Le vernis craque pour la CAQ

La mauvaise campagne de François Legault se répercute sur les intentions de vote pour la CAQ. Mais il va en falloir pas mal plus pour ébranler les colonnes du temple, tant ça se divise en arrière.

Paul Chiasson / La Presse Canadienne / montage : L’actualité

Le sondage Léger réalisé pour le compte des médias de Québecor et dévoilé jeudi brosse un portrait plutôt sobre de la campagne électorale jusqu’à maintenant. La Coalition Avenir Québec est revenue sur terre, après avoir joui durant l’été de 44 % des intentions de vote. Le parti de François Legault reçoit désormais la faveur de 38 % des répondants. Il s’agit d’un score semblable à son résultat de 37,4 % aux élections générales de 2018.

Mais la division parfaite, sinon tragicomique, des appuis entre les quatre principaux partis d’opposition assure encore à la CAQ une majorité confortable selon ce scénario. Ce que le sondage montre, c’est l’incapacité de ces formations de se démarquer l’une de l’autre en profitant de la campagne tiède de la CAQ et des quelques faux pas de son chef.

Voici les chiffres nationaux de Léger. La CAQ domine son plus proche rival, le Parti libéral du Québec, de 20 points.


Une réelle bataille pour le deuxième rang a cours entre le Parti libéral du Québec (18 %), Québec solidaire (17 %) et le Parti conservateur du Québec (15 %). Le Parti québécois ferme la marche avec 11 %.

Une particularité intéressante de ce sondage est la taille importante de son échantillon. Avec 3 100 répondants au niveau national, il est possible d’obtenir des sous-échantillons régionaux d’une grosseur respectable, ce qui nous permet d’apporter des ajustements aux tendances régionales, sur lesquelles se basent en partie les projections de sièges du modèle Qc125.

Les données de ce sondage sont divisées en 13 régions. Sans surprise, Montréal est la seule de ces régions où la CAQ ne trône pas au sommet des intentions de vote. Dans la métropole (échantillon non pondéré de 341 répondants), le PLQ se maintient en tête avec 35 % des appuis. QS suit avec 21 %, et une égalité statistique s’observe en troisième place avec le PCQ à 17 % et la CAQ à 15 %. Le PQ n’obtient que 8 %.

Dans la région de la Capitale-Nationale et dans Chaudière-Appalaches, la course se poursuit entre la CAQ et le PCQ. Sur chaque rive, la CAQ devance le PCQ de 19 points : 44 % contre 25 % à Québec, et 48 % contre 29 % dans Chaudière-Appalaches. Il s’agit certes de chiffres intéressants pour la formation d’Éric Duhaime, mais comme il n’y a pas de réelle division du vote dans plusieurs des circonscriptions où le PCQ peut espérer faire bonne figure, de tels scores pourraient quand même faire en sorte que le PCQ revienne bredouille en fait de sièges. Notre mode de scrutin n’est pas tendre envers les partis qui collectionnent les deuxièmes places de course en course.

Hors de Montréal et Québec, la domination de la CAQ en région se poursuit :

  • La CAQ devance le PQ de 21 points dans les régions du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine ;
  • La CAQ domine la Côte-Nord et le Saguenay–Lac-Saint-Jean avec 55 % des appuis, 40 points devant le PQ ;
  • En Abitibi-Témiscamingue et dans le Nord-du-Québec, la CAQ récolte 49 %, 38 points devant QS ;
  • En Outaouais, la CAQ est à 41 %, 19 points devant le PLQ ;
  • La domination de la CAQ se poursuit en Montérégie avec 44 %, 26 points devant le PLQ ;
  • Dans Lanaudière, la CAQ écrase ses rivaux avec 49 % des appuis, 31 points devant le PQ ;
  • Dans les Laurentides, l’avance de la CAQ sur le PCQ est de 19 points (39 % contre 20 %). 

Une des régions à surveiller est l’Estrie, car si la Coalition Avenir Québec devance Québec solidaire par une marge importante de 20 points sur l’ensemble du territoire (38 % pour la CAQ, 18 % pour QS), deux nouveaux sondages locaux de Segma Recherche pour le compte de La Tribune et Cogeco publiés jeudi indiquent que les circonscriptions de Sherbrooke et de Saint-François pourraient être le théâtre de courses de terrain endiablées entre les deux formations.

  • Dans Sherbrooke, la députée sortante, Christine Labrie (QS), détiendrait une avance de 7 points sur sa rivale de la CAQ, l’ex-députée du Bloc québécois et analyste politique à Québecor Caroline St-Hilaire. La semaine dernière, la maison de sondage Recherche Mainstreet mesurait plutôt une avance importante de la CAQ dans Sherbrooke. C’est donc à suivre.
  • Dans Saint-François, la candidate solidaire Mélissa Généreux (34 %) serait à égalité statistique avec la députée caquiste Geneviève Hébert (33 %). Il s’agit ici d’un rare exemple où la candidature d’une personnalité locale est capable de contrer les tendances nationale et régionale. Car rien dans les données dont nous disposons hors de Saint-François ne laisse croire que cette course puisse être serrée (en 2018, la CAQ avait remporté Saint-François par une marge de 12 points). La seule hypothèse plausible pouvant expliquer les chiffres de cette circonscription est la candidature de la Dre Mélissa Généreux, ancienne directrice régionale de santé publique en Estrie, qui s’est fait notamment connaître très favorablement par ses interventions pendant et après la tragédie de Lac-Mégantic en 2013. Ça va se décider sur le terrain, comme disent bien des stratèges.

La taille de l’échantillon total de ce méga-sondage Léger, plutôt rare, permet aussi d’estimer les résultats par tranche d’âge et de tirer certains constats générationnels :

  • Les jeunes électeurs de 18-34 ans, avec un sous-échantillon très respectable de 677 répondants, appuient fermement QS à 38 %. La CAQ et le PCQ sont à égalité au deuxième rang avec 18 % chacun. Le PQ (13 %) et le PLQ (12 %) sont loin du peloton de tête.
  • Chez les électeurs de 35-54 ans (sous-échantillon de 875 répondants), la CAQ se maintient en tête, mais avec un appui de 34 %, elle n’est pas dominante non plus. Le PCQ suit avec 23 %, puis vient le PLQ avec 20 %.
  • Pour voir une forte domination caquiste, il faut regarder du côté des 55 ans et plus (échantillon de 1 158 répondants) : la CAQ récolte 50 % des appuis, 31 points devant le PLQ.

Le premier débat des chefs aura lieu jeudi soir au réseau TVA. Nous scruterons les chiffres au cours des prochains jours afin de déterminer si cette joute aura fait bouger l’aiguille. Certains des chefs y jouent leur carrière politique, rien de moins.

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Quand je vois que ce sont les boomeurs, mes semblables, mes frères, qui appuient majoritairement la CAQ, j’ai envie de faire retirer mon nom de la liste des plus de 55 ans. Après tout, si l’on peut renier sa foi catholique, ne pourrait-on pas affirmer sa défiance à l’égard du parti de M. Legault?

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