Les baguettes magiques budgétaires

Il est facile de promettre mer et monde quand les prévisions de revenus reposent sur des estimations de croissance économique parfois fantaisistes.

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Dans leurs cadres financiers déposés lors de la campagne précédente, en 2018, libéraux et caquistes avaient volontairement surestimé les prévisions de croissance économique pour justifier le financement de leurs promesses électorales. Comme si leur seule arrivée au pouvoir allait stimuler le PIB.

Dans les faits, la croissance du PIB a bel et bien dépassé les attentes (2,9 % au lieu de 2,1 %] en 2018, et de 2,8 % au lieu de 1,7 % en 2019) avant que la pandémie frappe en 2020. Mais le recul de 2020 (- 5,5 %) a été compensé en 2021 (5,6 %).

On le voit, les perspectives restent hautement volatiles. Les prévisions de croissance de 2022 (3,4 %), 2023 (1,7 %), puis des trois années suivantes (1,5 % par année) dans le Rapport préélectoral sur l’état des finances publiques reposent sur des analyses pour le moins prudentes, mais elles ont le mérite de fournir un cadre égal à toutes les formations politiques.

Quatre des cinq partis ont maintenant déposé leur cadre financier. Tous reprennent les avertissements de la vérificatrice générale dans le Rapport concernant les risques liés à la persistance de l’inflation, la guerre en Ukraine et un regain de la pandémie.

Répétons-le : les cadres financiers, qui détaillent comment les promesses de campagne seront financées, sont avant tout des documents politiques, qui abusent souvent des mots « prudent » et « responsable ».

Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne doivent pas être cohérents. Il est par exemple étonnant d’entendre François Legault pourfendre les cadres libéraux et solidaires parce qu’ils sont écrits à l’encre rouge, alors qu’il a fait de même tout en embellissant les prévisions économiques.

Pour ces élections, les caquistes remettent cela en effet en prévoyant que la croissance sera supérieure d’un demi-point de pourcentage aux prévisions en fin de mandat, ce qui rapporterait 3 milliards de dollars de plus à l’État. Il est évidemment plus facile de boucler le cadre financier, mais c’est faire fi des risques bien réels d’une récession mondiale.

La surprise, c’est justement que le Parti libéral et la Coalition Avenir Québec puisent dans les déficits (et les versements au Fonds des générations dans le dernier cas) pour financer leurs promesses de baisses d’impôt. Le PLQ ajouterait 25 milliards en déficits accumulés pendant son mandat, la CAQ, 8,2 milliards.

Non seulement ils brisent une marque de commerce, mais dans le cas des libéraux, supprimer la réserve pour imprévus pour les deux dernières années de mandat est plus qu’étonnant, compte tenu des risques évoqués dans le cadre financier.

Seuls Québec solidaire et le Parti québécois prévoient l’équilibre budgétaire. Mais c’est surtout parce qu’ils comptent sur de nouveaux revenus à court terme qui relèvent davantage de l’espoir que de réelles possibilités.

Par exemple, pour le PQ, l’espoir qu’une taxe sur les « surprofits » de la pandémie rapporte 1 milliard dès la première année, que les GAFAM paient plus de 300 millions chaque année sans rechigner, ou que la fin de l’incorporation des médecins se fasse sans heurt et permette de retrouver plus de 200 millions par année tient d’une autre sorte de pensée magique.

Idem chez Québec solidaire, où on suppose également que les 14,1 milliards sur quatre ans puisés dans les poches des particuliers les plus riches et les 12,3 milliards de taxes pour les grandes entreprises ne souffriront pas de stratégies d’évitement fiscal.

La réalité après les élections

N’empêche, au-delà des idéaux, la réalité économique est plus bête. Pour un État comme le Québec, qui ne possède pas tous les leviers économiques pour agir, il faut reconnaître que l’exercice est difficile en cette époque, et qu’il le sera encore davantage si la récession se pointe l’an prochain.

Dans ce cas, la parfaite approche keynésienne dicterait de s’endetter pour relancer l’économie. Sauf que nous serions dans une situation inédite de l’histoire, avec un ralentissement doublé d’une inflation qui galope et un quasi-plein emploi.

Investir dans l’économie pour juguler la récession engendrerait plus d’inflation, alors que créer de l’emploi serait superflu quand les besoins actuels ne sont pas comblés et que le choc démographique n’est pas terminé — il y a toujours plus de travailleurs qui quittent le marché que de gens qui y arrivent.

Que propose-t-on pour combattre l’inflation ? Donner de l’argent aux citoyens… ce qui contribue encore à l’inflation en augmentant une demande déjà trop forte pour l’offre.

Pas simple.

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J’espère que vous publierez cet article dans le journal afin que plusieurs personnes puissent le lire et réfléchir!
Les élus devraient voir aussi cette réflexion si intelligente.
Continuez votre travail si important!

Lyse Beaudry

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C’est un peu ça qui me tarabuste. Les politiciens veulent acheter nos votes en promettant des baisses de taxes et d’impôts puis, du même souffle, ils veulent dépenser plus… avec MON argent! Heille, là, on n’est pas des caves. On sait bien qu’on ne peut à la fois baisser taxes et impôts et dépenser plus sans que la caisse finisse par nous péter dans la figure ou dans celle de nos enfants et petits-enfants.

Ne pourrait-on pas avoir une discussion civilisée, pas nécessairement intellectuelle (on sait que les politiciens ont horreur des intellectuels) mais raisonnable sur une gestion saine des fonds publics, c’est-à-dire de l’argent des contribuables, de notre argent?

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Quelle tragédie de ne pas avoir des politiciens et politiciennes plus honnêtes avec le peuple. Quelle folie de toujours faire miroiter plus d’argent dans les poches. Faisons-nous ainsi des politiques qui servent les intérêts du bien commun en fonction des valeurs de la populatIon? Difficile confiance envers les gouvernements….

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