Le retour de l’État dans l’économie canadienne

L’objectif de freiner les inégalités est imprimé partout dans ce document, dont les néo-démocrates auraient pu rêver. 

Photo: Adrian Wyld/La Presse Canadienne
Photo: Adrian Wyld/La Presse Canadienne

Avec son premier budget, le ministre Bill Morneau revient à un keynésianisme de bon aloi: soutenir l’économie par des mesures sociales, destinées à la classe moyenne, ainsi que par les dépenses en infrastructures. Qu’on soit d’accord ou pas, il faut reconnaître que la stratégie est claire.

Rappelons qu’entre 2006 et 2014, le Canada est passé de sixième à neuvième au chapitre du niveau de vie chez les pays les plus développés de l’OCDE.

Tandis que le gouvernement précédent réduisait constamment les revenus pour justifier la réduction de la taille de l’État, le gouvernement Trudeau passe par l’endettement pour lui faire reprendre une place prépondérante.

La croissance canadienne étant altérée par la baisse du secteur de l’énergie, Ottawa espère que la hausse des dépenses favorisera la croissance. Et ce, même si les dépenses en infrastructures sont moins généreuses que promises: un milliard de moins que les cinq milliards promis lors de la campagne électorale.

«Avec nos mesures, on croit qu’on atteindra un taux de croissance plus élevé», a répété Bill Morneau en conférence de presse. Le ministre prend bien soin de préciser que les secteurs autres que l’énergie ont enregistré une croissance de 2,2 %.


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Freiner l’endettement

Le budget Morneau propose aussi de s’endetter pour que les Canadiens cessent de le faire. C’est d’ailleurs le premier élément abordé dans le document du budget.

Le niveau d’endettement des Canadiens est désormais près de 168 %, c’est-à-dire qu’ils doivent 168 dollars pour chaque tranche de 100 dollars qu’ils gagnent. Il s’agit de l’un des taux les plus élevés de l’OCDE. Mark Carney s’en inquiétait ouvertement lorsqu’il était à la tête de la Banque du Canada. Pour pallier cette situation, le gouvernement précédent avait misé sur un resserrement des règles hypothécaires, plus efficace que quelques crédits d’impôt ciblés.

Le gouvernement Trudeau répond d’abord par les chèques mensuels aux familles, par l’entremise de l’Allocation canadienne pour enfants. Un coût net de 4,5 milliards de dollars cette année, et de 5,3 milliards l’an prochain, qui profitera à 9 familles avec enfants sur 10.

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Il le fait aussi par d’autres mesures tout aussi directes:

• Une bonification de la prestation complémentaire au Supplément de revenu garanti pour les aînés vivant seuls;

• Un crédit d’impôt pour le remboursement des fournitures scolaires achetées par les enseignants et les éducateurs, jusqu’à 1 000 dollars;

• Une bonification des bourses d’études, qui nécessitera une entente avec les provinces.

En assurance-emploi, tout est conforme aux promesses: le délai de carence avant de recevoir les prestations passe de deux à une semaine. Et les personnes qui retournent sur le marché du travail seront soumises aux mêmes règles d’accès que les travailleurs, plutôt que de devoir accumuler 910 heures de rémunération avant d’être de nouveau admissibles. Ottawa réduit aussi le taux de cotisation à 1,61 $ afin de refléter les coûts réels du programme. Il ne pourra plus être accusé de piger dans les surplus.

Un déficit moins dommageable qu’il n’y paraît

Pour financer les mesures, Bill Morneau prévoit un déficit de 29,4 milliards cette année, et jusqu’à 113 milliards pour l’ensemble des cinq prochaines années. Il s’appuie cependant sur des prévisions de croissance en deçà de celles du secteur privé; dans les faits, le ministre se garde une marge de manœuvre de six milliards par année par rapport aux prévisions.

Le ministre Morneau peut néanmoins remercier la frugalité de ses prédécesseurs, qui lui permettent d’engranger un déficit sans incidence trop importante sur la dette. Même en tablant sur le pire scénario, avec un déficit de 14,3 milliards dans cinq ans, le poids de la dette par rapport au PIB serait réduit, pour se fixer à 30,9 %.

En revanche, un scénario dans lequel la croissance serait de 0,4 point de pourcentage plus élevée que prévu permettrait presque à Ottawa d’atteindre l’équilibre budgétaire dans cinq ans.

Les taux d’intérêt très bas ne profitent pas qu’à votre hypothèque: le gouvernement y trouve aussi son compte. D’ailleurs, le Canada présente le plus bas rapport dette-PIB des pays du G7.

Les entreprises laissées pour compte

À moins d’être dans la haute technologie ou une industrie verte, les entreprises trouvent peu leur compte dans le budget, y compris le secteur manufacturier. Une «approche clientéliste» que dénonce le président du Conseil du patronat, Yves-Thomas Dorval, qui déplore que le gouvernement ait également renié sa promesse de baisser les impôts des PME. Réponse du ministre Morneau: «Les petites et moyennes entreprises profiteront du budget, parce qu’il leur faut une économie qui marche. Il leur faut des consommateurs.»

Il reste que, selon l’OCDE, le Canada a également glissé d’un rang depuis 10 ans en matière de productivité, passant du 15e au 16e rang.

Vidéo: Pourquoi «billion» ne désigne pas le même nombre en français et en anglais

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