Le vote stratégique à son apogée

Ceux qui vivent à Montréal, Longueuil, Laval, dans les Laurentides ou à Sherbrooke n’ont pas à se demander pour qui voter afin de battre les conservateurs. Leur vote n’a pas à être stratégique.

Le cultivateur John Langs, un ancien fonctionnaire, a écrit bien clairement ses intentions dans son champ de Burford, en Ontario, à l'aide du GPS de son tracteur. Il votera stratégiquement, mais pour qui? (Photo: Geoff Grenville, Kalloon Photography)
Le cultivateur John Langs, un ancien fonctionnaire, a écrit bien clairement ses intentions dans son champ de Burford, en Ontario, à l’aide du GPS de son tracteur. Il votera stratégiquement, mais pour qui? (Photo: Geoff Grenville, Kalloon Photography)

Il ne se passe pas une journée sans que quelqu’un me demande pour quel parti il devrait voter le 19 octobre. Généralement, la personne se gratte la tête, tente quelques explications, finit par dire qu’elle est embêtée et repart sans être plus avancée. À n’en pas douter, le taux d’indécis demeure élevé.

Cette question m’a été posée à chaque élection, mais elle prend une tournure particulière cette année. Les gens ne cherchent pas tant à voter pour quelqu’un ou quelque chose, mais contre un candidat, un chef ou un parti.

Cette recherche du vote stratégique a rarement été si présente. C’est l’apogée du vote négatif.

«Je suis dans la circonscription X, et je veux battre X parti. Je fais comment?»

La question est simple, mais la réponse est complexe. Et les sondages pancanadiens ou même québécois ne sont pas d’une grande aide dans notre système politique uninominal à un tour. C’est souvent l’arbre qui cache la forêt. La dynamique locale est importante et se reflète peu dans les nombreux — trop? — coups de sonde qui abreuvent les électeurs depuis 75 jours maintenant.

Certains fédéralistes veulent empêcher le Bloc québécois de redevenir une force à Ottawa et cherchent le meilleur candidat fédéraliste pour y arriver. D’autres n’ont pas pardonné aux libéraux fédéraux le scandale des commandites ou ne veulent simplement pas voter pour un Trudeau, faisant porter au fils l’héritage du père. D’autres encore ne font pas confiance à Thomas Mulcair, contrairement à Jack Layton. Mais la volonté qu’on entend le plus souvent au Québec concerne les conservateurs: comment battre Stephen Harper?

Un souhait qui s’exprime à la grandeur du pays depuis le Jour 1 de la campagne. Tous les sondages montrent que 65 à 75 % des électeurs souhaitent un changement de couleur à Ottawa.

Le dernier sondage Abacus, publié le 10 octobre dernier, le montre bien: 73 % des Canadiens veulent du changement, dont 57 % veulent «définitivement du changement».

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Paradoxalement, cette volonté de changement est très forte au Québec — la région qui en souhaite le plus est l’Atlantique, suivi du Québec — mais c’est l’endroit où les électeurs peuvent le moins faire une différence le 19 octobre.

Le Parti conservateur a formé un gouvernement majoritaire en 2011, mais avec seulement cinq députés dans la province. Il y en a donc peu à déloger.

Stephen Harper peut-il en faire élire davantage en 2015? C’est possible, la controverse sur le niqab lors des cérémonies de citoyenneté ayant sauvé une campagne qui se dirigeait droit dans le mur au Québec fin août.

Voici l’évolution des intentions de vote au Québec, en prenant la moyenne des sondages, depuis le début de la campagne électorale.

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Selon les spécialistes des projections de sièges, le Parti conservateur peut espérer remporter entre 5 et 16 sièges à l’heure actuelle au Québec. Éric Grenier, de ThreeHundredEight.com en prévoit 11. Le signal de Vox Pop Labs en collaboration avec L’actualité montre que Stephen Harper est compétitif dans environ 16 circonscriptions.

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La force du Parti conservateur est concentrée dans la grande région de Québec, un peu au centre du Québec (Richmond-Arthabaska et Mégantic-L’Érable) et dans une moindre mesure, au Saguenay-Lac-Saint-Jean. (Un récent sondage montre que ça chauffe entre le ministre conservateur sortant Denis Lebel et la candidate du NPD Gisèle Dallaire.)

Dans ces régions, le principal adversaire du Parti conservateur est le NPD de Thomas Mulcair, en raison de sa force chez les francophones. Les oranges sont 2e dans 14 des 16 circonscriptions plus favorables aux bleus.

Il n’y a que dans Richmond-Arthabaska que le Bloc québécois pourrait empêcher un conservateur de l’emporter, alors que les libéraux peuvent espérer bloquer la route des conservateurs dans une seule circonscription, et encore là, c’est loin d’être serré: en Beauce, fief de Maxime Bernier, le PLC est en deuxième position. Pour les détails par circonscription, voir ici.

Ailleurs, les troupes de Stephen Harper ne sont pas compétitives. La lutte ne se déroule pas entre un conservateur et un autre parti, mais bien entre le NPD et le PLC (Montréal et les banlieues) ou entre le NPD et le Bloc québécois (régions éloignées, notamment dans l’est du Québec).

En clair, ceux qui vivent à Montréal, Longueuil, Laval, dans les Laurentides ou à Sherbrooke n’ont pas à se demander pour qui voter afin de battre les conservateurs. Leur vote n’a pas à être stratégique, puisque les troupes de Harper ont peu de chance d’y faire élire des députés. Ils peuvent très bien voter pour leur candidat favori, leur député sortant s’il a fait du bon travail ou encore selon leurs convictions politiques. Bref, faire un choix positif. Voter POUR quelque chose, plutôt que contre un parti.

La tendance actuelle des sondages pointe en direction d’un gouvernement minoritaire libéral, avec la balance du pouvoir au NPD, grâce encore à un fort contingent de députés néodémocrate au Québec (même s’il sera vraisemblablement moins imposant que lors de la vague orange de 2011).

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Il reste toutefois encore quelques jours de campagne et de nombreux indécis qui peuvent faire pencher la balance.

Des organisations sur le terrain pour faire sortir le vote stratégique ailleurs au Canada

N’ayant que peu d’impact sur la victoire ou la défaite des conservateurs, le Québec n’a pas été le théâtre d’une organisation structurée concernant le vote stratégique. Mis à part le mot d’ordre du syndicat de la FTQ, qui a demandé à ses membres de battre les conservateurs et d’appuyer le NPD dans plusieurs circonscriptions, aucune structure n’a été mise en place pour canaliser le vote stratégique.

Ailleurs au Canada, la situation est différente, notamment en Ontario et en Colombie-Britannique. Le Parti conservateur y a fait élire plusieurs dizaines de députés et la lutte entre le PLC, le NPD et le PC décidera de la couleur du gouvernement.

La mobilisation autour du vote stratégique est donc forte et ciblée, ce que permettent plus facilement les réseaux sociaux comparativement à 2011. En terme d’efforts, c’est du jamais vu.

Le groupe progressiste Leadnow est à pied d’oeuvre depuis le début du mois d’août dans 72 circonscriptions identifiées comme étant des luttes serrées entre un candidat conservateur et un autre parti. L’initiative VoteTogether.ca a permis jusqu’à présent de rassembler 89 000 personnes qui s’engagent à voter stratégique le 19 octobre.

«L’objectif est d’identifier qui peut battre le candidat conservateur dans une circonscription afin d’aider celui qui a le plus de chance de le déloger», a expliqué Amara Possian, la directrice de la campagne de Leadnow, lors d’une entrevue avec le magazine Maclean’s. Tout est mis en oeuvre pour y arriver: des centaines de bénévoles, des sondages locaux crédibles pour connaître l’état de la lutte (réalisés par la firme Environics), porte-à-porte, appels téléphoniques…

Parfois c’est le NPD qui reçoit le coup de main, parfois c’est le Parti libéral. Car les luttes sont différentes d’un endroit à l’autre. Les sondages pancandiens cachent des réalités régionales multiples. Le sud de l’Ontario est une guerre entre le NPD et les conservateurs, alors que dans les banlieues de Toronto, la joute se déroule entre les libéraux et les conservateurs. En Colombie-Britannique, néodémocrates et conservateurs s’affrontent à l’intérieur des terres, alors qu’à Calgary, ce sont des libéraux qui croisent le fer avec les conservateurs. Ainsi de suite.

Les électeurs qui tentent d’orienter leur vote stratégique sur les sondages nationaux pourraient être bien malheureux mardi matin, tellement les luttes locales ne reflètent pas toujours les chiffres généraux. Le Canada est un grand pays, avec des réalités bien différentes d’un coin à l’autre.

D’où l’initiative de Leadnow, mais aussi du syndicat Unifor, le plus important au pays, et de l’organisation Dogwood Initiative en Colombie-Britannique, un groupe environnemental. Eux aussi cherchent à agir localement pour canaliser le vote stratégique.

Tout ça en raison de notre système uninominal à un tour, qui cause plusieurs distorsions entre la volonté populaire et les résultats électoraux. Le Parti libéral et le NPD ont promis d’y mettre fin et de réformer le mode de scrutin, ce qui permettrait à ceux qui souhaitent voter stratégiquement d’avoir un peu moins mal à la tête…

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Les commentaires sont fermés.

Moi, ce qui me fait le plus rire dans le « désir de changement », c’est qu’une fois les changements enclenchés, les gens n’en veulent plus de ces changements…

En d’autres termes: oui aux changements…à la condition que ça ne change rien.

Stephen Harper avait promis des changements. Et il y a eu des changements.
Donc, un changement de gouvernement peut faire la différence, mêmes si les changement sont
en grande partie honteux depuis 10 ans.

Vous avez partiellement raison: les Conservateurs sont l’un des très rares partis politiques à avoir tenu leurs promesses. Cependant, je répète que l’ours moyen canadien et/ou québécois veut des « changements » (terme artificiel créé par les « spin doctors ») à la condition que ça ne change rien pour eux et que le prix de ces changements soit payé PAR LES AUTRES.

Encore faut-il que les sondages reflètent bien la réalité ce qui n’est pas toujours le cas… Dans ma circonscription les sondages donnaient au libéral la meilleure chance de battre le conservateur alors que le jour de l’élection c’est le candidate néo-démocrate qui a facilement gagné…

Le vote stratégique ne se limite pas aux circonscriptions où on veut défaire les conservateurs. Il faut aussi qu’on soutienne le parti le plus apte à remporter plus de sièges que les conservateurs, sinon il n’y aura pas de changement. Ainsi, pour ceux et celles qui veulent un nouveau premier ministre, il faut voter pour le parti libéral partout où il y a une lutte à deux où le parti libéral a une chance de gagner car c’est le seul parti qui peut défaire les conservateurs quoi qu’en dise le NPD. Donc dans les courses serrées NPD/libéral ou NPD/Bloc, il faut voter libéral afin de permettre au parti de remporter le plus de sièges possibles pour lui donner une meilleure chance de défaire Harper.

Lors des deux dernières élections j’ai soutenu le NPD alors qu’auparavant j’appuyais le BQ. Et ce parce que le BQ ne peut pas vraiment promouvoir la souveraineté à Ottawa. Il y perd son temps, et donne une image du Québec qui sera nocive lors d’une victoire référendaire. Je suis encore souverainiste, et même si j’appuie aux dires des gens du BQ un parti aussi pire que les 2 autres, je crois que personne ne peut être pire que les 2 autres. Ce n’est pas le Québec qui élit le gouvernement, me dira-t-on… Mais si le Québec envoie une image qu’il veut prendre part à la discussion comme il l’a fait en 2011, d’autres gens à travers le pays pourraient se joindre à nous pour choisir un parti qui n’a jamais été au pouvoir, qui s’impose comme plus environnementaliste malgré sa position ambigu sur Énergie-Est, qui a fait une opposition excellente au PCC, qui a l’appui de milliers de travailleurs syndiqués, qui présente le plus de femmes….

Ce sera perçu comme de la publicité partisane, alors arrêtons celà et retournons à nos vieilles habitudes de dénigrer ceux à qui on s’oppose, et chialons en choeur… Le PLC a-t-il changé depuis Gommery? Le PCC aurait-il pu vraiment régler la question du niqab dans son dernier mandat majoritaire? Aurait-il pu faire du sénat quelque chose de différant puisqu’il a renoncé à vouloir l’abolir? Aurait-il pu nommer des sénateurs soucieux de la population qu’ils représentent au lieu du compte de dépenses à leurs disposition? Aurait-il pu voir un peu plus loin que l’abolition du registre des armes à feu? Aurait-il pu détecter les odeurs nauséabondes du F-35? Aurait-il pu faire semblant que les pétrolières sont respectueuses de l’environnement d’une façon ou d’une autre? Aurait-il pu donner une meilleure image du Canada à l’international? Aurait-il pu être plus équitable dans l’octroi des contrats des frégates? Et encore…

Robin Philpot a ajouté 2 nouvelles photos :
« Faut battre Harper » est un slogan vide.

S’il faut le battre, c’est pour le remplacer par qui? Par Mulcair? À voir aller on voit que c’est lui, le vrai fils politique de Pierre-Elliott Trudeau, pas Justin.

Trudeau père, comme Mulcair, est entré en politique pour combattre les « séparatistes » québécois. Trudeau père, comme Mulcair, flirtait avec la gauche mais était prêt à s’allier avec la droite surtout pour mettre le Québéc à sa place. Trudeau père, comme Mulcair, parlait des deux côtés de la bouche, selon qu’il parlait en français au Québec ou en anglais au Canada. Trudeau père, comme Mulcair, était colérique et vicieux prêt à envoyer l’armée au Québec et à violer les règles fondamentales (Cour suprême) pour atteindre ses fins, soit le coup de force constitutionnel de 1982).

Et Trudeau père, comme Mulcair, avait besoin d’une majorité de sièges au Québec pour gagner et poursuivre ses basses oeuvres.

Il revient à nous d’empêcher que l’histoire se répète.

https://www.facebook.com/#!/robin.philpot.737/posts/10152903516186793

Qui veut changer? Les syndicats qui ont une peur bleue de la loi sur la transparence syndicale et sur le retrait d’ abris fiscaux sur le REER de la FTQ!
à part cela l’A lliance de la fonction publique canadienne qui ne digère pas le droit de gérance du gouvernement qui pense d’ abord et avant tout aux contribuables canadiens!! Et enfin les syndicaleux journaleux de Radio Tralala pour qui le jupon dépasse allègrement leur position dans la couverture de la présente campagne!!

Un jour nour aurons un meilleur mode de scrutin, mais il n’y a pas de systeme parfait.

En plus d’avoir un reportage bien ficelé et recheché, suis-je le seul à trouver la jeune journaliste vraiment charmante ?