L’effet Flaherty

Il aura fallu des funérailles pour mettre fin à la longue lune de miel de Justin Trudeau.

Photo © Justin Tang / La Presse Canadienne
Le décès récent de l’ex-ministre des Finances Jim Flaherty est venu rappeler ses bons services lors de la crise financière de 2008, ce qui a contribué à la relance des conservateurs. (Photo © Justin Tang / La Presse Canadienne)

Il aura fallu des funérailles pour mettre fin à la longue lune de miel de Justin Trudeau.

Dans la foulée du décès de l’ancien ministre des Finances Jim Flaherty, le mois dernier, deux sondages, réalisés respectivement par Angus Reid et Ipsos Reid, faisaient état d’une remontée des conservateurs dans les intentions de vote. Selon ces sondeurs, la formation de Stephen Harper serait — en gros — au coude-à-coude avec les libéraux.

L’Ontario — province tremplin de la carrière de Jim Flaherty — a redonné une part de cet élan au Parti conservateur. L’émotion provoquée par la disparition de l’ancien ministre y est pour quelque chose, mais la thèse d’un coup de cœur passager n’explique pas nécessairement tout.

Personnage politique plus attachant que la moyenne, Jim Flaherty jouissait manifestement de l’affection et de l’estime de bon nombre de ses concitoyens. Le jour de sa mort, le chagrin était sur tous les visages à la Chambre des communes.

Mais l’effet le plus durable de cet épisode attristant pourrait être d’avoir rappelé au souvenir de l’électorat — en particulier en Ontario — les états de service économiques du gouvernement Harper pendant la crise financière de 2008.

C’est sur la foi du train de mesures instaurées par les conservateurs pour amoindrir les effets de la crise que l’Ontario avait fait pencher la balance en faveur d’une majorité conservatrice aux dernières élections fédérales.

À la trêve suscitée par le deuil de M. Flaherty, il faut ajouter d’autres éléments qui contribuent à une rare embellie pour Stephen Harper. Au cours des dernières semaines, plusieurs obstacles qui hypothéquaient la réélection d’un gouvernement conservateur ont été levés.

• Le résultat fédéraliste des élections québécoises du début avril a évacué la possibilité — archi-impopulaire dans le reste du Canada — d’un troisième référendum.

• La conclusion des enquêteurs d’Élections Canada, selon laquelle les appels robotisés frauduleux de la dernière élection fédérale ne résultaient pas d’une vaste machination pour influencer le résultat du vote, a dissipé, du moins en partie, un autre nuage à l’horizon conservateur.

• La décision de la GRC de ne pas intenter de poursuites au criminel contre l’ancien chef de cabinet du premier ministre, Nigel Wright, pour avoir remboursé de sa poche des allocations de logement injustifiées du sénateur déchu Mike Duffy a mis un peu de distance entre Stephen Harper et un vilain scandale.

À ces trois évidentes bonnes nouvelles pour le gouvernement conservateur, on peut ajouter l’avis rendu par la Cour suprême au sujet de la réforme du Sénat.

À tout prendre, le rejet de la prétention de Stephen Harper de réformer unilatéralement la Chambre haute est, en quelque sorte, un mal pour un bien pour les conservateurs.

L’arrêt unanime des huit juges, selon lequel Ottawa doit passer par la négociation auprès de la population pour changer les règles du jeu sénatorial, permet au premier ministre de se laver les mains d’un projet dont certains de ses propres alliés ne voulaient plus vraiment.

Le premier ministre conservateur de la Saskatchewan, Brad Wall, par exemple, aurait préféré voir le Sénat aboli plutôt que de le voir élu selon le modèle proposé par Harper.

Des penseurs influents de l’Alberta avaient également mis le gouvernement conservateur en garde contre un plan qui aurait pu rendre la Chambre haute plus légitime, sans régler le problème de la sous-représentation de l’Ouest canadien au sein de cette institution.

Un bon mois pour le gouvernement, c’est presque toujours un mauvais quart d’heure pour l’opposition. Justin Trudeau et Thomas Mulcair devront rajuster leurs plans préélectoraux.

Jusqu’à preuve du contraire, l’économie demeure la carte maîtresse de Stephen Harper et le talon d’Achille des libéraux et du NPD, lesquels viennent chacun de perdre une béquille en vue du scrutin fédéral de l’an prochain.

Longtemps considéré comme un atout pour le PLC, le dossier de l’unité canadienne est en panne de pertinence populaire depuis le vote québécois du 7 avril.

Et l’avis de la Cour suprême voulant qu’il soit impossible de faire disparaître le Sénat sans l’improbable appui de tous les partenaires de la fédération a scié les jambes du cheval de bataille du NPD, qui consistait à mener un référendum pancanadien pour abolir la Chambre haute.

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