Le tour de magie du NPD

Les promesses en santé du NPD détonnent par leur ampleur. Mais cette générosité vient avec un exercice de prestidigitation qui masque des objectifs précis. 

Frank Gunn / La Presse Canadienne

Les élections se suivent et se ressemblent. Du moins au chapitre des promesses électorales. Cette année encore, le NPD promet de répondre favorablement à la demande des provinces de financer plus adéquatement le secteur de la santé. Et cette année encore, il faut lire les petits caractères du cadre financier de Jagmeet Singh pour comprendre qu’il n’en sera rien, ou si peu.

Dans le passé, le transfert d’Ottawa destiné aux provinces pour financer la santé augmentait de 6 % annuellement. Stephen Harper avait ramené ce taux à 3 % (ou plus si la croissance économique est au rendez-vous) et Justin Trudeau a conservé la formule. Les provinces réclament un retour au taux de croissance de 6 %. Seul le Parti conservateur s’engage à le ramener. 

En apparence, le NPD est du même avis. « En 2011, les conservateurs de Stephen Harper ont coupé de moitié l’augmentation annuelle des transferts fédéraux en santé », peut-on lire dans un de leurs communiqués de presse. « En 2015, Justin Trudeau […] a maintenu les coupes de Harper. […] Jagmeet promet de mettre fin à des décennies de négligence de la part des libéraux et des conservateurs en s’engageant à mettre fin aux coupes en santé. » 

Retour au taux de 6 %, donc ? Pas du tout.

Le cadre financier du NPD, dévoilé en fin de semaine, indique que la croissance annuelle des transferts pour la santé demeurera la même que sous les gouvernements Harper et Trudeau : 3 % ou plus, selon la croissance économique. Le NPD privilégierait les investissements ciblés, imitant en cela les libéraux. Ainsi, la formation de Jagmeet Singh injecterait la rondelette somme de 68 milliards de dollars en cinq ans, pour peu que les provinces l’utilisent aux fins choisies par Ottawa : les médicaments, la santé mentale, la vaccination, l’embauche d’infirmières, les soins dentaires, l’autisme, les soins à domicile, alouette ! 

En comparaison, les investissements ciblés en santé des libéraux totaliseraient 25 milliards de dollars sur la même période.

Les néo-démocrates estiment que cette somme est si généreuse qu’elle compensera amplement le gel du taux de croissance du transfert sans condition ; il est vrai que ces 17 milliards de dollars de plus par année représenteraient bien plus qu’une hausse de 3 %. Mais il est permis de douter que les provinces seront ravies de se faire ainsi dicter leurs priorités…

En 2015, le NPD dirigé par Thomas Mulcair avait fait ce même tour de passe-passe : donner l’impression de restaurer le taux de 6 %, puis préconiser des investissements conditionnels. Même le gouvernement libéral en poste à Québec, pourtant l’ancienne famille politique de M. Mulcair, avait trouvé matière à redire. Parions que cette année, ces intentions ne seront pas de nature à apaiser les craintes d’empiètement de François Legault.

Un cadre plus prudent ?

Le cadre financier du NPD nous apprend par ailleurs que la formation de Jagmeet Singh pense pouvoir moins endetter le Canada que ne le ferait le Parti libéral.

Sans grande surprise, un gouvernement néo-démocrate dépenserait beaucoup plus qu’un gouvernement dirigé par Justin Trudeau ou Erin O’Toole : 214 milliards de dollars en nouveaux investissements au cours des cinq prochaines années, contre 78 milliards pour les libéraux et 51 milliards pour les conservateurs.

La différence se trouve au chapitre des nouveaux revenus. Le NPD récolterait 166 milliards de dollars de plus, contre 25 milliards pour les libéraux et à peine 2,5 milliards pour les conservateurs. En d’autres mots, les nouvelles dépenses envisagées par le NPD seraient à peine 29 % plus élevées que les nouvelles entrées d’argent. Dans le plan libéral, elles sont 3 fois plus élevées, et dans le plan conservateur, 20 fois plus élevées.

Résultat : parmi les trois partis, c’est le NPD qui promet le solde budgétaire le plus avantageux, du moins pour les deux premières années.

Avec son plan, le Canada aurait un déficit de 145 milliards de dollars cette année (contre 157 milliards pour les libéraux et 168 milliards pour les conservateurs), puis un déficit de 54 milliards l’an prochain (contre 63 milliards pour les libéraux et 57 milliards pour les conservateurs). En 2023-2024, le NPD afficherait encore un solde meilleur que celui des libéraux (-46 milliards de dollars contre -50 milliards), mais moins bon que celui des conservateurs (-44 milliards). En 2019 aussi, le NPD promettait des déficits moins élevés que ceux prévus par le Parti libéral.

Tout cela, évidemment, repose sur l’hypothèse que les nouveaux revenus envisagés seront au rendez-vous. Et rien n’est garanti à ce chapitre. Le NPD pense pouvoir récolter pas moins de 60 milliards de dollars en cinq ans avec son impôt annuel de 1 % sur le patrimoine des particuliers valant plus de 10 millions ; 26 milliards avec la hausse (de 15 % à 18 %) du taux d’imposition des entreprises ; 12 milliards en sévissant contre les paradis fiscaux ; ou encore 3,4 milliards en portant de 33 % à 35 % le taux d’imposition supérieur des particuliers. Or, le directeur parlementaire du budget (DPB) a récemment rappelé que la lutte contre l’évasion fiscale pourrait devenir moins payante à mesure que le ménage sera fait.

Le DPB a aussi conclu qu’il y avait un degré élevé d’incertitude quant aux revenus néo-démocrates projetés, car les modifications à la fiscalité pourraient induire des changements de comportements. Bref, entre le papier et la réalité, il y aurait une grosse marge.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.

Une chose qui selon moi pourrait relever de la pensée magique ou à tout le moins du chiffre magique, c’est le fameux 35% que le fédéral devrait verser aux Provinces pour financer le système et ce sans conditions.

Le programme du NPD répond à des objectifs précis en matière de soutien à la population. Il y a en ce sens des obligations de fournir les prestations.

En arrière-plan, la réalité démontre qu’un retour à l’équilibre budgétaire relève du « non-sens » économique. Un tel retour signifie une baisse constante du déficit et de ce fait une réduction des montants alloués aux programmes, lesquels dans le meilleur des cas augmentent au niveau de l’inflation.

Les déficits doivent être considérés comme des outils de gestion qui soutiennent l’accroissement des revenus de l’État. L’accroissement des revenus de l’État doit être soutenu par l’accroissement du PIB et une répartition plus équitable de la richesse.

En d’autres termes toutes personnes devraient pouvoir travailler, les salaires devraient constamment augmenter un peu plus que l’inflation. On devrait accroître continuellement notre productivité.

Le ratio dette/PIB aura tendance à baisser de telle sorte que les programmes quoique déficitaires soutiennent le développement de l’économie et non l’inverse. À contrario, le manque ou le déficit d’investissements rend les crises plus terribles ; la crise sanitaire le démontre. Les dépenses qui ont été engagées pour soutenir l’économie étaient disproportionnées.

Produire des déficits élevés en période de crise n’est pas la meilleure idée du monde. Cela illustre simplement que les services en temps normal sont déjà insuffisants.

Le NPD prévoit de ne pas sortir les gens de l’économie. Si les personnes peuvent bénéficier de bons soins de santé, incluant pour les moins fortunés les soins dentaires. C’est parce que c’est bon pour l’économie. Si les gens peuvent se loger décemment pour un montant qui ne devrait pas dépasser 30% de leurs revenus. C’est toujours parce que c’est bon pour l’économie.

En payant moins pour se loger, les gens peuvent épargner et l’épargne populaire, c’est encore très bon pour l’économie. En plus, les épargnants peuvent par l’achat d’obligations financer la dette du Canada. C’est toujours mieux que l’évasion des capitaux, c’est très mauvais pour les taux de change.

Si les gens peuvent s’éduquer, se former, se perfectionner à tous âges. C’est très bon pour l’emploi. Donc très bon pour l’économie, cela permet de valoriser le travail.

Les transferts ciblés relèvent du « contrat social » et non de l’ingérence dans les champs de compétences des Provinces.

Quand les programmes sont bien administrés leurs coûts sont prévisibles. La valeur et la qualité des services s’améliore, les sommes qui doivent être allouées auront tendance à se stabiliser une fois les objectifs atteints. Un État bien administré n’a pas besoin d’être toujours plus dépensier pour y arriver.

Répondre