Le retour de Rizzuto

Après Raynald Desjardins, c’est au tour de Vito Rizzuto de recevoir une citation à comparaître devant la Commission Charbonneau tel que confirmé dans plusieurs médias, dont La Presse.

Le fils du défunt parrain de la mafia, Nicolo Rizzuto, est un personnage central pour comprendre l’évolution du crime organisé au Canada au cours des trente dernières années.

L’excellent livre Mafia Inc., écrit par André Noël et André Cédilot, offre d’excellentes clefs pour comprendre son influence sur le monde interlope.

M. Rizzuto a passé les six dernières années de sa vie dans un pénitencier du Colorado pour son implication dans les meurtres de trois lieutenants du clan Bonanno à New York, en 1981. Le témoignage de deux repentis (l’ex parrain du clan Bonanno, Joseph Massino, et son beau-frère, Salvatore Vitale) a permis aux policiers de coffrer celui qu’on surnommait le «Teflon Don» en raison de son habileté naturelle à échapper à la justice.

L’extradition  de Vito Rizzuto, en août 2006, a marqué le coup d’envoi d’une guerre de pouvoir qui n’est toujours pas terminée au sein de la mafia. Vito Rizzuto l’avait prédit. Sur le chemin de l’aéroport le jour de son extradition, il avait confié aux policiers qu’ils faisaient une grave erreur, car lui seul pouvait assurer la stabilité au sein du monde interlope.

L’avenir lui a donné raison. Durant son exil forcé, son fils Nicolo Jr et son père ont été assassinés et les principaux hommes de confiance du clan sicilien ont disparu sans laisser de traces ou ils ont été abattus.

L’écho des coups de feu meurtriers qui retentissent dans la métropole depuis quelques semaines coïncident avec son retour au Canada, le 5 octobre dernier. Le meurtre de Joe Di Maulo, mafiosi notoire du clan calabrais, retient particulièrement l’attention des enquêteurs du crime organisé.

La Commission Charbonneau s’intéresse au rôle joué par M. Rizzuto dans la collusion et la corruption. Deux ingénieurs corrompus de la Ville de Montréal, Gilles Surprenant et Luc Leclerc, ont témoigné candidement qu’ils avaient déjà fait des voyages de golf avec cet homme charmant, courtois, doté d’un sens de l’humour hors pair…

Lino Zambito a aussi affirmé que M. Rizzuto avait arbitré une dispute entre l’homme d’affaires Tony Accurso et lui, pour un contrat de plus de 25 millions. Les vidéos de surveillance de l’opération Colisée, qui a porté un coup presque fatal au clan Rizzuto, ont montré les entrepreneurs qui ont fait main basse sur les contrats publics à Montréal au café Consenza, quartier général du clan Rizzuto. Entre 2004 et 2006, ils s’y rendaient régulièrement pour payer à la mafia un pizzo de 3 % sur la valeur de leurs contrats publics.

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) n’avait guère prêté attention à ces nombreuses transactions en argent liquide entre entrepreneurs et mafieux. Elle enquêtait sur le trafic de drogue, l’extorsion, le pari illégal.

Les questions ne manquent pas pour Vito Rizzuto, mais la Commission pourrait se heurter à l’implacable loi de l’omertà avec lui. Lors de la Commission d’enquête sur le crime organisé (CECO), dans le années 70, Vic Cotroni et Paolo Violi avaient préféré faire de la prison pour outrage au tribunal que de répondre aux commissaires.

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