Le retour de la «patente à gosses»

La commission spéciale d’examen des événements du printemps 2012 est en proie à de véritables difficultés, quoiqu’en dise son président, Serge Ménard.

Il est plutôt rare de trouver dans un même clan les policiers et les militants des droits sociaux. J’imagine un peu à quoi ressemblerait une conférence de presse réunissant tous ceux qui boycottent les travaux. Nicole Fillion, coordonnatrice de la Ligue des droits et libertés, Yves Francœur, président de la Fraternité des policiers, Francis Dupuis-Déri, «théoricien» des Black Blocs et Alain Arsenault, avocat de jeunes blessés lors des manifestations, se retrouveraient tous à la même tribune. Un coup parti, on pourrait demander à Robert Poëti, l’ex policier de la Sûreté du Québec (SQ) qui utilise ses nouvelles fonctions de député pour défendre la police, d’agir à titre de maître de cérémonie.

L’alliance serait bien fragile, j’en conviens. Les policiers et leurs représentants ne veulent tout simplement pas de la commission Ménard. Les autres (étudiants, chercheurs, militants) exigent une commission élargie, 100 % publique, pour discuter de profilage politique et de brutalité policière.

En réalité, tout les sépare, sauf leur aversion pour la commission Ménard. L’ex ministre péquiste et ses acolytes, Bernard Grenier et Claudette Carbonneau, ont pris les commandes d’une commission bancale, improvisée par le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, pour calmer le jeu.

M. Bergeron a su reconnaître dans la première mouture de la commission Charbonneau une «patente à gosses» qu’il a dénoncée avec brio sur les banquettes de l’Opposition officielle à l’Assemblée nationale. À quoi aurait servi une commission d’enquête sur l’industrie de la construction sans le pouvoir de contraindre les témoins et la possibilité de leur accorder l’immunité? Lino Zambito n’aurait jamais vidé son sac, Nicolo Milioto serait sagement resté à la maison, et les acteurs présumés de la collusion à Laval auraient attendu discrètement leur procès pour fraude. La commission Charbonneau aurait rapidement fait du surplace.

Les tares qui menaçaient jadis la crédibilité de la commission Charbonneau ont été corrigées par le gouvernement libéral de Jean Charest, entre autres grâce aux interventions incisives de M. Bergeron et de ses homologues Bertrand Saint-Arnaud et Sylvie Roy.

Ces mêmes tares fragilisent maintenant la commission d’examen du printemps érable. Comment le ministre Bergeron, si habile à débusquer et dénoncer une «patente à gosses» lorsqu’il était dans l’opposition, a-t-il pu engendrer sa propre patente? C’est l’un de ces mystères dont la politique a le secret.

La commission Ménard ne peut contraindre les témoins. Elle doit espérer que des volontaires se pointent au rendez-vous, et certains d’entre eux ont poliment fermé la porte au nez des commissaires cet été. Résultat? Les audiences publiques ont dû être reportées. Prévues initialement au début d’août, elles débuteront finalement le 23 septembre.

M. Ménard a tenu des audiences à huis clos cet été. Il a rencontré 36 témoins, mais on ne sait pas lesquels. Il ne veut pas le dire. Belle démonstration de transparence. Comment juger de la crédibilité du rapport et des recommandations à venir si le public ne peut même savoir qui a dit quoi derrière des portes closes? Est-ce que 30 policiers se sont «vidés le cœur» pendant que six civils en faisaient autant? Est-ce l’inverse?

Il n’y a rien de sérieux dans cette commission indigne de son nom. Ce n’est pas tant d’un «examen» du printemps érable dont il est ici question, mais plutôt d’un exercice de relations publiques visant à calmer les militants sans se mettre à dos les policiers. Dans les deux cas, le gouvernement Marois a raté la cible.

 

 

 

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Dès sa création, cette commission était bidon.

Ses conclusions sont déjà écrites et je suis très surpris que Ménard se prête à cette mascarade. Il a beaucoup baissé dans mon estime!

Personne, absolument personne au Québec ne lui accorde d’importance (le fait que les principaux acteurs la boycottent est explicite!) et elle n’est qu’un exercice bassement politique pour faire porter le chapeau du boycott étudiant exclusivement à nos Libéraux.

C’est un autre parfait exemple de nomination partisane et de gros gaspillage de fonds publics par les péquistes.

Idem pour la commission Duceppe! Un autre vide futile.

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