L’écosystème lavallois

Dans son reportage sur le financement illégal du PRO des Lavallois et la corruption érigée en mode de vie à Laval, l’équipe d’Enquête a servi jeudi un dur coup à l’ancien maire Gilles Vaillancourt, qui a démissionné sous le poids des perquisitions de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) et des révélations gênantes à la Commission Charbonneau.

L’homme fort de la politique municipale est tombé en disgrâce en 2012, et il pourrait bien tomber encore plus bas en 2013 si la justice criminelle finit par le rattraper. C’est une inéluctable fatalité; il suffit que les enquêteurs de l’UPAC et leur petite armée de juricomptables donnent un sens à la masse de documents et de témoignages recueillis durant leur enquête pour que M. Vaillancourt et les membres de sa garde rapprochée se retrouvent dans le box des accusés. Depuis la première perquisition de l’UPAC, on sait que M. Vaillancourt est la cible principale d’une vaste enquête sur la corruption et la collusion dans l’île faite ville.

L’équipe d’Enquête n’a pas réinventé la roue, mais elle a exposé avec finesse le système de ristournes qui unit les entrepreneurs, les firmes de génie conseil et les maires de Laval élus depuis 1973. Le «système» aurait été mis en place sous Lucien Paiement (1973-1981), il se serait raffiné sous Claude U. Lefebvre (1981-1989) et il aurait connu son zénith sous la gouverne du maire soleil Gilles Vaillancourt (1989-2012), l’homme qui a donné naissance au slogan populaire «une île, un Gilles».

Les ex maires Paiement et Lefebvre ont peu à craindre de la justice tellement les faits qui leur sont imputés sont lointains. La difficulté de recruter des témoins dotés d’une mémoire fiable ne sera pas une mince affaire, et les délais de prescription en matière de fraude rendent invraisemblable l’hypothèse d’une poursuite. D’autant plus que les lois de l’époque étaient beaucoup plus généreuses que celles d’aujourd’hui pour ce genre de crimes. Gilles Vaillancourt aura-t-il cette chance? Pas sûr.

Le plus étonnant, c’est la désinvolture qui a caractérisé la vie publique lavalloise pendant des décennies. Aussi vrai qu’il faut un village pour élever un enfant, il faut un système pour corrompre un seul maire. Quand on entend les constats d’impuissance de l’ancien ministre des Affaires municipales, Rémi Trudel, ou de l’ancien policier lavallois Marc Demers, on  voit bien que les nuages noirs couvraient le ciel faussement bleu de Laval depuis trop longtemps.

La fraude, la corruption et la collusion ne faisaient pas partie des priorités d’enquête des policiers jusqu’au tournant des années 2000. Le scandale des commandites, les magouilles des fondateurs de Cinar, l’affaire Norbourg avec Vincent Lacroix dans le rôle titre, ont suscité assez d’indignation pour que les policiers se mettent à enquêter sérieusement sur ces plates histoires de fausses facturation et double comptabilité.

Pour un policier, il est beaucoup moins glorieux et palpitant d’arrêter un gros fraudeur qu’un gros pusher, mais les mentalités sont appelées à changer.

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