Le SPVM perd ses repères

Il n’y a pas d’excuse au vandalisme et à l’agression armée contre des agents de la paix. Il n’y a pas plus d’excuse à la brutalité ordinaire d’un service de police qui s’éloigne de ses valeurs.

PolitiqueDepuis quelques années, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) se voue corps et âme à un projet de «transformation organisationnelle», la TO pour les intimes.

La haute direction se soucie du lien de confiance avec la population, qui a été fragilisé à la suite du printemps érable. Elle élabore toutes sortes de plans, entre autres pour adopter «une approche citoyenne». Toutes ces initiatives finissent par engourdir les meilleurs réflexes — celui de l’indignation, par exemple.

Indignation. C’est l’ingrédient manquant, au SPVM, à la suite d’un nouvel épisode de brutalité policière rapporté par Radio-Canada.

Vendredi dernier, lors d’une manifestation de la Convergence des luttes anticapitalistes (CLAC) — un rendez-vous toujours houleux —, le jeune Xavier Amodeo a été frappé de trois coups de poing au visage par un policier venu prêter main-forte à deux de ses collègues.

Amodeo, 20 ans, offrait une certaine résistance aux policiers qui tentaient de lui passer les menottes. Il n’était pas ouvertement hostile ou agressif à l’égard des patrouilleurs, mais on voit bien sur la vidéo qu’il leur donnait du fil à retordre en se raidissant et en se débattant.

Dans une entrevue subséquente, Amodeo a nié qu’il avait refusé d’obtempérer aux ordres des policiers. Sur ce point, les images ne lui donnent pas raison.

Ces images ne donnent pas plus raison au porte-parole du SPVM, Ian Lafrenière, qui a formulé des commentaires à la limite du cynisme. L’utilisation de la force «n’est pas cosmétique», a-t-il dit. «On ne fait pas les choses parce que c’est beau, mais parce que c’est nécessaire», a-t-il indiqué.

Une enquête est en cours, mais on voit que le SPVM a sauté aux conclusions. Personne à l’interne ne va s’indigner pour trois coups de poing au visage portés à un «dangereux» militant gauchiste.

Dans la formation policière, le coup de poing n’est pas proscrit. Il fait partie de la panoplie de moyens qu’un policier peut utiliser pour maîtriser un suspect ou mettre fin à une menace. Tout est une question de circonstances.

Et dans l’affaire Amodeo, les circonstances jouent contre le SPVM. L’usage de la force est bien encadré dans la formation : il doit être proportionnel à la gravité de la menace. Plus la résistance ou le danger est grand, plus le policier est autorisé à déployer une force importante. À la limite, le policier peut utiliser la force létale, en toute légalité, s’il juge que sa vie, ou que celle d’un équipier ou d’un civil, est en danger.

Ce concept d’usage raisonnable de la force implique que le policier ajuste continuellement son intervention en fonction de la menace. Si la menace n’est pas élevée — dans un cas de résistance passive à une arrestation, par exemple —, on voit mal comment un policier peut se mettre à frapper dans le tas. Si la menace baisse dans une intervention, le policier doit aussi abaisser le seuil de force requis pour compléter son intervention.

Il y a, à la base même du concept de l’utilisation de la force, des critères de proportionnalité à partir desquels les interventions légales et les cas de brutalité seront départagés.

L’affaire Amodeo tombe dans la deuxième catégorie. Le jeune ne frappait personne, il ne menaçait pas la sécurité des agents présents sur les lieux, et il n’était pas armé.

Avant d’en arriver aux coups de poing, les policiers avaient d’autres options : contrôle articulaire, fauchage (une simple jambette), usage du bâton téléscopique à la limite. Mais trois coups de poing en pleine figure, pour si peu ?

Il est difficile de voir plus que l’expression de la frustration, du ras-le-bol et de la petite vengeance dans la conduite du policier. Les perturbations importantes provoquées par la CLAC, en plein centre-ville, n’autorisent pas un agent à se défouler sur un manifestant.

La Fraternité des policiers et ses avocats pourront toujours plaider que le policier a pété les plombs d’une manière fortuite, dans une situation complexe et tendue qui n’a duré que quelques secondes. La Fraternité a de très bons avocats lorsque vient le temps de fabriquer un brevet d’innocence pour ses membres. C’est son rôle, et elle le joue bien.

La direction du SPVM n’a pas joué le sien dans l’affaire Amodeo. À la suite de l’incident qui impliquait la policière Stéfanie «Matricule 728» Trudeau, le directeur du SPVM, Marc Parent, était intervenu rapidement sur la place publique pour condamner le geste et s’en dissocier.

Son silence actuel est inquiétant. Il envoie le message que l’affaire Amodeo n’est pas si grave. Ce silence témoigne d’une banalisation de la «petite violence» au SPVM, qui s’abat sur les mêmes suspects usuels : étudiants, militants, gauchistes rêveurs, cagoulards, etc. Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu des employés municipaux en colère contre les régimes de retraite maîtrisés de la sorte lorsqu’ils ont envahi l’hôtel de ville.

Les policiers sont formés et entraînés pour résister à leurs impulsions, et pour faire un usage raisonnable des vastes pouvoirs qui leur sont confiés. Les exigences sont les mêmes pour tous les citoyens, que leurs revendications plaisent ou non à l’opinion publique.

Il n’y a pas d’excuse à la casse, au vandalisme et à l’agression armée contre des agents de la paix. Il n’y a pas plus d’excuse à la brutalité ordinaire d’un SPVM qui s’éloigne de ses valeurs dans l’affaire Amodeo.

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le SPVM aimerait pouvoir bannir toute manifestation qui ne cadre pas avec son idéologie.
Oui aux manifs pour le statu Quo dans les fonds de pension ( en d’autres termes: oui aux manifs qui maintiennent les privilèges, mais non aux manifs qui réclament du changement, plus de justice, un nouveau partage du pouvoir et de la richesse, bref, non aux manifs qui dérangent. Au Québec, policier = mercenaire du pouvoir en place.
En échange ils obtiendront plus d’avantages que les simples citoyens qui les paient avec leurs impôts.

Qui sème le vent récolte la tempête! C’est un peu la réaction de la police à Montréal face aux manifestations hostiles au pouvoir, comme si leur formation n’existait pas. Comme les autorités semblent accepter cette situation, il faut en conclure qu’il s’agit là d’une police politique qui venge l’autorité en place face à ceux qui la contestent ouvertement. La prochaine étape c’est le projet de loi C51 qui permettra aux autorités d’aller voir dans votre ordinateur si vous avez des velléités de contester le pouvoir en place sous le prétexte que vous pourriez être un terroriste. Les pions sont en place pour miner nos droits fondamentaux afin de protéger ceux qui sont maintenant au pouvoir.

Le problème avec ces situations est que ça ne bouge pas. À chaque année, il y a des incidents, parfois graves. Certains sont peut-être discutables, mais, depuis, il semble que rien n’a changé. Ou très peu.

Vous savez, avec l’affaire de Stéfanie Trudeau (matricule 728), ce n’est pas tant ses actions débiles qui m’ont choqué. Ce n’est pas ces propos, donc sa mentalité (et je pends en compte qu’on parle d’une policière, pas d’une prof d’université). C’est surtout la réaction de ses collègues et de ses supérieurs. Elle vociférait des insanités dans le micro et personne ne disait rien. Elle a fait mentir le rapport et ses collègues ont collaborés.

Désolé, mais quand je vois ça, je ne peut que me dire qu’elle représente un peu le reste de la police. Elle n’est pas juste une pomme pourrie dans un panier de fraîcheur…

Mais est-ce que ça change?

Trois coups de poings au visage… pourtant en entrevue Amadeo ne montrait aucune ecchymose au visage, ni hématome, ni coupure à l’arcade sourcilière et ni oeil au beurre noir comme on dit si familièrement.
Donc, c’est plutôt trois taloches données sur le casque à vélo qu’il portait sur la tête, vous savez le type de casque qui vous permet de rentrer dans un mur sans vous blesser à la tête…. Et c’est tout de même 10 taloches de moins données par une mère, directement sur la tête non casquée de son fils, il y a quelques jours à Baltimore (sûrement un cas de DPJ si cela s’était produit ici mais c’est une autre histoire).
Donc vraiment pas de quoi écrire contre le SPVM. Lorsqu’un un policier ou un soldat vous dit de vous tasser, inutile de le provoquer à moins de chercher le rôle de martyr du jour!

Tant mieux si son casque l’a protégé. Ça ne change rien au fait que le policier qui l’a frappé a agi comme une brute et que rien ne justifiait une telle agressivité.

Je vous cite : « Ce concept d’usage raisonnable de la force implique que le policier ajuste continuellement son intervention en fonction de la menace. » Certes, le concept est beau et l’usage de la raison est une fort belle chose. Être capable de s’ajuster en tout temps et à tout moment est le propre des « surhommes »… Sans doute !

L’usage de la raison nécessite une faculté pré-requise : l’intelligence. Cette faculté d’intelligence n’est pas de l’apanage de toute la population. En plus, le fait de détenir dans son coffre à outils divers instruments qui permettent de faire usage de la force, surtout lorsqu’on dispose d’un mandat légal pour pouvoir se faire, tout cela ne sert en rien à muscler les facultés cérébrales du policier.

Alors demander à un policer d’être intelligent et de conserver en tout instant une parfaite maitrise de soi. C’est à peu près aussi fou que de réclamer le salaire minimum à 1500$ de l’heure.

Seules des procédures clairement établies, des protocoles d’intervention clairement balisés, une formation adéquate avec des contrôles de connaissances réguliers, assortis d’une note pour chacun des exercices vérifiés. C’est la seule manière d’obtenir des interventions policières de toutes sortes qui soient scrupuleusement conformes aux règles de l’art.

Un tel système qui requière disons-le, de mettre aussi sur la tables les subsides nécessaires, c’est la seule manière adéquate d’éviter les dérapages de toutes sortes, quels qu’ils soient. De plus des policiers — adéquatement formés qui reçoivent une formation professionnelle permanente suivie d’une évaluation objective -, seront plus à même de graduer dans leur profession, tout cela contribuera à accroitre leur estime de soi, ce qui leur permettra à l’usage d’être plus en empathie avec leurs semblables (j’entends par là les autres êtres humains).

Ce qui devrait leur permettre de poser presque toujours, le geste juste et au bon moment. Aider en tout temps la population. Lorsque dans ce cas, l’usage de quelque force que ce soit devient subsidiaire, dont l’usage seulement sera circonscrit à quelques rares cas. La sécurité quotidienne du policier n’en sera que meilleure et à tous égards renforcée.

Ainsi par l’adoption de cette attitude humaniste et positive, les corps de police retrouveront peu à peu l’estime et le respect de toute la population. Si le fais usage ici du terme de corps policiers, c’est simplement parce que j’observe que les problèmes auxquels nous assistons ne sont pas du seul apanage du SPVM. J’en conclu que c’est la formation de tous les policiers qui est actuellement fondée sur un modèle déficient.

Nota : le silence de monsieur Parent, s’explique désormais très bien maintenant.

Quel coup de poing au visage. Moi je vois deux coup de poing sur l’épaule et un autre que je ne peux pas dire où il a atterrit. Les coups donnés à l’épaule sont donner dans le but de prendre le contrôle du bras du manifestant. Le policier visait un point de pression. Mais a quoi bon mon commentaire le policier est déjà coupable de brutalité dans la tête de tous le monde. Ici les journalistes ont vu une façon de mousser les vente leur histoire ou d’ écrire une chronique facile dans trop faire de recherche.

M. Myles, vous faite comme le matricule 728, vos préjugés on pris le dessus sur votre esprit d’analyse.