Les ambivalences électorales des Québécois

Les vieilles racines normandes des Québécois s’observent plus que jamais en politique. Un petit peu de ceci, pas trop de cela, fais ça vite mais prends ton temps, ni oui ni non. Un pragmatisme mis en lumière dans un récent sondage.

Guzhanin / Getty Images / montage : L’actualité

Un peu partout en Occident, notamment dans les provinces canadiennes, une forme de réalignement politique est en cours. Le Québec n’y échappe pas, alors qu’il s’éloigne de la ligne de fracture fédéraliste/souverainiste. Entre autres, les tendances sont plus nombreuses qu’autrefois, et c’est ce que nous a rappelé la victoire éclatante de Québec solidaire (QS) à l’élection partielle dans Saint-Henri–Sainte-Anne.

Ainsi, la popularité de la Coalition Avenir Québec (CAQ) ces dernières années n’a pas poussé le Québec vers le monopartisme. La CAQ domine le portrait politique québécois depuis son arrivée au pouvoir en 2018, mais avec des appuis autour de 40 % à l’échelle du Québec, c’est loin d’être une hégémonie, comme ç’a déjà été le cas en Alberta. De 1971 à 2015, l’Association progressiste-conservatrice albertaine a remporté 12 (!) élections générales consécutives (dont plusieurs par des marges écrasantes).

Certes, le Parti libéral du Québec (PLQ) est toujours l’opposition officielle à Québec et le Parti québécois (PQ) semble vouloir renaître de ses cendres en se retournant plus que jamais vers son article 1 (les données du dernier sondage québécois de la maison Léger laissent croire que c’est une stratégie qui pourrait porter des fruits). Reste que la politique québécoise se joue maintenant sur plusieurs axes, tous interconnectés, pouvant donner du fil à retordre aux stratèges électoraux qui essaient de comprendre l’humeur de l’électorat.

À cet égard, le plus récent coup de sonde la maison Léger, rendu public la semaine dernière, est riche en détails de nos divergences et contradictions bien québécoises.

La CAQ est toujours une coalition

La CAQ demeure depuis maintenant cinq ans la force politique dominante au Québec. Dans le dernier sondage Léger, le parti au pouvoir récoltait 40 % des intentions de vote, soit 22 points devant son plus proche rival (le PQ, avec 18 %).

Bien qu’il ne s’agisse même pas d’une majorité absolue, aucun parti fédéral ne peut se vanter d’obtenir un tel appui des Québécois, ni de bénéficier d’une aussi grande avance sur ses adversaires (le dernier Léger accordait une avance de deux points aux libéraux de Justin Trudeau sur les bloquistes d’Yves-François Blanchet — 33 % contre 31 %).

Quiconque est actif en politique fédérale ne peut ignorer cet électorat important. Sauf que la CAQ ne s’appelle pas Coalition Avenir Québec pour rien, c’est un électorat arc-en-ciel : parmi les électeurs caquistes, le Parti libéral du Canada (PLC, 39 %) et le Bloc québécois (BQ, 37 %) sont à égalité statistique en tête des intentions de vote. L’électorat de François Legault est ainsi divisé entre deux partis résolument rivaux et diamétralement opposés au fédéral.

Chez QS, la gauche avant la souveraineté

Gabriel Nadeau-Dubois a beau insister sur l’identité indépendantiste de son parti chaque fois qu’elle est contestée, au niveau fédéral, c’est le Nouveau Parti démocratique — et nul besoin de photo-finish, comme diraient les Français — qui obtient la faveur des solidaires. Une formation résolument à l’opposé des nationalistes québécois. Même en considérant l’incertitude importante du sous-échantillon du sondage, le NPD est dominant avec 45 % des appuis. Le Bloc (21 %) et le PLC (20 %) sont à égalité en deuxième place, loin derrière.

Ce n’est pas un secret que les instances du Bloc québécois et de Québec solidaire ont peu d’atomes crochus, mis à part leurs positions officielles sur la question nationale du Québec. Néanmoins, il demeure étonnant de constater que, selon le sondage Léger, à peine un électeur solidaire sur cinq soutient le Bloc. Comme nous l’avons observé avec les données sur l’appui à la souveraineté la semaine dernière (la moitié des électeurs solidaires voteraient contre la souveraineté), QS est peut-être officiellement un parti souverainiste, mais ses électeurs n’en font certainement pas une priorité.

Libéraux et péquistes toujours bien campés

Sans surprise, les électeurs du PLQ soutiennent le PLC (73 %) et les électeurs du PQ appuient le Bloc québécois (71 %) dans des proportions similaires.

Il demeure néanmoins particulier de constater que, selon ces chiffres, il y aurait plus d’électeurs libéraux au niveau fédéral chez les caquistes que chez les libéraux provinciaux ! Étrange ? Oui, mais il y aurait aussi plus d’électeurs bloquistes à la CAQ qu’au PQ.

Les électeurs d’Éric Duhaime appuient Pierre Poilievre

Évidemment, nous devons toujours faire preuve de prudence avec les petits sous-échantillons de sondages, car leur incertitude (ou marge d’erreur) est considérablement plus importante — d’où l’emploi du terme « égalité statistique » — lorsque deux partis ne sont qu’à quelques points d’écart.

Je souligne ce point, car l’échantillon des électeurs du Parti conservateur d’Éric Duhaime (PCQ) n’est que de 93 répondants. À première vue, un tel échantillon est généralement inutilisable... sauf quand les chiffres penchent tellement d’un même côté que, même en considérant l’importante incertitude du sous-échantillon, nous pouvons — prudemment — tirer des conclusions.

Et ces conclusions sont que les électeurs d’Éric Duhaime appuient massivement (72 %) Pierre Poilievre et le PCC.

Des observateurs auraient pu penser que le style et le message de Maxime Bernier auraient résonné davantage auprès des électeurs d'Éric Duhaime. Toutefois, les chiffres nous montrent que le Parti populaire de Maxime Bernier ne va nulle part au Québec (seulement 2 % des appuis dans la province), alors les électeurs « anti-système » et campés à droite sur l’échiquier politique semblent avoir jeté leur dévolu sur Pierre Poilievre.

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