ottawa, en plus d’avoir AUGMENTÉ son nombre de votes et de députés au Québec.

Bloc? DERNIER parti de l’opposition en plus d’avoir RECULÉ lamentablement en % des votes exprimés au Québec!

D’autres questions?

«Du coup, le Québec est revenu en force à la table du gouvernement canadien.» En »force » dites-vous? Je n’en suis pas si certain. Je ne vois pas autour de cette table ne serait-ce que l’ombre d’un Marc Lalonde, d’un Gérard Pelletier, d’une Monique Bégin, d’un Jean-Luc Pépin. Même le P.M. actuel, s’il s’était alors appelé Justin Tremblay, n’aurait pas eu accès au Conseil des ministres du temps de son père, sinon après un apprentissage comme adjoint parlementaire. Le Conseil des ministre a toutes les allures d’un »focus group » commandé à une firme de consultants en marketing par une entreprise ayant besoin d’un échantillon social complet pour tester l’attractivité d’un nouveau produit.

«Je n’en suis pas si certain. Je ne vois pas autour de cette table ne serait-ce que l’ombre d’un Marc Lalonde… »

Eh bien tant mieux, dans ce cas-là du moins : en plus d’être un nationaliste (c’est-à-dire de vivre, à l’instar de ses vis-à-vis les nationalistes québécois dont il se croyait si différent, dans une confusion perpétuelle entre citoyenneté et identité), Marc Lalonde était un partitionniste, c’est-à-dire un adepte des menaces de mort (déguisées en prophéties) contre les électeurs séparatistes. Sans parler de ses sorties répétées, aussi grotesques qu’indéfendables, contre les caricaturistes qui osaient s’en prendre à son ami (et collègue avocassier) Guy Bertrand, lequel venait de passer de l’aile la plus maniaquement forcenée du séparatisme à l’aile la plus maniaquement forcenée du fédéralisme (trajectoire qui offrait une évidente ressemblance avec celle de Mosley en Angleterre, Doriot en France et bien sûr Mussolini en Italie). Que vous vous réclamiez de cette ordure en dit long sur vous.

Autre nouvelle réconfortante pour les fédéralistes québécois: le Parti Libéral du Québec a réussi à conserver leurs 3 sièges à l’Assemblée nationale et ce, en pleine « austérité »!!!

Ça en dit long sur la crédibilité des syndicats et du chef du PQ, PKP.