Les bonnes raisons de voter

Certains menacent de s’abstenir. D’autres, d’annuler leur vote. Ou d’opter pour un tiers parti. Mais voter par dépit tient du suicide en politique.

Stéphane Dion en a certainement surpris beaucoup en suggérant aux Québécois qui ne voudraient pas voter pour Jean Charest de favoriser un candidat de l’Action démocratique ou du Parti vert. Venant du chef du Parti libéral du Canada, cela avait de quoi déconcerter, en effet. Soyons charitable: Stéphane Dion voulait seulement dire de ne pas voter pour le Parti québécois, en aucune circonstance.

Il n’en demeure pas moins que l’élection qui se déroule en ce moment au Québec est en voie de se transformer en vague de protestation contre les deux grands partis, PLQ et PQ, qui sont les seuls capables de former un gouvernement. Selon les sondages de CROP ou de Léger Marketing, ces deux partis ne recueillent que 70% des intentions de vote. C’est dire qu’au moins un quart des électeurs ne sont pas désireux de voter pour un gouvernement libéral ou péquiste. Ces électeurs s’ajoutent à l’autre quart de citoyens inscrits sur les listes électorales, mais qui n’iront pas voter le 26 mars prochain.

En 2003, par exemple, seulement 70,4% des électeurs inscrits ont voté. C’était le plus faible taux de participation depuis 1927. On pourrait même passer sous la barre des 70% cette année, car la participation n’est forte que lors d’élections déterminantes, comme ce fut le cas en 1960 (Jean Lesage), 1970 (Robert Bourassa) et 1976 (René Lévesque), où les taux dépassaient les 80%.

Remarquez qu’il n’y a rien de mal à voter pour l’Action démocratique, Québec solidaire ou les verts. Bon nombre de Québécois le font même par conviction. Un vote pour les candidats de l’un ou l’autre de ces trois partis — mais surtout de l’Action démocratique — a des chances de devenir «utile». En 2003, avec 18% des suffrages exprimés, l’ADQ ne faisait élire que cinq députés et ne pouvait même pas prétendre à la reconnaissance officielle. Cette année, avec des intentions de vote de 20% à 25%, on dit que le parti est entré dans «la zone payante», celle où il pourrait faire élire deux dizaines de députés au moins. Quant à Québec solidaire et au Parti vert du Québec, ils peuvent espérer sortir de la marginalité. Il y a quatre ans, l’Union des forces progressistes (UFP), ancêtre de Québec solidaire, arrivait en quatrième position, avec… 1,06% des suffrages. Et le Parti vert, avec 0,44% des suffrages, se classait derrière… le Bloc Pot!

Justement, le Bloc Pot est le modèle du parti inutile — sa seule revendication étant la légalisation de la marijuana — qui sert de refuge à ceux qui trouvent qu’annuler son vote (il suffit de griffonner quelque chose sur le bulletin) manque de panache. Il est tellement cool de se vanter, le lendemain d’un jour de scrutin, d’avoir voté pour le candidat du Bloc Pot (s’il y en a un dans votre circonscription!). Il existe une douzaine de partis politiques reconnus au Québec.

Il y a aussi tous les autres électeurs, ceux que vous entendez répéter: «Cette année, je ne suis pas capable de voter pour Charest! Ni pour Boisclair!» Les noms de ces deux chefs, dont l’un sera forcément premier ministre et l’autre sans doute chef de l’opposition, sont généralement accompagnés des pires sobriquets. Le nombre de votes de protestation sera ainsi plus élevé que d’habitude et on pourra le mesurer en additionnant le taux d’abstention et les maigres pourcentages obtenus par les partis marginaux.

Mais comment peut-on donner son vote au Bloc Pot, par exemple, ou le gaspiller, simplement parce que la tête d’un chef ne nous revient pas? Nous ne sommes pas en régime présidentiel, ici, et la personnalité du chef n’est pas le seul critère en jeu.

L’importance de la télévision a donné plus de poids à l’image du chef. Dans le langage populaire, on dit aujourd’hui «je vote Charest» ou «je vote Boisclair». On dit aussi «l’Action démocratique de Mario Dumont». Mais dans un système où les deux principaux partis sont également les porte-étendards de deux options aussi fondamentales que l’appartenance au Canada ou l’indépendance du Québec, leur programme devrait être aussi déterminant que leur chef. Enfin, se peut-il que tous les candidats, libéraux ou péquistes, soient mauvais du simple fait qu’on n’aime pas leurs chefs?

La prochaine fois que vous entendrez quelqu’un dire haut et fort «j’annule mon vote» ou «je vote pour le Bloc Pot», rappelez-lui qu’il reste encore une cinquantaine de pays dans le monde où le principe des élections libres et régulières n’est pas reconnu…

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