L’effet Trump: prise 2

La mouvance anti-immigration se fait connaître de plus en plus ouvertement.

La députée libérale fédérale Iqra Khalid, auteure d’une motion dénonçant l’islamophobie, a reçu des messages racistes, haineux. (Photo: Patrick Doyle/La Presse Canadienne)

Claude Patry, ex-député bloquiste — élu en 2011 sous la bannière néo-démocrate de Jack Layton —, s’affiche désormais ouvertement comme un dirigeant de La Meute, groupe opposé à l’arrivée au Canada de migrants syriens.

Sur son site Web, le groupe se décrit comme « le dernier rempart avant le grand bouleversement que les islamistes tentent de créer à travers l’Occident ». À l’origine, à l’automne 2015, La Meute recrutait à partir d’une page Facebook réservée aux initiés. Mais depuis l’été dernier, elle se manifeste publiquement, dans l’espoir de devenir une force politique avec laquelle il faudra composer.

À la fin de 2016, le groupe comptait plus de 43 000 adeptes. La sortie publique de l’ex-député Patry est survenue au début de 2017. Elle s’inscrit dans une tendance qui s’amplifie depuis l’arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump. Cette tendance dépasse largement les frontières du Québec.

À Toronto, le mois dernier, un millier de personnes se sont déplacées pour manifester con­tre la présentation à la Cham­bre des communes de la motion M-103, qui dénonce l’islamopho­bie et la discrimination fondée sur la religion.

Elles répondaient à l’invitation d’Ezra Levant, polémiste de droite qui a déjà été l’adjoint de l’ex-chef de l’Alliance canadienne Stockwell Day et dont la plateforme médiatique — TheRebel.media — est une pépinière d’idées qui s’apparentent à la mouvance de Donald Trump.

Des motions, il s’en adopte tous les mois depuis des lunes dans les assemblées législatives du Canada. Si elles ne sont pas dénuées d’un certain poids moral, elles font néanmoins partie de la catégorie des vœux pieux.


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Le mois dernier, par exemple, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité une motion pour dénoncer la publication dans le quotidien The Washington Post d’une chronique qui imputait au nationalisme québécois l’attentat contre la mosquée de Québec. Aux dernières nouvelles, le prestigieux quotidien américain n’avait pas cessé de publier…

Une dizaine d’années après l’adoption à Ottawa de la motion qui reconnaît que les Québécois forment une nation, on chercherait en vain une loi ou une initiative fédérale qui s’en inspire.

Tout cela pour dire que l’adoption d’une motion n’engage pas le gouvernement ou les partis qui l’appuient au moindre suivi législatif. Dans le cas de la motion M-103, elle invite le gouvernement de Justin Trudeau à charger un comité parlementaire d’étudier la question de la discrimination systémique fondée sur la religion.

Cela n’a pas empêché quatre candidats à la succession de Stephen Harper — dont les ex-ministres Chris Alexander et Kellie Leitch — de participer à la soirée de dénonciation de la motion M-103 et de faire leurs les craintes de ses détracteurs.

Selon ces derniers, la motion M-103 — parce qu’elle désigne l’islamophobie — ouvre la porte à l’instauration de la charia au Canada, menace la liberté d’expression de ceux qui s’insurgeraient contre Daech et, en prime, accorde un traitement de faveur à la religion musulmane par rapport aux autres religions.

Cela revient à dire que si le Parlement dénonçait l’antisémitisme — ce qu’il a fait à maintes reprises au fil des années —, il bannirait du même coup le droit de critiquer les politiques de l’État d’Israël.

Étrangement, le Parti conservateur — y compris les candidats au leadership qui sont montés aux barricades contre la motion M-103 — ne s’était pas opposé en octobre à l’adoption à l’unanimité par les Communes d’une motion néo-démocrate qui dénonçait, elle aussi, l’islamophobie. Cette motion n’avait fait aucune vague médiatique ou autre.

Cette fois-ci, l’opposition conservatrice a exigé, en échange de son appui à la motion M-103, que le mot « islamophobie » soit retiré du texte libéral, ce que le gouvernement a refusé.

L’auteure de la motion, la députée libérale ontarienne Iqra Khalid, a reçu 50 000 messages qui, pour la plupart, condamnaient son initiative, souvent en des termes racistes, violents ou haineux. À Toronto, des manifestants se sont massés devant une mosquée pour scander des slogans antimusulmans.

Jusqu’à récemment, l’immigration et le sous-thème de l’accueil des réfugiés n’avaient pas été des sujets polarisants de la politique fédérale. Aucun aspirant au poste de premier ministre n’aurait voulu s’associer à un événement susceptible de fournir prétexte à casser du sucre sur le dos de la communauté musulmane. Il y a bien un avant et un après… l’arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump.

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Chantal Hébert est chroniqueuse politique.


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23 commentaires
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Dans islamophobie, il y a deux mots : islam et phobie. Ce qu’on ne trouve pas dans le mot : antisémitisme. On ne parle pas de « judéophobie » par exemple. L’antisémitisme n’est pas dirigé contre la religion juive mais est fondé sur un principe faux : que les juifs forment une race unique, homogène et dégénérée descendante de tributs sémitiques aux origines lointaines et mal définies de facto….

À noter que les talibans d’Afghanistan sont aussi des descendants des sémites et ce sont : des musulmans.

Évidemment, l’antisémitisme est une plaie qu’il faut combattre vigoureusement. Cependant, Israël est un État de droit à part entière, aussi les critiques à l’encontre d’Israël ne sont pas antisémites. Si je critique la Corée du nord, cela ne fait de moi un « antiasiatique », c’est simplement parce que le chef de la Corée du Nord devrait probablement mieux respecter les droits de l’homme et du citoyen en général…. Serais-je pour cette critique un « asiatophobe » qui s’ignore ?

L’islam définit le monde musulman, si ce n’est que le monde musulman se décline de plusieurs façons. Ainsi lorsqu’on parle de christianisme, on parle du monde chrétien. Si ce n’est que le christianisme se décline également de diverses façons. Parle-t-on de « christianophobie » pour autant ?

Les phobies en général relèvent de diverses troubles de l’esprit. Ce sont généralement des névroses de type obsessionnel.

Est-ce que donc l’islamophobie est une maladie ? Si c’est donc le cas, on devrait pouvoir la soigner. Est-ce que le fait que j’ai peur des araignées fait de moi un « arachnéophobe » ? Non ! Parce que dans mon cas, ma peur des araignées ne s’inscrit pas dans l’univers et le théâtre des obsessions.

Pour que ce soit une obsession, il faudrait que cela soit associé à toutes formes de morbidité. Mais la morbidité n’est pas due aux religions, on la retrouve plutôt dans notre relation avec nos parents.

Dire que tous les gens qui se plaignent actuellement à tort ou à raison de l’islam sont des malades obsessifs et compulsifs qui développent une obsession morbide envers et contre tous les musulmans ; tout cela est selon moi complètement délirant.

À ce titre, je trouve que la motion M-103 relève plus du délire que de la raison.

Il y a certainement des questions précises et bien réelles qu’il conviendrait de régler pour faire du Canada un pays vraiment inclusif dans lequel il fait bon vivre pour tous ; si ce n’est que notre bonheur collectif ne se trouve ni dans le support, ni dans la condamnation des détracteurs de religions. Des détracteurs qui confondent le plus souvent bêtement une religion avec les origines géopolitiques de celles et ceux qui pratiquent la dite religion.

Il est difficile d’accueillir en toute innocence des pratiquants d’une religion qui le plus souvent sont issus de pays où la religion est intimement amalgamée à la conduite des affaires publiques et celles du dit État dont ils ou elles sont issus. Une approche institutionnelle trop permissive comme la nôtre, ne peut mener à terme qu’à la destruction pure et inéluctable de ce qui devrait nous unir : une volonté inébranlable de faire prévaloir l’État de droit.

De ce que je sais, Noé (le patriarche de la bible) a eu trois garçons, Sem, Cham et Japhet. Et les Sémites serait donc les descendants de Sem. Ne m’en demandez pas plus, j’ai appris ça au secondaire il y a une couple de lunes dans les années 60.

Un sondage publié dans La Presse Plus juste avant les Fêtes révélait que 44% des Québécois étaient contre toute immigration musulmane
Alors que les politiciens épousent à peu près toutes les causes minoritaires possibles et inimaginables, aucun n’a donné voix à ces 44%.
Pas encore du moins.
Le parti qui va comprendre l’angoisse identitaire présente des Québécois, va balayer le Québec

Selon les sondages de l’époque, les péquistes devaient être majoritaires au Québec et les Libéraux demeurer dans l’opposition au fédéral lors des dernières élections… On a pu voir ce que ça vaut, un sondage.

La dite « angoisse identitaire » québécoise a été fabriquée de toute pièce par les medias à la solde des séparatistes pour faire avancer leur agenda politique.

Combien y-a-t’il de musulmans au Québec et quelle portion de la population représentent-ils? Et combien de radicaux dans le lot?

N’oublions pas que le dernier attentat contre les islamistes au Québec a été l’oeuvre d’un Québécois PURE LAINE!!! Pas d’un musulman.

Le terme antisémitisme existe depuis 150 ans et a une définition précise. Pas le terme islamophobie. Je propose qu’à l’image d’antisémitisme (haine non pas des sémites mais des juifs) on définisse islamophobie ainsi: haine non pas de l’islam mais de l’islamisme. Ainsi, l’antisémitisme serait condamné et l’islamophobie encouragée. Quant à ceux qui ont de la haine pour les musulmans, appelont-les musulmanophobes.

On pourrait de même proposer sionimophobie pour la haine des politiques de l’état autoproclame juif.

@ Koldo,

Le 4 juillet 1776, les colonies britanniques d’Amérique du nord déclaraient leur indépendance. S’agissait-il d’après-vous, de la création d’une république autoproclamée ?

Le 1er janvier 1804, Haïti déclarait son indépendance contre l’Empire français, formant la première République noire au monde. S’agissait-il aussi d’une république autoproclamée ?

Au lendemain de la guerre de 14-18, après la dislocation de l’Empire ottoman, la Palestine territoire ottoman depuis 1512, est par décision de le SDN (Société des Nations) mise sous-mandat britannique qui administrait alors de vastes portions de territoires (voir le film : Lawrence d’Arabie). En 1947 les britanniques remettent à l’ONU ce mandat qu’ils détenaient. Ainsi, Le 29 novembre 1947, la résolution 181 adoptée par l’Assemblée générale, prévoit le partage de la Palestine en trois États distincts : Un État juif, un État arabe et un statut particulier pour Jérusalem qui serait devenue une ville État sous contrôle international. Le tout au sein d’une union économique.

Sur les 57 membres de l’ONU, 33 ont voté pour, 10 se sont abstenus, 13 ont voté contre et 1 pays : Siam était absent. Ce sont principalement les pays arabo-musulmans qui ont voté contre. Les représentants arabes de l’époque souhaitaient prendre le contrôle de tout le territoire administré par les britanniques, très clairement les Syriens voulaient agrandir leur territoire et la Jordanie réclamait la Cisjordanie. Le 30 novembre les arabes déclarent la guerre aux juifs qui résistent et gagnent. Le 14 mai 1948, ils proclament leur indépendance. — Ainsi vous trouvez donc que c’est un État autoproclamé…. Peut-être.

Pourriez-vous nous citer dans ce cas, beaucoup d’États du monde qui dans l’histoire ne se soient pas à un moment ou à un autre autoproclamés ? Ou plutôt, depuis toujours, c’est le vainqueur qui impose sa loi au vaincu.

— La question qu’on pourrait se poser : c’est à qui appartient la Terre ? — Si vous estimez que la Terre n’appartient à personne puisque notre passage ici est transitoire. Vous avez peut-être raison. Dans ce cas il conviendrait de mettre un terme à toutes formes d’États quelqu’ils soient. Et surtout il faudrait en finir avec quelques formes de propriétés publiques ou privées qu’elles qu’elles soient pour ainsi partager également toutes choses en commun. Il faudrait mettre un terme à toutes formes d’organisations religieuses et politiques qui nuisent au bienêtre commun. Et surtout, il faudrait faire de la Terre un seul et unique pays.

NB : si vous voulez former un mot nouveau, écrivez plutôt « sionismophobie » et non « sionimophobie ». Cela vous rendra en quelques sortes plus « smart » en français on pourrait même dire : plus intelligent !

Merci M. Drouginsky d’éclairer mes concitoyens québécois et canadiens sur le droit d’Israël d’exister. Ce que je ne comprends pas c’est Israël est un tout petit pays entouré de plusieurs grands pays arabes qui pourraient très bien acceptés de recevoir d’autres arabes au lieu de vouloir détruire LE SEUL PAYS DÉMOCRATIQUE de cette région.

Cher Drouginsky,

Ainsi, vous avez noté qu’il manquait un s au mot sionimophobie. On peut dire que vous êtes smart. Avez-vous remarqué qu’il en manquait un également au mot facisme ? Probablement que oui: votre prose démontre en effet que êtes plutôt bien outillé du côté « contenant » (forme) au détriment de ce qu’on peut appeler le contenu (substance – oups j’ai failli oublié le s). Mais ça, je vous l’ai déjà écrit récemment (et vous l’avez assez mal pris si je me souviens). J’aimerais cependant souligner que vous faites des progrès puisque vos commentaires sont de moins en moins dans » l’impressionnisme » ( mais le côté pompier reste à travailler). Ça devrait vous faire plaisir (ou pas, c’est selon)

Quelqu’un de perspicace (intelligent ??) aurait compris que mon commentaire sur l’état juif faisait référence à la nouvelle exigence israélienne d’entamer d’éventuels négociations avec les Palestiniens sur la base de la reconnaissance d’Israel comme état juif. Il semble que la vision d’une entente possible entre les parties ait la faculté d’ entraîner de nouvelles exigences. Connaissez-vous un état officiellement chrétien à part le Vatican ? Si vous êtes favorable à un état juif, comment pouvez-vous condamner un etat islamique ? Un état Pendecotistes du 7eme ciel ? Un état raelien ?

Mais je comprends que vous souhaiter parler de la resolution 181. Vous pourriez mentionner la 242, mais tenons-nous en là pour maintenant. Vous ecrivez vous-même qu’elle prévoyait la création de deux états. Ou sont-ils ? Une entente de type » décret » dont les clauses respectées sont uniquement celles à l’avantage d’une partie peut-elle être remise en question. Non seulement, je pense qu’elle le peut mais qu’elle le doit.

Vous pouvez référer a l’indépendance américaine et a Haïti, mais je vous invite à arriver en 2017 et a tenir compte de la réalité. Pour un gars smart comme vous, ça devrait pas être trop difficile.

PS : Je rappelle la conclusion du dénommé honorable » Ainsi l’anti-semitisme serait condamné et l’islamophobie encouragé. » Il faut donc redéfinir les mots pour que ce l’on pense devienne acceptable et même » fashonnable » ( c’est -tu écrit correctement Serge?)

Un mot de sagesse pour les vulnérables d’entre nous…

Chers nous, les crétins,

Pour ceux qui croient en nos politiciens et qui sont trompés par la soi-disant «islamophobie» des Canadiens et Québécois, qui se ridiculisent dans leurs ridicules manifestations de culpabilité, pleines de larmes et ridicules, prenons conscience de notre ignorance et de notre stupidité. On fait partie du problème, certainement pas la solution! Allons-nous finir par comprendre que nous sommes manipulés par la cause et le cancer islamique dans le monde entier qui veut notre destruction, idiots ???

Ah…l’effet Trump…

Ici, c’est de bon ton de déblatérer contre cet individu mais nous avons tous collectivement eu un soupir de soulagement lorsque, suite à sa rencontre avec Trudeau, nous avons appris qu’il ne s’en prendrait pas commercialement au Canada.

Dénigrement à géométrie variable…

Mon cher François, exprimez-vous clairement
Quelle est la géométrie et quelle est la variabilité ? Vous voulez parler de P. Couillard ?

Bravo, Madame Hébert, pour tous vos articles qui nous instruisent tant.

Dommage que la menace islamiste-intégriste-communautariste ne soit contrée que par cette droite populiste et grossière.

La preuve est faite (par raisonnement de haute volée…) que seule une Charte fédérale de la laïcité, revampée et plus fine encore que la française, plus adaptée aux faits récents, réglerait à terme le problème. Il y a blocage car nos propres intégristes et bigots historiques (juifs et chrétiens) s’y opposent .

Tous les intégristes communautaristes veulent les avantages fiscaux indûment accordés aux organisations religieuses et veulent aussi continuer leur pédophilie cathéchistique, talmudique et coranique dénoncée par Freud dès 1927.

La modernité n’est pas encore au rendez-vous dans nos lois et dans nos parlements toujours largement bigots et incultes en sciences humaines.

Bonne journée, et puissiez-vous publiciser les grands écrits de Normand Rousseau, Daniel Baril, Caroline Fourest, Caroline Beauchamp, Djemila Benhabib, Fatima Houda-Pepin et Louise Mailloux. Lumières du Canada.

Bonne journée, et que les media fassent largement connaître les Lumières de ce pays face aux simples lampions que sont souvent nos élus.

Qui a-t-il de si mauvais à s’interroger sur le nombre d’immigrants qu’un pays peut accueillir ? Ce commentaire politique de Dame Hébert pourrait se titrer . Maintenant , faire croire qu’une
sorte de d’extrême droite va devenir dangereuse me semble excessif . Agiter des
épouvantails sert les intérêts de qui ? Cela me rappelle ce que des médias disaient au sujet de la force
supposée du FLQ : selon feu Jean Marchand , des milliers de felquistes allaient envahir nos rues . . .ou
pouvaient être une menace pour , disait le père de Justin .
Plus les médias en parlent , plus la publicité les sert ; mais , quand on peut croire que ces groupes dits
d’extrême droite sont ou seront infiltrés par les forces policières , on peut mettre le reportage -commentaire
de Chantale Hébert en perspective . . .

Une fois qu’une motion est acceptée, comme la motion qui reconnaît le Québec comme une nation distincte, cela ouvre la porte à d’autres éventualités. Il en est ainsi avec les motions sur les religions, et quand les religions entrent en politique, c’est le bateau qui commence à prendre l’eau, et on n’a pas besoin d’un grand trou. On prétend qu’il n’y a pas lieu de s’alarmer sur le port de différents signes religieux, que ce soit le voile, le turban, kirpan ou autre, vu le nombre très peu élevé des membres de ces diverses religions. Certes, j’admets qu’il en est ainsi, maintenant, aujourd’hui, mais qu’en sera-t-il demain. La politique n’est-elle pas supposée être de « prévoir » ?
Si un petit nombre actuellement cause autant d’émoi et de craintes,quant on regarde ailleurs qu’au Québec et au Canada, qu’en sera-t-il avec les migrations massives incontrôlées d’ici quelques années.
C’est cette question que ne veulent pas se poser les puristes du multiculturalisme, cela les répugne et les constipe, et c’est ce qui les pousse obsessionnellement à faire adopter des lois bâillon contre ceux qui osent se poser des questions fondamentales. Parler de l’islamisme radical devient un péché ou même un crime au même titre que de parler de remettre en cause l’Holocauste. J’ai déjà eu une religion, je n’en veux pas d’autres.

Je suis d’accord avec votre note…..Quelqu’un a déjà écrit: Là où la religion avance, la raison et les droits reculent…. alors attention le Québec et le Canada.

Je pense Mme Hébert qu’ il n’ y a pas seulement les conservateurs qui sont mal à l’ aise avec le mot : ( islamophobie ) et pourquoi faire une motion alors que le problème n’ est pas l’ islamophobie ( la peur de l’ islam ) mais bien plutôt la peur des terroristes, des dihajistes, des fous d’ allah , de l’ état islamique , des fondamentalistes qui veulent détruire les mécréants !!!! Cette peur devrait portée le nom: d’ ISLAMISTOPHOBIE qui je pense serait mieux approprié ; ne pensez-vous pas ? Les libéraux en pensant peut-être bien faire les choses ont tout simplement mis de l’ huile sur le feu !

Exclusions internes et schizophrénie sociale

Je comprends mal le rapport entre, d’une part, la Motion 103 et d’autre part l’immigration en général amalgamée à l’accueil des réfugiés. Quand on parle de ‘discrimination fondée sur la religion et d’islamophobie’, il serait peut-être plus convenable de relier la Motion libérale à ce que Barbary Perry du TSAS appelle la montée de l’extrême droite au Canada (cf. L’Actualité, 13 février 2017) plutôt qu’à l’immigration dans son rapport aux frontières symboliques et pratiques selon de Trump. L’islamophobie, rattachée dans l’article au phénomène haineux, n’est pas d’abord un dossier socio-économique comme l’immigration ou humanitaire comme l’accueil des réfugié(e)s. Il y a des liens, bien entendu, mais dans l’article, on cherche en vain une explication soutenue au-delà du dénominateur commun appelé « l’effet Trump », à entendre comme synonyme de fermeture à l’altérité, de haine et de paranoïa systémiques, de droite conservatrice repliée et agressive, etc. On voit le message, mais des liens manquent.

Mon commentaire portera surtout sur la résistance à la Motion 103 que je vois surtout comme le symptôme d’une résistance plus vaste au multiculturalisme d’état selon Trudeau.

A) L’opposition conservatrice n’a pas demandé seulement que le mot ‘islamophobie’ soit retiré de la motion. Si j’ai bien compris, sa contre-motion demandait surtout que d’autres religions soient nommées explicitement. Car, en toute logique, si la Motion voulait parler de l’islamophobie seule en tant que problème grave, alors pourquoi parler de « la religion » en général en refusant d’y inclure les autres grandes pratiques ? D’autre part, si l’islamophobie était le seul but de la motion, pourquoi alors l’élargir indument en jouant sur les mots et ne pas plutôt de nommer qu’elle, comme dans certaines motions antérieures ? Cette confusion, voulue ou parce que la motion était mal ficelée, montre au minimum que celle-ci n’était pas transparente et c’est d’abord à cela que les gens (et pas seulement la Meute) ont réagi.

Sur cette question des discriminations religieuses, le Canada libéral semble d’ailleurs oublier que l’antisémitisme (sans compter la catholicophobie) est un problème réel en Occident, notamment en France où les critiques même les plus modérés n’hésitent pas à identifier l’islamisme comme une cause majeure de cette montée d’intolérance. Le Canada serait-il épargné ? Fin septembre 2016, Howie Silbiger, un jeune Juif étudiant à Concordia, a été fortement intimidé par deux personnes qui lui disaient (je cite) « d’enlever sa kippa et qu’il ne devrait pas en porter dans « une université arabe » » (cf. « Orthodox Jewish Student Told to Remove Kippah at Concordia University », par By Tevy Pilc, B’nai Brith Canada, 29 septembre 2016, nouvelle via la page FB ‘Bill 613.com’, 28 et 29 septembre 2017). La doctrine multiculturaliste aime bien donner Concordia en modèle de vivre-ensemble harmonieux, mais c’est faux. M. Silbiger a refusé de porter plainte, non par peur, mais pour ne pas envenimer la situation. D’autres, par contre, subissent les vexations imposées par la communauté islamique (notamment avec les prières tenues presque dans la cafeteria) et se taisent par peur. Par peur. Et par peur de cette pratique spécifique de l’Islam. Il serait temps que les journalistes se penchent sur ce problème pour tirer au clair ce qui doit l’être, tant par probité intellectuelle que par souci de construire une véritable harmonie sociale, laquelle suppose la confiance et la discussion des questions difficiles. Lors de la fausse alerte à la fausse bombe faussement attribuée à des groupes suprématistes blancs ‘conservateurs’, les autorités universitaires et gouvernementales n’ont pas hésité, dans un semblant d’état de panique, à attiser le feu en criant à l’islamophobie systémique du Québec en appelant aux barricades de la solidarité avec les musulmans. C’était totalement irresponsable et pourtant, quel journaliste d’élite s’en est inquiété ? Tout cela est curieusement arrivé la veille de la manifestation contre la M103, tenue le jour même de la Islamic Awareness Day.

B) Je reviens à la Motion. Il est vrai qu’une motion n’est pas un projet de loi, ni même nécessairement le premier pas vers un processus législatif, mais cela ne veut pas dire qu’il ne signifie rien ou qu’il constitue une prise de parole mineure. Sinon, à quoi bon le faire ? A quoi tenait l’insistance libérale quant à la formulation confuse de la motion ? Au nom de quel principe substituer l’identité musulmane à la canadienne en les opposant ainsi ? Au nom du primat de ‘La Religion’ ramenée à une seule ? Pourquoi insister sur une formulation bancale au point de refuser l’autre motion, conservatrice, sur laquelle toute l’opposition s’était pourtant ralliée ? Il faut donc en conclure que cette motion était un exercice majeur et, considérant les glissades sémantiques dont j’ai parlé plus haut, qui peut s’étonner que les citoyen(ne)s jetés ainsi en pleine confusion se sentent inquiets pour la suite ?

C) Un autre amalgame dénoncé a été celui établi entre islamophobie et racisme. Mmes Joly et Khalid et toute la garde rapprochée de Justin Trudeau solidarisées autours de la M103, se sont bien gardées d’expliquer la grille théorique en amont, celle du néo-racisme né du concept de différentialisme culturel, catégorisation qui amène l’élargissement de la notion de race à toute différences démographiques, incluant celle des genres. Encore une fois, on n’explique pas, mais on endoctrine en imposant des thèses et en forçant les mentalités et même les consciences à précéder un avenir préfabriqué. La réaction était prévisible : depuis quand une religion est-elle une race ? Si la culture post- du gouvernement Trudeau veut amener la théorie dans la pratique étatique à vitesse grand V, elle aurait intérêt à l’expliquer dans toute sa complexité et ses contradictions. Les gens ne se fâchent pas parce qu’ils sont islamophobes, mais parce qu’ils se sentent roulés dans la farine. Le sont-ils ?

D) La motion était également très glissante dans son refus de définir de quel Islam il était question. Il peut sembler inutile de rappeler encore la différence entre Islam politique (islamisme) et Islam strictement religieux, et pourtant cette distinction est impérative, car si les gens ont peur et rejettent le premier, c’est beaucoup plus rare pour le second (ne pas aimer ou ne pas choisir pour soi, ne signifie pas haïr et encore moins passer à l’acte). Car qui peut nier que les islamistes de différents degrés (car il y a plusieurs degrés) jouent volontairement et stratégiquement sur ce genre de confusion de manière à s’imposer, par tout un arsenal djihadiste non terroriste, dans le seul but d’éviter systématiquement les compromis qu’un véritable vivre-ensemble, sain et mutuel, suppose ?

Voici un exemple. Le voile islamique (et non musulman per se) ne pose pas de problème pour la majorité des citoyen(ne)s, tant qu’il demeure un attribut culturel ou cultuel – j’exclus ici le visage couvert par niqab ou burqa qui est une toute autre problématique. Le voile ne devient objet de conflit que s’il tente de s’imposer, par prosélytisme et surtout dans la fonction publique. Or la distinction entre vie civile et fonction publique n’est pas toujours bien établie. On a d’ailleurs vu cette confusion abusive lors d’un reportage-interview à RDI le 17 février dernier. M. Patrice Roy recevait M. Gérard Bouchard pour parler du refus de M. Couillard du consensus proposé par les partis d’opposition sur les signes religieux pour les trois fonctions à autorité coercitive. Pendant l’entrevue, qui ne touchait pourtant qu’une fonction publique très limitée, des images circulaient à l’arrière-plan montrant des gens revêtus de vêtements religieux (tchador, vêture hassidique, kirpans, etc.) et qui déambulaient dans la rue ou étaient regroupés pour des activités communautaires ou de culte (prière). Ces images de la vie civile n’avaient absolument rien à voir avec le sujet en débat sur la fonction publique, alors pourquoi créer une telle confusion de registres de manière quasi-subliminale, comme s’il était question d’interdire la liberté de vêture dans la vie civile ? Il n’a jamais été question de cela, tant avec la Charte des valeurs qu’avec la proposition refusée par M. Couillard. Ce genre de manœuvres médiatiques, quand elles sont vues et conscientisées par les gens, entretiennent évidemment la méfiance envers les médias et autres élites. A qui la faute ? Au musulman(e)s ? Aux non-musulman(e)s ? A monsieur et madame tout le monde ? Bien sûr que non.


C’est face à cela que les gens éprouvent de l’anxiété, à savoir d’être amenés graduellement à une imposition sociale de choix et de valeurs et, de là, à une censure véritable de la parole publique pour aboutir en finale à la suppression de la liberté d’expression démocratique par voie juridique. Une première censure existe déjà dans les académies et les médias, en particulier RDI, un état de fait qui est de moins en moins discutable et désormais, le risque est que cette censure sociologique prenne le chemin de la judiciarisation. Qui doute encore que l’islam politique hésite à se servir de ce que Mme Houda-Pépin et autres critiques de l’islamisme appellent le jihad juridique ? Il suffit d’aller voir ce qui se passe en France. Au Québec, Mme Djemilla Benhabib a été attaquée en justice par les Écoles musulmanes de Montréal. Elle a subi son procès (ruineux) dans un silence médiatique assourdissant et sa victoire récente, gagnée au nom de la liberté d’expression, a été à peine souligné par les grands médias d’élite. Il y a dix ans à peine, tous les journalistes libres se seraient battus pour cette liberté. Mais plus maintenant. Cela inquiète et pour cause. Récemment, des plaintes ont encore été portées contre elle, lesquelles ont amené à la fermeture temporaire de sa page FB, réouverte suite à une solidarisation massive par voie de pétition. Qui peut douter du but ? : Faites- la taire car elle sème des idées dangereuses dans la tête des gens. Mme Benhabib étant bien connue pour sa critique de l’Islam, n’est-il pas normal que les gens craignent la généralisation de cette censure ? Rappelons aussi le cas de Louise Mailloux.

En France, des érudits comme Pascal Bruckner ont aussi été traînés devant les tribunaux pour crime d’islamophobie, souvent par des ‘Collectifs contre l’islamophobie’, tels le CCIF (France) et le CCIB (Belgique) avec qui AmalQc collabore (cf. mai 2016, Paris) pour mousser la doctrine islamophobique, ce qui entretient nécessairement la méfiance mutuelle et nuit à l’intégration. Heureusement, comme dit le professeur Laurent Bouvet parlant de Bruckner et autres (je cite) : « Ce qui est réconfortant, c’est que la justice n’est pas dupe de la stratégie de ces gens. » (Figaro.fr, 19 janvier 2017 13:01). Imaginez : il parle de France où le concept de laïcité de l’état est inscrit dans la Constitution républicaine et protège en principe les citoyen(ne)s des abus faits au nom du religieux ! Ce n’est pas le cas au Canada où le principe multiculturaliste distingue hélas trop mal la culture proprement dite des religions et de leur diktat sur la vie publique et même politique, avec le risque de confondre une saine critique de l’islam avec le péché de blasphème, et de là au crime de haine contre l’Islam. De glissements en dérives sémantiques, la pente est glissante que jamais et c’est de / et pour cela que les gens ont peur. Pas de l’Islam, je répète, mais de l’islamisme et plus encore de l’islamisation, un processus lent qui a tout son temps – et qui dispose de capitaux quasi inépuisables. Faut-il rappeler Birmingham et l’étendue de la charia au Royaume-Uni, une factualité dont on refuse pourtant de parler ici ?

Personne ne nie et encore moins n’excuse le fait que Mme Khalid ait été atteinte dans son intégrité par la lettre haineuse qu’elle a reçue, tout comme personne ne peut nier que l’intolérance religieuse et raciale soit un problème dans certaines couches de la population canadienne, mais cela ne justifie pas qu’un peuple tout entier soit accusé d’islamisme systémique et qu’un gouvernement juste et équitable se porte à la défense d’une seule religion tout en parlant de discrimination religieuse en général. De telles polarisations et divisions en bons et méchants sont selon moi irresponsables, dans le contexte, et surtout venant d’un gouvernement en charge d’un pays complexe comme le Canada. De telles exclusions internes ne peuvent mener qu’à la schizophrénie sociale. Personne ne veut cela.

M. Trudeau a déclaré à Guy Lawson au New York Times le 8 décembre 2015 que son rêve était un état post-national. En lisant le sous-titre de l’article de Mme Hébert (qui n’est pas dans l’édition papier de l’Actualité d’avril 2017, p. 33), on peut se demander si tout ce qui se passe avec le PM ne vise pas essentiellement la construction de cette utopie. Quel est son véritable ‘plan’ dont il parlait sans développer lors de sa campagne électorale en 2015 ? Est-ce pour ce Canada post- sans restriction que le peuple canadien a élu les Libéraux en 2015 ou plutôt, en contexte de vote stratégique, pour se débarrasser de Stephen Harper ? Quand on voit la ‘réforme’ parlementaire que M. Trudeau veut amener ces jours-ci, il y a de quoi être encore plus inquiets. Dans une conjoncture plus large, je crois que la résistance canadienne à la Motion et ce qu’on généralise beaucoup trop vite sous le vocable d’islamophobie, porte sur ce que les gens voient et sentent de cette reconfiguration galopante de la non-identité canadienne. En ce sens, l’effet Trump ne serait qu’un symptôme d’une maladie canadienne beaucoup plus profonde.

Michèle Lévesque

Correction pour le commentaire ci-dessus (Michèle Lévesque
31 mars 2017, 12 h 42 min) :
L’année pour la référence à la page FB ‘Bill 613.com’ est 2016 (et non 2017).