Le temps fuit à la CEIC

La  Commission Charbonneau prendra ses vacances de Noël trois semaines plus tôt que le reste de la population. Contre toute attente, les audiences ajourneront à la fin de la semaine et elles ne reprendront pas avant le 21 janvier.

La Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction (CEIC) siège à raison de quatre jours par semaine, trois semaines sur quatre. À pleine vitesse, la Commission est donc à l’œuvre… 12 journées ouvrables par mois.

C’est bien peu en regard du travail à abattre, mais ces pauses sont nécessaires pour permettre aux enquêteurs et aux procureurs de rencontrer des nouveaux témoins et de bien préparer leur comparution publique. Il s’agit d’un «travail colossal» selon la nouvelle procureure en chef de la CEIC, Sonia Lebel. Pour maintenir «la qualité des audiences», Me Lebel a réclamé plus de temps. Un jour, elle finira tout de même par en manquer…

Les départs du procureur en chef Sylvain Lussier et de son adjoint ont déstabilisé la CEIC. Malgré tout son talent et sa détermination, Me Lebel n’a pas encore leur expérience. En plus d’avoir perdu deux joueurs de premier plan, elle doit consolider son équipe.

Les délais sont fâcheux pour la CEIC, dont le mandat est déjà trop vaste. Elle doit enquêter sur l’octroi des contrats publics (au municipal et au provincial) et sur l’infiltration du crime organisé sur les chantiers au cours des 15 dernières années. Le rapport final est attendu en octobre 2013.

La CEIC accuse déjà un sérieux retard. Elle devra se contenter d’une trentaine de témoins cet automne, alors qu’elle en prévoyait 50. Après le témoignage fort prometteur de Lino Zambito, qui a brossé les contours d’un empire de collusion et de corruption, la Commission Charbonneau s’est longuement attardée à l’étude du lamentable cas montréalais.

Il faut bien passer Montréal au crible. Les scandales à l’hôtel de ville sont si nombreux et récurrents qu’ils revêtent maintenant un caractère historique! Avec l’ex entrepreneur en construction Piero Di Iori, on remonte 30 ans en arrière. Un peu plus, et il faudra se lancer dans les fouilles archéologiques pour retrouver des traces de la réponse de Jean Drapeau au rapport Malouf.

Tout ça pour dire que la CEIC est encore loin de la FTQ-Construction, des chantiers, du crime organisé, de Laval, du ministère des Transports, des firmes de génie conseil et j’en passe.

L’échéance d’octobre 2013 est audacieuse. Si la CEIC veut pousser son enquête dans les premiers mois de 2014, elle devra s’en remettre au bon vouloir du gouvernement en place, qui aura droit de vie ou de mort sur la poursuite des travaux.

Une prolongation de mandat n’est jamais acquise. Lors de la commission d’enquête sur la conduite des Forces armées canadiennes en Somalie, le juge Gilles Létourneau avait demandé plus de temps pour enquêter sur la responsabilité de l’État major de l’armée dans la débâcle des soldats canadiens en Somalie. Le premier ministre de l’époque, Jean Chrétien, ne lui avait pas donné cette chance. Au final, les soldats et les officiers subalternes ont porté seuls l’odieux d’un blâme pour cette mission du déshonneur.

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