Le vieux roublard

Photo : D.R.
Photo : D.R.

Des chroniqueurs judiciaires d’expérience s’arrachaient les cheveux cette semaine à la commission Charbonneau avec le témoignage de Bernard Trépanier, vieux roublard qui peut dire une chose et son contraire à quelques minutes d’intervalle.

L’ex directeur du financement d’Union Montréal était attendu de pied ferme à la commission, qui doit absolument boucler l’étude de la collusion et de la corruption à l’hôtel de ville de Montréal pour passer à d’autres sujets tout aussi pertinents, tels que l’octroi des contrats au ministère des Transports du Québec, ou l’infiltration du crime organisé sur les chantiers de construction grâce à la complicité des leaders syndicaux.

Avec Bernard Trépanier, la commission s’approche du sommet de la pyramide de la collusion. Il était en contact direct avec son bon ami Frank Zampino pour décider du partage des contrats, et il servait de guichetier pour les firmes de génie conseil qui effectuaient des dépôts directs dans le coffre-fort d’Union Montréal.

Du moins est-ce le portrait qui se dégage des témoignages entendus à ce jour. Le moins qu’on puisse dire, c’est que Bernard Trépanier maîtrise mal l’art de la confession publique. Avec lui, pas de remords, ni d’acte de contrition. Le système de partage des contrats est un peu comme un enfant illégitime dont il refuse de reconnaître la pleine paternité.

À sa défense, le procureur Denis Gallant a parfois manqué de doigté avec lui. Âgé de 74 ans et fort d’une «douzième année», M. Trépanier est un «gros yâbe» comme il ne s’en fait plus. Voleur d’élections et fier de l’être, il n’a jamais connu un scrutin où l’esprit de la loi de René Lévesque sur le financement des partis était respectée.

D’une élection à l’autre, cet excellent vendeur a garni son carnet d’adresses des noms des politiciens municipaux, ingénieurs et entrepreneurs les plus en vue au Québec. Frank Zampino, Rosaire Sauriol, Bernard Poulin, Tony Accurso et Normand Trudel sont tous ses bons amis. M. Trépanier ne doit pas ses succès à ses diplômes, mais  à sa débrouillardise et son sens de la loyauté. C’est le parfait pion qui fait le lien entre le politique, l’argent et le privé.

Une ligne de question un peu plus respectueuse de son intelligence au ras des pâquerettes aurait sans doute donné de meilleurs résultats.

M. Trépanier a quand même fait avancer les travaux. Ce fut laborieux, mais il faut retenir de son témoignage qu’il a bien tenté de faire un partage des contrats entre les firmes de génie conseil qui contribuaient au financement d’Union Montréal.

 «J’essayais de répartir ça égal. C’est peut-être le seul reproche sur la collu…» Sur la collusion?, a demandé la juge France Charbonneau. «Si on appelle ça de la collusion, ce que je ne pense pas», a-t-il dit.

Les amis du régime étaient clairement favorisés. «Les ingénieurs qui ont souscrit avaient les contrats et ceux qui n’avaient pas donné… ben moi, j’étais loyal. Ceux qui ont travaillé avec [Pierre ]Bourque… je ne leur en vendais pas, de billets», a dit candidement M. Trépanier.

Le colllecteur de fonds nié qu’il percevait des ristournes de 3 % sur la valeur des contrats. Il «vendait des tables» pour les cocktails de financement à coups de dix, vingt quarante billets. Il ne se souciait guère de savoir que les firmes finançaient le parti, en utilisant des prête-noms. L’essentiel était d’atteindre les objectifs de financement.

Il y a enfin ses appels répétés à Michel Lalonde, Frank Zampino Robert Marcil, le fonctionnaire qui lui transmettait des informations privilégiées sur les projets à venir et les firmes gagnantes. Le registre des appels ne ment pas. On constate qu’il y a toujours des échanges soutenus entre M. Trépanier et l’un ou l’autre des trois hommes dans les heures précédant ou suivant les délibérations des comités de sélection.

M. Trépanier n’a pas tout dit. Aucun procureur, aussi fin renard soit-il, n’aurait pu lui faire cracher le morceau sur son ami Frank Zampino. Son indéfectible soutien à l’ex président du comité exécutif en dit long sur l’identité de celui qui tirait les ficelles.

Laisser un commentaire

Avis aux jeunes qui auraient l’intention d’aller travailler soit pour la bureaucratie municipale québécoise soit dans le domaine de la construction. Vous allez probablement souffrir du début de la maladie de l’Alzheimer. Si on se fie aux témoins qui ont passé à la commission Charbonneau, ces travailleurs des deux domaines semblent souvent oublié ce qui s’est passé……. Malheureusement, ce sont les payeurs de taxe qui en sont la cible finalement.

Les plus populaires