Le Sénat : la faute aux autres, selon Harper

Les conservateurs espéraient évincer du Sénat les sénateurs Mike Duffy, Pamela Wallin et Patrick Brazeau avant leur congrès de la fin de semaine. Le premier ministre Stephen Harper souhaitait, pour sa part, reprendre l’initiative avec son discours de vendredi soir devant ses militants. En vain, dans les deux cas.

Les trois sénateurs sont encore en poste, bien que leur sort puisse être scellé avant la fin de cette semaine. Quant à Stephen Harper, il a choisi de garder la ligne dure, de n’accepter aucune responsabilité et de ne rien expliquer de ce qui s’est produit dans son bureau.

Bref, il a foncé droit devant. En imputant les torts aux autres et en accusant tout le monde de se mettre sur son chemin pour empêcher sa réforme du Sénat.

L’opposition a fait de l’obstruction quand son gouvernement était minoritaire. Maintenant qu’il est majoritaire, ce sont les sénateurs libéraux (eux-mêmes minoritaires) qui bloquent la voie. Et il y a ces damnés tribunaux…

Il faut rappeler que son propre gouvernement a demandé à la Cour suprême de lui donner son avis sur la façon de procéder, un renvoi que certaines provinces lui recommandaient de faire depuis des années. Et qu’il aurait en main aujourd’hui s’il les avaient écoutées.

Il a fallu que le Québec prenne l’initiative pour que les conservateurs bougent sur ce front. La Cour d’appel du Québec a rendu sa décision récemment. Son jugement unanime est catégorique. Ottawa ne peut agir seul. Les provinces doivent être dans le coup. Les juges n’ont rien inventé, ils ont interprété la Constitution.

En d’autres mots, le vrai obstacle sur le chemin de l’unilatéralisme de M. Harper n’est rien, donc, que la Constitution.

Mais qu’à cela ne tienne : M. Harper était en mode populiste vendredi, maniant avec brio le mythe bien entretenu chez ses partisans du conservateur «outsider» — et éternelle victime des méchantes élites du Canada central.

Le hic est que M. Harper est au pouvoir depuis presque huit ans. Il a depuis nommé la majorité des juges à la Cour suprême et une grande partie de la magistrature fédérale. Il a choisi le gouverneur général, toute la haute fonction publique, les directeurs de sociétés d’État, presque tous les membres des tribunaux administratifs et des organismes réglementaires et de surveillance, la direction de l’armée, de la GRC et des services secrets, les diplomates actuellement en poste. Et, et…

Et il a nommé la majorité des sénateurs actuellement en poste. Il contrôle la Chambre haute sans partage.

La faute aux élites ? Il y a sûrement une partie de sa base qui avale cette couleuvre avec plaisir, mais il en va autrement d’un grand nombre de Canadiens.

Le premier ministre doit rendre des comptes. Son bureau et son parti sont mêlés à ce scandale au Sénat et tous les protagonistes ont été choisis par lui pour occuper leurs postes. Je ne crois pas que s’en laver les mains calme quoi que ce soit. D’autant plus que l’affaire Duffy n’est pas close, la rumeur voulant qu’il ait d’autres révélations dans sa besace.

À suivre.

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J’aimerais voir M. Harper se tordre comme un ver sur une plaque chauffante d’ici les prochaine élections.

Comme un enfant de cinq ans, M. Harper n’est responsable de rien. Tout le mal vient autres, des méchants. Lui est blanc comme neige. La preuve? Il l’affirme. Point final.

Ses disciples, aveuglés par l’amour inconditionnel, ne voient rien, n’entendent rien. Tout baigne dans Harper Land.

L’Evangile disait : bienheureux les simples en esprits. Ici, on parle de simple d’esprit, à ne pas confondre.

Quel parti exaspérant.

Ces gens-là me rendent fou.

Croyez-vous vraiment que les canadiens tiendront rigueur à Harper pour tous faits ?

J’en serais grandement surpris. Étant un vrai « control freak » Harper a sûrement dû faire tous les sondages nécessaires avant d’aller dans une direction ou une autre.

Par exemple, je suis certain que si Vaillancourt se présentait aux élections municipales à Laval, nous serions surpris de constater le nombre de votes qu’il récolterait toujours.

Le public est un con, le grand public est un grand con.
[Jean-Marie Laclavetine]

Il est d’usage de critiquer souvent des pays comme la Russie avec la dérive autocratique du président Poutine. Si ce n’est que je ne suis même pas sûr que la constitution russe donne autant de prérogatives et de pouvoir au chef de la Communauté des États indépendants (Fédération de Russie) que tous ceux dont dispose Ottawa pratiquement.

Comme autant de pouvoirs qui sont conférés — comme vos propos le démontrent — aux seuls Premiers ministres du Canada quels qu’ils soient.

Si certains Premiers ministres sont plus débonnaires que d’autres, plus enclins à consulter que d’autres, à prendre l’avis et à s’entourer de sages. Cela est nettement moins le cas de monsieur Harper. Je ne prétends aucunement qu’il abuse des pouvoirs qui lui sont conférés. Disons simplement qu’il en use allégrement et quelquefois de façon à la limite discrétionnaire. Du moins, est-ce l’impression que cela donne pour le profane que je suis.

Si nous étions en Russie, je pense qu’on pourrait parler du « tzar » Harper tant son pouvoir est grand. Si ce n’est qu’au Canada, personne n’y trouve rien ou presque à redire, quant à la base conservatrice en redemande plus, bien évidemment 🙂