L’escouade anticorruption de Montréal, suite et fin

Les ministres de la Sécurité publique et de la Métropole, de même que le maire de Montréal, ont annoncé la mort de l’Escouade pour la protection de l’intégrité municipale (EPIM), qui sera «intégrée» à l’Unité permanente anticorruption (UPAC).

L’EPIM «intégrée» à l’UPAC. C’est la meilleure. Assimilation ou disparition seraient des termes plus appropriés pour qualifier la nouvelle du jour dans le monde policier.

Le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, le ministre de la Métropole, Jean-François Lisée, et le maire de Montréal, Denis Coderre, ont annoncé — le plus délicatement possible — la mort de l’Escouade pour la protection de l’intégrité municipale (EPIM), une création bancale de l’ex-maire Michael Applebaum.

Les membres de l’EPIM (15 enquêteurs de la police de Montréal et cinq civils) seront expédiés à l’Unité permanente anticorruption (UPAC), mais leurs salaires seront toujours payés par les contribuables montréalais. Dans le jargon, on appelle ça un prêt de service.

Les escouades régionales mixtes (ERM) fonctionnent de la même manière. Au sein des ERM, les policiers provinciaux, fédéraux et municipaux mettent leur expertise en commun, mais c’est la Sûreté du Québec (SQ) qui mène le bal.

Dans le cas de l’EPIM, ses membres seront désormais soumis à l’autorité du commissaire à la lutte contre la corruption, Robert Lafrenière. L’UPAC n’appréciait guère la création de l’EPIM, car son mandat fourre-tout empiétait sur le sien.

L’escouade a été lancée en moins d’une semaine, en janvier dernier, à la suite d’une commande politique de Michel Applebaum. Le ministre Bergeron n’avait même pas été informé de ses intentions, un geste plutôt cavalier.

La manœuvre de diversion a bien mal servi l’ex-maire Applebaum. Il a été accusé de fraude pour des transactions immobilières douteuses dans son arrondissement, et «son» escouade n’a guère produit de résultats.

Dotée d’un budget de trois millions, l’EPIM disposait d’un mandat beaucoup trop vaste. Elle devait enquêter dans une «approche préventive» sur tous les types de contrats à Montréal, les élus, les fonctionnaires, les fournisseurs de services et les sociétés paramunicipales. Les membres de l’EPIM étaient même autorisés à inspecter les chantiers de construction.

Les dédoublements de mandats avec l’UPAC sautaient aux yeux de quiconque connaît un tant soit peu le monde policier. Et c’est sans parler des dédoublements à l’interne, puisque le Contrôleur général et le Vérificateur général travaillaient aussi sur les dossiers de la corruption et de la collusion. La Commission de la construction du Québec (CCQ) aussi, tant qu’à en parler.

La disparition de l’EPIM redonne à l’UPAC, en collaboration avec la SQ, le plein monopole des enquêtes sur la corruption de fonctionnaires municipaux, tel que le stipule la Loi sur la police. Et elle permet à Denis Coderre d’entretenir quelques espoirs sur la création d’un poste d’inspecteur général.

Avec une structure en moins, il est plus facile de justifier la création d’une nouvelle structure. Reste à voir si le mandat de l’inspecteur sera plus réaliste que celui de l’EPIM.

 

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