Austérité : le Québec à l’ère du «Pas moi, pas moi, pas moi !»

S’il y a une révolte sociale à venir, elle commence visiblement par une série de manifestations où une seule personne brandit sa pancarte «À bas les autres!».

Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne
Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne

PolitiqueLe 5 mars 2014, Pauline Marois (vous vous souvenez d’elle ?) déclenchait les élections. Le même jour, Philippe Couillard déclarait qu’il «détestait» ce gouvernement du PQ «qui divise».

Six mois plus tard, le gouvernement Couillard a mis fin à la division de la population québécoise grâce un programme rassembleur : nous laisser nous battre entre nous pour décider qui mérite le plus d’être victime des compressions budgétaires.

Si vous rêviez encore d’un projet de société emballant, prenez note que celui-ci a été déballé et le restera jusqu’à ce qu’on ait à nouveau les moyens d’acheter du papier. En lieu et place, nous voilà désormais tous unis vers un seul grand objectif, soit celui de réclamer qu’on augmente les tarifs et qu’on coupe les services… de la personne à côté. Parce que nous, franchement, on a assez donné.

Les Québécois sont aujourd’hui tel le public d’un magicien lorsque celui-ci annonce qu’il va lui falloir un assistant pour le prochain tour. Tout le monde s’enfonce dans son siège et pense très fort «Pas moi, pas moi, pas moi !».

Françoise David a récemment dit qu’elle sentait venir une «révolte sociale» qui forcera Couillard à «écouter» la population. Visiblement, madame David ne fréquente pas les commentaires laissés sur le site de la révision des programmes.

On y pointe du doigt tout le monde autour, de l’assisté social qui mange du foie gras sur le bras des vaillants travailleurs à la secrétaire de commission scolaire qui ose prendre un deuxième paquet de Post-it, en passant par quiconque ose avoir une meilleure retraite que la nôtre.

S’il y a une révolte sociale à venir, elle commence visiblement par une série de manifestations dans lesquelles une seule personne brandit sa pancarte «À bas les autres !».

Dans les semaines à venir, nous aurons à faire des choix réjouissants tels que :

— Est-ce qu’on préfère que tous les enfants puissent déjeuner le matin, où qu’ils puissent faire leurs devoirs le soir ? (Réponse : peu importe, tant qu’ils peuvent apprendre sur un tableau blanc électronique.)

— Peut-on vraiment parler sans cesse de l’importance de l’éducation supérieure ET ajouter 42 millions de compressions aux 130 millions qu’on leur demande déjà depuis deux ans ? (Réponse : «Nous vivons une période difficile, il va falloir faire des efforts.»)

— Combien d’emplois ça vaut, des bélugas ? (Réponse : Quelqu’un a dit pétrole ? Approuvé !)

— Plutôt que d’augmenter les tarifs et les taxes de façon régressive, ne devrait-on pas utiliser l’impôt, un système qui tient compte de la capacité de payer du citoyen ? (Réponse : l’impôt, c’est comme la température en hiver : ça ne peut que descendre.)

L’automne et l’hiver à venir seront donc faits de coupures et de hausses. Celles-ci seront à chaque fois décriées par ceux qui en subiront les conséquences, minimisées par ceux qui trouvent que c’est bien mérité, et résumées d’un bienveillant «Tout le monde doit faire sa part» par le premier ministre.

Avez-vous hâte ?

* * *

À propos de Mathieu Charlebois

Ex-journaliste Web et ex-chroniqueur musique à L’actualité, Mathieu Charlebois blogue sur la politique avec un regard humoristique depuis 2014. Il a aussi participé à de nombreux projets radio, dont Bande à part (à Radio-Canada) et Dans le champ lexical (à CIBL). On peut l’entendre régulièrement à La soirée est encore jeune, et le suivre sur Twitter : @OursMathieu

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3 commentaires
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Pis les bélugas, s’il sont pas contents, ben qu’ils retournent dans leur pays!

C’est carrément grotesque un béluga; c’est comme un gros ver blanc hydrocéphale ou un dumpling avec des nagieoire; ou une maquette de mammifère marin laissé en plan par son concepteur avant les retouches finales. Toujours à se plaindre que le Saint-Laurent les rend malades, il seraient clairement plus heureux ailleurs. Si au moins ils mangeaient des phoques comme les virils épaulards (à la finition nettement plus réussie de surcroît); en fait je ne sais pas ce qu’ils mangent, mais je ne serais pas étonné qu’ils soient végétariens et allergiques au gluten. Je n’aime pas beaucoup les bélugas ni ceux qui font semblant de les aimer; ils me rappellent trop un dessert arménien à l’eau de rose que la mère de mon ex lui préparait, et qui ressemblait à une reine termite en plus de goûter le vapo déodorant de salle de bain.

Ça me fait penser à l’adage que j’ai récemment lu: tous sont pour le changement à condition que ça ne change rien dans leurs petites habitudes…