Léo Bureau-Blouin: «Il faut amener les jeunes et leurs idées à l’Assemblée nationale»

Après avoir été sous les feux des projecteurs pendant le conflit étudiant, Léo Bureau-Blouin plonge en politique… dans Laval-des-Rapides. À 20 ans, l’ex-président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) devient ainsi le plus jeune candidat du Parti québécois.

Son ambition: redonner espoir à tous ceux qui se sont mobilisés durant le printemps québécois.

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Photo : Denis Beaumont

Après avoir été sous les feux des projecteurs pendant le conflit étudiant, Léo Bureau-Blouin plonge en politique… dans Laval-des-Rapides. À 20 ans, l’ex-président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) devient ainsi le plus jeune candidat du Parti québécois.

Son ambition: redonner espoir à tous ceux qui se sont mobilisés durant le printemps québécois.

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Qu’est-ce qui vous a poussé à faire le saut en politique ?

Je veux essayer de pousser plus loin les idées et valeurs portées par les citoyens qui ont manifesté ce printemps. Et au Québec, il  y a 200 000 jeunes de 18 à 24 ans qui ne sont pratiquement pas représentés à l’Assemblée Nationale. Il serait intéressant d’amener des jeunes, des idées nouvelles. Nous sommes à une période importante de notre histoire. Je suis inquiet de l’impact que pourrait avoir la réélection du Parti libéral, qui sème la désillusion et le désintérêt envers la politique.

Pourquoi avoir choisi le Parti québécois ?

Parce que ses valeurs me rejoignent. C’est un parti qui veut mettre de l’avant un Québec qui prend sa place sur la scène internationale, se préoccupe de son environnement et prend soin des personnes plus vulnérables – que ce soit à travers un système d’éducation accessible ou un meilleur système de santé.

Que connaissez-vous de Laval-des-Rapides, la circonscription où vous vous présentez ?

C’est une circonscription que j’ai souvent visitée dans le cadre de mes fonctions à la FECQ – avec le Collège Montmorency. Mais la raison pour laquelle je m’y présente c’est que le candidat Marc Demers, qui y était investi, m’a proposé de prendre sa place. Même s’il ne sera pas candidat officiel, nous allons faire campagne ensemble ; une belle démonstration de solidarité intergénérationnelle. C’est aussi un comté où il y a de nombreux défis à relever, à l’image de ceux qui attendent le Québec : intégration des immigrants, amélioration des transports entre la rive nord et Montréal, développement du transport en commun…

Comment se sent-on  quand on est «parachuté» dans une circonscription qui n’est pas celle où l’on a grandi ?

C’est en effet une circonscription où j’ai beaucoup à apprendre, c’est un défi important ; j’en suis conscient. Mais c’est aussi une circonscription dont la réalité est semblable à celle que j’ai vécue en étant élevé dans le grand Montréal. 

Quel sera votre principal objectif si vous êtes élu député ?

Redonner aux gens confiance envers la chose publique, envers leur démocratie. J’ai l’intention d’annoncer un certain nombre d’initiatives pour créer des ponts entre le député et ses concitoyens, en visant notamment les réseaux sociaux, pour récolter leurs besoins de manière plus efficace.

Les élections peuvent-elles régler la crise étudiante ?

Le système électoral est imparfait, mais les élections restent le moment le plus fort dans un système démocratique. J’ai confiance dans les élections et je pense qu’on est mûrs pour un changement de gouvernement. Le gouvernement de Jean Charest a une vision comptable des choses, une vision à courtes vues, sans grand projet collectif.

Le Plan Nord est un projet, non ?

Oui, mais même là, c’est comme le déficit zéro: c’est bien, mais ce n’est pas un projet enthousiasmant…

Le parti Québécois en propose-t-il un ?

Il propose plusieurs grands chantiers pour permettre aux  gens d’être fiers du Québec dans lequel ils vivent. En commençant par restaurer la confiance du public envers la démocratie, en améliorant les normes éthiques. Et de manière plus large, il y a de beaux défis pour le Québec: éducation, santé, ressources naturelles… On est maître de notre destinée, mais avons-nous le courage de nous donner les moyens de nos ambitions, d’aller chercher les leviers qui nous manquent? Au Québec, on a encore peur de faire fuir les grandes entreprises, peur que la protection de l’environnement soit un obstacle au développement économique… Mais il faut prendre des risques en tant que société.

Est-ce votre manifeste pour la souveraineté?

[Rire] Je suis en faveur d’une souveraineté plus grande. Faire en sorte que le Québec devienne un pays c’est un projet en soi ! Mais ce que je voulais dire c’est que parfois, on a peur d’augmenter les redevances sur les ressources naturelles, de réexaminer la fiscalité des entreprises… On dirait que le gouvernement n’a pas le courage de toucher à ces choses-là et qu’il se tourne toujours vers les contribuables, vers les étudiants, pour puiser davantage d’argent. Il faut trouver des manières intelligentes d’aller chercher des sous pour garantir des services publics aussi bons, et même meilleurs, aux générations futures, tout ça, dans un contexte de diminution de la population active.

Le Parti québécois propose de rétablir le gel des droits de scolarité jusqu’à la tenue d’un sommet sur l’enseignement supérieur… Êtes-vous d’accord ?

Le gel des droits de scolarité est un compromis qui permet aux générations futures de payer leurs études moins cher. Faut-il en trouver un autre ? Il existe toutes sortes de modes de contribution possibles. Ce serait bien d’y réfléchir et d’en discuter une bonne fois pour toutes. Et de trouver une manière de faire participer la population à la décision.

On a vu Pauline Marois porter le carré rouge durant le conflit étudiant puis plus du tout. La population ne sait plus très bien quelle est sa position à ce sujet…

Justement ma candidature vise à démontrer que le parti n’a pas laissé tomber les étudiants. Les convictions que j’ai défendues en tant que représentant étudiant vont toujours m’animer si j’ai la chance d’être élu. Je voudrais que tous ceux qui se sont mobilisés durant le printemps québécois aient le sentiment que cette mobilisation n’aura pas été vaine. Que les valeurs qu’ils ont portées soient représentées dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Que l’espoir d’une partie de la population peut se transformer en législation.

Êtes-vous en faveur de la gratuité scolaire de la maternelle à l’université ?

La question qu’il faut se poser est: l’éducation est-elle une responsabilité collective ou individuelle ? Je suis d’avis qu’elle est une responsabilité collective. On aurait les moyens de rendre l’éducation gratuite et ça pourrait être un projet à long terme. Mais il faut d’abord trouver un bon système de soutien financier des prêts et bourses. L’augmentation des droits de scolarité proposée par les libéraux est trop importante. L’étudiant fera sa juste part, mais une fois sur le marché du travail, grâce à ses impôts.

Porterez-vous le carré rouge durant la campagne électorale ?

Les différents candidats du PQ se sont entendus pour ne pas porter d’insigne. L’objectif  étant de démontrer qu’on peut représenter tous les Québécois. Mais je vais rester tout aussi opposé à l’augmentation des droits de scolarité.  L’idée c’est que la campagne ne tourne pas autour du carré rouge…

Vous avez été accepté en droit à l’Université de Montréal, qu’en est-il maintenant de ce projet ?

J’ai eu des discussions avec le PQ pour trouver une manière de poursuivre certains cours à l’université. Certains conjuguent la médecine à temps partiel avec le travail de député alors je pense être capable de suivre des études à temps partiel. Pour moi c’est important de continuer mes études même si ça prendra un peu plus de temps que prévu.

Quels sont les trois enjeux les plus importants pour la jeunesse québécoise ?

Le principal, c’est l’éducation. Avec huit millions d’habitants, c’est l’éducation – nos cerveaux, pas nos biceps ! – qui va permettre au Québec de rester compétitifs par rapport aux États-Unis, à l’Inde, au Brésil. Chaque jeune qui va à l’école est important. À plus long terme, il y a les retraites et, bien sûr, l’équité intergénérationnelle, que ce soit sur la question environnementale ou sur celle des finances publiques. Actuellement, on a une génération qui en écrase une autre: le gouvernement, appuyé par une part importante de la population, veut presser les plus jeunes comme des citrons. Ça crée une frustration qui dresse les générations les unes contre les autres.

Selon le gouvernement libéral, les études universitaires sont plus accessibles que jamais au Québec, notamment avec la récente bonification du programme de prêts et bourses, qui était déjà le plus généreux au Canada…

Elles sont plus accessibles parce qu’il y a des gens qui ont fait la grève! Ça prouve que l’action collective peut permettre des avancées. La bonification du programme des prêts et bourses est une bonne chose, car les étudiants de la classe moyenne faible seront plus nombreux à y avoir accès.

Aurait-il fallu s’arrêter là dans les négociations ?

Non, car cette bonification ne sera pas suffisante. Le gouvernement a souvent présenté le programme des prêts et bourses comme une solution à tout. Je pense qu’il faut trouver un équilibre entre ce programme et des droits de scolarité faibles. Ce sont deux éléments complémentaires. Or, au Québec, on a atteint un niveau limite: si on continue d’augmenter les droits de scolarité on va nuire à l’accessibilité.

Le conflit étudiant a pris une ampleur imprévue. Avec le recul, quel bilan faites-vous ?

Ce mouvement a prouvé que les jeunes sont capables de se tenir debout. En ce sens, les étudiants ont gagné: ils ont montré aux partis politiques qu’ils ne devaient plus les ignorer malgré leur faible poids démographique.

Comment entrevoyez-vous la rentrée ?

Je suis très inquiet. Si rentrée il y a, comment se passera-t-elle? La tension, la reprise des cours en accéléré après une longue coupure, la qualité de l’enseignement… personne ne connaît les répercussions que tout cela aura sur les étudiants.

Si vous pouviez revenir en arrière, que feriez-vous différemment ?

Je convaincrais les étudiants de s’ouvrir au compromis plus rapidement. En novembre 2011, j’avais présenté à notre congrès l’idée de réduire les crédits d’impôts sur les frais  de scolarité – dans le but de transférer ces sommes au programme de prêts et bourses – et même d’éviter la hausse des droits de scolarité. Une avenue qui permettait aussi bien au gouvernement qu’aux étudiants de trouver une solution gagnant-gagnant. Mais ma proposition, considérée comme un recul trop important, avait été rejetée. Et m’avait valu beaucoup de critiques de la part de la CLASSE. Or, en mai, cette question est revenue et là, toutes les associations étudiantes étaient d’accord, comprenant que c’était un compromis acceptable, bien qu’imparfait.

À quel moment, Gabriel Nadeau-Dubois, le porte-parole de la CLASSE, vous a-t-il mis le plus en maudit ?

À plusieurs reprises! [Rire] La relation avec la CLASSE n’est pas facile, c’est un secret de polichinelle. On a fait des efforts importants pour travailler ensemble mais l’épisode de la condamnation, ou pas, de la violence lors des manifestations a été particulièrement pénible. Je savais que, dans ce cas-là ce n’était pas sa faute à lui, mais à un moment tu te dis: «Bon, là, y vas-tu le dire, s’tie?» [Rire] Je pense que tout le monde s’est dit ça au moins une fois dans son salon.

En voulez-vous à la CLASSE de l’échec des négociations ?

C’est sûr que la CLASSE aurait pu se montrer plus ouverte à la discussion. Si on veut régler une crise, il faut accepter une certaine flexibilité, ne pas se mettre des barrières idéologiques. Mais l’échec du conflit est une responsabilité partagée. Le gouvernement a mal joué dans tout ça et a laissé traîner les choses. Les gens se sont retrouvés campés sur leurs positions et c’est devenu un choc des valeurs.

Le premier ministre Jean Charest  mise sur la loi et l’ordre, en s’appuyant sur la «majorité silencieuse»…

Le bilan du gouvernement libéral est là, et je fais confiance à l’intelligence des citoyens pour faire les bons choix. Je trouve étrange que des gouvernants se cachent derrière la majorité silencieuse. Comme s’ils se cachaient derrière une force occulte que personne ne connaît, que personne n’a jamais vue, mais qui justifie tout et n’importe quoi. Si tu es silencieux, si tu ne me fais pas part de tes préoccupations, je ne peux pas les prendre en compte. Les manifestations, les lettres dans les journaux, permettent aux citoyens de passer du mode silencieux au mode actif.

Si le mouvement étudiant se poursuit et que les manifs reprennent, cela risque de faire le jeu du gouvernement en place…

Les étudiants devraient envisager une trêve électorale. Il faut trouver une manière d’être visibles, mais de façon plus paisible, sans tomber dans le panneau gouvernemental et lui donner les munitions dont il a besoin. Et il faut encourager les étudiants à aller voter !

Après les grandes manifs étudiantes de 2005, les jeunes électeurs n’ont pas été plus nombreux: 41 % des 18-24 ans ont voté en 2008. Pourquoi serait-ce différent cette fois-ci ?

Ce conflit a marqué l’imaginaire des étudiants et provoqué une prise de conscience chez eux. Je le vois autour de moi: jusqu’à tout récemment, beaucoup de jeunes ignoraient le nom des ministres, le fonctionnement de la politique. Aujourd’hui, ils suivent l’actualité et comprennent l’importance d’aller voter. Si on pouvait inciter 100 000 jeunes de plus à voter, ça pourrait bouleverser la donne dans beaucoup de circonscriptions.

À quel âge les jeunes Canadiens devraient-ils pouvoir voter ?

Le vote à 16 ans pourrait être une façon de rééquilibrer l’électorat, dont les jeunes constituent une portion peu importante. Leur donner deux ans de plus permettrait aussi de créer une habituation plus tôt. Des pays ont choisi d’accorder le droit de vote plus tôt, ce qui est une marque de respect et de confiance. Au Québec, certains estiment qu’on n’est pas assez mûr pour voter à 16 ans. Pourtant, à cet âge-là, on est considéré comme responsable sur beaucoup de plans, ne serait-ce que pour conduire une voiture.

À quel âge les Canadiens devraient-ils pouvoir toucher leur pension de l’État ?

Bonne question! [Rire] Ce qui m’a le plus fâché dans la façon dont le gouvernement Harper a géré la hausse de l’âge de retraite, qui passera de 65 à 67 ans, c’est qu’il a exclu de cette mesure les personnes nées avant 1958. Pourquoi? Parce que la manne électorale se situe là: chez les baby-boomers. Ça donne l’impression que c’est toujours la même génération qui rafle tout.

 

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