Le temps de la « moisson » pour Legault

Le gouvernement caquiste entame la dernière année de son mandat. Celle où il espère concrétiser plusieurs projets… si la pandémie le permet. 

Jacques Boisssinot / La Presse Canadienne

François Legault ne pourra remplir sa promesse de respecter 100 % de ses engagements d’ici les élections générales du 3 octobre 2022 ; celui qui visait à introduire un mode de scrutin proportionnel mixte restera à mettre en œuvre lorsque les Québécois iront aux urnes. Mais tout compte fait, le premier gouvernement caquiste de l’histoire du Québec pourrait bien avoir été l’un des plus prolifiques du XXIe siècle. 

C’est à tout le moins le portrait que dressait en juin dernier le Polimètre, une équipe du Centre d’analyse des politiques publiques de l’Université Laval créée en 2013, qui suit l’état de concrétisation des promesses électorales de différents gouvernements. 

Dans un bilan d’étape des actions du gouvernement Legault, on notait qu’il « est en voie de réaliser en tout ou en partie 81 % des 251 promesses formulées lors de la campagne électorale de 2018 ». Selon les chercheurs, c’est là une « performance remarquable pour un gouvernement » qui a encore une bonne année de mandat devant lui. D’autant plus que l’on doit ajouter le facteur pandémie au tableau général. 

« L’équipe de François Legault est en voie de faire mieux que la majorité des gouvernements québécois qui se sont succédé » depuis 1994 (première année pour laquelle les données sont accessibles), soulignait alors la directrice générale du Centre et responsable de l’initiative, Lisa Birch. 

La moyenne des gouvernements qui se sont relayés à l’Assemblée nationale depuis un quart de siècle est de 62 %. Celui dirigé par le libéral Philippe Couillard trône au sommet (81 % de promesses tenues au terme du mandat en 2018). Celui du libéral Jean Charest fut le moins fiable (47 % en 2012). 

Cela dit, c’est l’an 4 du mandat de François Legault qui fera foi de tout. À l’heure actuelle, 118 promesses sont ainsi « en voie de réalisation » (on compte autrement 85 promesses complètement ou partiellement remplies). Le travail n’est donc pas terminé, loin de là. Et le résultat définitif pourrait bien être différent.

Il semble que le premier ministre « en [fasse] une question d’honneur et de principe ; les cabinets sont relancés régulièrement pour s’assurer que tout le monde respecte ses engagements. On suit de très près le Polimètre », confie à L’actualité un membre de la garde rapprochée de François Legault. La commande, dit-il, n’a pas changé depuis le début :  s’approcher autant que possible de 100 %. 

Bien sûr, le Polimètre n’est qu’un outil d’évaluation de l’action gouvernementale relativement aux engagements. Il ne donne pas une lecture de la qualité intrinsèque de ceux-ci ou des effets des mesures adoptées. Les partis d’opposition vont d’ailleurs s’assurer de souligner dans les prochains mois les endroits où la CAQ a rompu ses promesses, de même que ceux où elle s’est entêtée à les concrétiser en dépit des critiques.

Mais au cabinet de François Legault, poursuit le membre de sa garde rapprochée, « on veut pouvoir dire à la fin qu’on aura été un gouvernement hyperactif par rapport aux engagements et aux réalisations. Que le mandat aura été très chargé, malgré la longue parenthèse de la pandémie ».

Visiblement, celle-ci continuera d’accaparer l’attention dans les prochains mois. Dans les réunions du Cabinet, les trois quarts des discussions concernent encore la crise. Ce n’était certainement pas le scénario espéré en juin, lorsque François Legault évoquait l’« été des rapprochements », qui devait précéder un automne relativement normal. 

La pandémie ne monopolise pas tout non plus. Et sur la table du Conseil des ministres, les dossiers circulent. Il faut que la dernière année du mandat soit celle de la « moisson », illustre le conseiller du premier ministre. « On veut voir se concrétiser le résultat de plusieurs actions qu’on a mises en place depuis 2018. » Il cite en exemple les 2 600 places à créer d’ici la fin 2022 dans les nouvelles maisons des aînés. Ou les 9 014 nouvelles places en services de garde éducatifs à l’enfance (d’ici l’automne 2023). 

La transformation du modèle d’intervention d’Investissement Québec, que la CAQ souhaite plus audacieuse (pour faire « exploser les investissements et les exportations des entreprises québécoises »), fait aussi partie de la liste des « fruits » que François Legault espère voir mûrir avant les prochaines élections. Cette réforme lui permet d’alimenter son discours sur le nationalisme québécois, qu’il articule beaucoup autour des questions économiques et identitaires. Le projet de loi 96, une refonte majeure de la Charte de la langue française qui vise à freiner le déclin du français, nourrira également cette trame.

En culture, le gouvernement mise sur son réseau des Espaces bleus — des lieux de diffusion et d’exposition établis un peu partout au Québec, où l’on tentera de « valoriser notre histoire » et de faire mousser la « fierté » des Québécois — pour bonifier son bilan. La Stratégie nationale d’urbanisme et d’aménagement des territoires devrait pour sa part être présentée au printemps 2022. Elle mettra à jour un cadre qui n’a à peu près pas changé depuis 40 ans. Les enjeux concernés ne sont pas théoriques : prévention des inondations, gestion de la croissance urbaine, sort des bâtiments patrimoniaux… 

Il faudra aussi surveiller quelle réponse le gouvernement donnera à deux rapports majeurs. Déposé en mai dernier par Régine Laurent, celui de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse annonce un vaste chantier. La Loi sur la protection de la jeunesse sera notamment réformée en profondeur pour déterminer que l’intérêt supérieur de l’enfant doit primer dans les décisions de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). 

Le rapport de la commissaire à la santé et au bien-être — qui portera sur les soins offerts dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées pendant la première vague de COVID-19 — devrait faire grand bruit après son dépôt, prévu le 30 décembre. 

À des degrés différents, ces deux dossiers illustrent bien comment des événements inattendus peuvent venir bouleverser le cours d’un mandat. Au-delà des engagements électoraux qu’avait pris François Legault en 2018, c’est ainsi beaucoup sur la gestion de la pandémie qu’il sera jugé l’an prochain.

Le débat à cet égard promet d’être chaud. Chaque vague de COVID-19 a apporté des défis particuliers. Le gouvernement a essuyé son lot de critiques. Mais à l’aube de sa dernière année de mandat, François Legault jouit d’une cote de popularité qui fait l’envie de tous ses homologues au Canada. À un an des élections, la CAQ domine sans partage dans les intentions de vote, flirtant avec la barre des 50 %. Il faut remonter à l’époque du bipartisme pour voir une formation politique récolter autant d’appuis (Robert Bourassa avait obtenu près de 50 % des voix en 1989).  

Loin derrière, les partis d’opposition surnagent. Chacun est dirigé par un nouveau chef : Dominique Anglade chez les libéraux, Paul St-Pierre Plamondon au Parti québécois et Gabriel Nadeau-Dubois à Québec solidaire (il était déjà co-porte-parole, mais il a pris la place de Manon Massé comme chef parlementaire cet automne). Leurs tâches respectives paraissent passablement ardues… mais rien n’est joué à un an des élections.  

Questionné sur sa forte popularité en juin dernier, François Legault avait d’ailleurs dit qu’il ne « [tenait] rien pour acquis ». Puis, il s’était ravisé. « Je tiens pour acquis que ça va être plus serré, effectivement, d’ici [les élections de] 2022. »

Il lui reste donc une année entière pour cocher le maximum de cases sur la feuille de ses réalisations et augmenter son score au Polimètre. En espérant que la quatrième vague de COVID-19 ne sera pas suivie d’une autre, et d’une autre…

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Peut-être très bien de pouvoir cocher toutes les cases des promesses électorales de la CAQ…Cependant n’oublions pas que fondamentalement la démocratie n’est pas au rendez-vous au Québec. Ce n’est que 37% de l’électorat à qui a choisi ce gouvernement. Loin d’une majorité et qui gouverne comme un roi, monsieur le premier ministre Legault ne respecte pas jusqu’à maintenant sa promesse et sa signature de réformer le mode de scrutin. Et que dire de la parité pour une juste représentation des femmes qui tarde à s’établir sans mesure de soutien. Très décevant de constater que ce parti qui avait à son programme cette réforme depuis 2015 ne respecte pas ses idéaux pour contrer la méfiance envers le gouvernement et le désengagement citoyen. Et pourtant nous sommes à un point tournant de notre civilisation. C’est maintenant que chaque voix doit compter pour relever les défis qui sont nôtres. Le nationalisme c’est aussi cela: un gouvernement capable de concilier les vues politiques de tout un peuple. Qui aura ce courage politique!

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