Jacques Corriveau et l’écho des commandites

Il faudra que la Couronne nous explique pourquoi elle a mis tout ce temps avant de traduire M. Corriveau en justice. Son amitié avec l’ex-premier ministre, Jean Chrétien, aurait-elle fait de lui un intouchable ?

PRÉCISION (en date du 17 décembre 2013)

Contrairement à ce que j’écrivais ci-dessous, le dossier n’a pas dormi sur le bureau de la Couronne fédérale depuis trois ans. Ce dossier est piloté par le provincial. C’est donc au Directeur des poursuites criminelles et pénales qu’il faut imputer ces délais.

Brian Myles

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Je ne sais pas s’il faut se réjouir ou s’indigner de l’arrestation de Jacques Corriveau, l’un des principaux acteurs du scandale des commandites.

Il s’est écoulé 17 ans entre la naissance de ce programme, au départ secret, visant à éteindre la flamme souverainiste au Québec, et l’arrestation de M. Corriveau.

À 80 ans, le splendide et flamboyant designer d’autrefois n’aura peut-être pas la chance de voir la fin de son procès pour fraude envers le gouvernement, fabrication de faux documents et de recyclage des produits de la criminalité tellement la justice a le pas lent.

L’enquête sur M. Corriveau a mobilisé la GRC de 2006 à 2010. Le rapport d’enquête a dormi sur le bureau de la couronne fédérale pendant trois ans. Trois ans ! C’est long, trop long même. Il faudra que la Couronne nous explique pourquoi elle a mis tout ce temps avant de traduire M. Corriveau en justice. Son amitié avec l’ex-premier ministre, Jean Chrétien, aurait-elle fait de lui un intouchable ?

La question se pose, car les faits reprochés à M. Corriveau étaient connus depuis sa comparution devant la Commission d’enquête sur le programme des commandites et les activités publicitaires, en 2005. Pas moins de 332 millions de dollars en fonds publics ont été engloutis dans ce programme qui visait à accroître la visibilité du gouvernement fédéral au Québec, dans l’espoir de miner l’attrait pour l’option souverainiste.

Un publicitaire, Jean Brault, et deux anciens directeurs généraux du Parti libéral du Canada, section Québec (PLCQ), Michel Béliveau et Daniel Dezainde, ont qualifié Jacques Corriveau d’argentier occulte de la formation. Il aurait perçu des ristournes auprès des firmes de publicité qui ont bénéficié des largesses des libéraux de Jean Chrétien, afin de renflouer les coffres du parti.

Sa firme, PluriDesign, a empoché huit millions de dollars pour du travail modeste, voire inexistant, à la belle époque où le robinet des commandites fédérales coulait à flots. M. Corriveau aurait gardé une partie de l’argent pour son bénéfice personnel, et il en aurait retourné une partie pour financer (illégalement) les campagnes de 1997 et de 2000 du PLCQ.

Le juge John H. Gomery a sévèrement blâmé Jacques Corriveau dans son rapport final, en le qualifiant d’«acteur central d’un dispositif bien huilé de pots-de-vin». Dans son préavis de blâme, le juge Gomery avait reproché à M. Corriveau d’avoir conclu avec des firmes de publicité et des promoteurs d’événements des «ententes secrètes» pour toucher des commissions, un crime punissable d’une peine maximale de 14 ans de pénitencier.

C’était en 2005, je le rappelle. Jacques Corriveau a pu se la couler douce pendant huit belles années. Il s’en tire à trop bon compte.

Le lieutenant politique de Stephen Harper au Québec, Denis Lebel, fanfaronnait vendredi sur la turpitude libérale qui est à la base du scandale des commandites. Il me semble qu’il y a des questions à se poser sur un tout autre sujet. La GRC et la Couronne fédérale auraient-elles pu épingler Jacques Corriveau plus tôt ? Pourquoi ce délai ? Qui en est responsable ?

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En politique, il n’y a jamais de responsables. Le pouvoir a le bras long. Il sait mâter le peuple et se mettre à l’abri de toute poursuite significative. Monsieur Chrétien ne sera jamais poursuivi pour quoi que ce soit… puisqu’il n’était au courant de rien. Je ne serais pas surpris qu’il intente lui-même une autre poursuite contre le gouvernement fédéral pour protéger son ami. Dans un tel cas, les contribuables lui verseront une autre petite allocation pour atteinte à sa réputation sans reproche.

Le temps écoulé entre les méfaits et les procès est généralement beaucoup trop long au Canada. Mais maintenant que Jacques Corriveau est arrêté, son procès risque de se dérouler dans 2 ans, ce qui permettra aux Conservateurs de faire un peu plus de millage sur ce dit scandale.

Il faut se souvenir que dès leurs premiers mois de pouvoir les conservateurs ont sorti le Service fédérale des poursuites du ministère de la Justice pour créer le Service des poursuites pénales du Canada (SPPC) afin, disaient-ils, d’empêcher les procureurs de subir des pressions politiques du parti au pouvoir… Comme les conservateurs vont grandement profiter de la lenteur des poursuites pénales car on peut certainement penser que cette affaire va faire la première page des journaux à la veille de la prochaine élection fédérale dans moins de 2 ans… Est-ce que la séparation entre le SPPC et le Procureur général du Canada, un ministre conservateur, Peter MacKay, ne serait qu’un écran de fumée?

Aussi, la soit-disant séparation de la police (GRC) du gouvernement fédéral est certainement en question: on connaissait les faits en 2005 – comment se fait-il que la police ait mis 5 ans à constituer un dossier qui était bien connu du public (et, donc de la police) depuis autant d’années? Quel jeu joue la police? On se souviendra de la bombe qu’avait sortie l’ex directeur Zaccardelli de la GRC à la veille d’une élection fédérale… Ce sont autant d’indices que la police fédérale est en fait une police politique.

Si, à l’époque, les Québécois avaient eu toutes les informations concernant le scandale des commandites et si tous les responsables avaient été poursuivis, cela aurait donné de la vigueur au mouvement souverainiste. Tout a été fait pour que cela n’arrive pas. On tente d’étouffer le Québec par tous les moyens. Hier, c’était en faisant de la propagande, aujourd’hui, c’est en transférant le centre économique du pays vers l’ouest, demain, eh bien, ce sera réglé une fois pour toutes.

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