Les chiffres d’O’Toole replongent

Le premier coup de sonde post-électoral laisse peu d’éléments de réjouissance pour le malmené chef conservateur. À Erin O’Toole de saisir l’occasion de la reprise des travaux parlementaires.

Adrian Wyld / La Presse canadienne / Montage : L'actualité

La première session du 44e Parlement fédéral a (enfin) débuté la semaine dernière, près de deux mois après les élections générales, et cette pause des hostilités parlementaires ne semble pas avoir profité au chef conservateur Erin O’Toole, aux prises avec des querelles internes depuis le scrutin. De nouvelles données de la maison Abacus Data montrent plutôt que les impressions produites par le leader conservateur sont retombées à leur niveau préélectoral, au moment où le chef peinait à se faire remarquer dans le paysage politique.

À la question : « Avez-vous une impression positive ou négative des chefs de partis fédéraux suivants ? », les réponses favorables à O’Toole ont piqué du nez : 23 % d’impression positive contre 45 % d’impression négative, pour un score net de -22, le pire parmi les chefs des principaux partis fédéraux.

Au début de la campagne, en août dernier, Abacus mesurait un score net de -21 pour O’Toole. Puis, au cours de la campagne, la perception du chef conservateur s’est améliorée substantiellement, jusqu’à ce qu’il atteigne un score de -10 à la mi-septembre.



Le taux d’approbation du premier ministre est en modeste baisse depuis les élections. Avec 40 % d’impression positive et 41 % d’impression négative, Justin Trudeau amorce ce nouveau Parlement avec un score de -1 selon les résultats du sondage Abacus, alors qu’il se trouvait à +5 en fin de campagne.

Seul le chef néo-démocrate Jagmeet Singh se tire d’affaire avec 42 % d’impression positive et 23 % d’impression négative, un score net de +19. Puisque ces chiffres demeurent somme toute semblables à ceux mesurés en fin de campagne en septembre dernier, le défi pour Singh en ce 44e Parlement sera de trouver un moyen de transformer cette perception positive en appui réel aux urnes, ce qu’il n’est pas arrivé à accomplir en 2019 tout comme en 2021. Rares sont les chefs fédéraux qui obtiennent une troisième chance, mais il semble bien que Singh soit solidement en selle à la tête du NPD, du moins à court et moyen terme.

Jetons un coup d’œil à ces taux d’approbation des chefs selon les intentions de vote des répondants. Sans surprise, les meilleurs chiffres du premier ministre proviennent des électeurs libéraux. En effet, 87 % de cette tranche d’électeurs a une impression positive de Justin Trudeau.



Chez les électeurs des autres partis, le quart des bloquistes et des néo-démocrates affirment avoir une bonne impression de Justin Trudeau, mais une majorité de bloquistes (61 %), de verts (64 %), de conservateurs (78 %) et d’électeurs du Parti populaire (84 %) ont une impression négative du premier ministre.

Pour ce qui est de Jagmeet Singh, il enregistre des appuis élevés auprès des électeurs de son parti (l’équivalent de Trudeau auprès des libéraux), soit 86 %. Chez les autres partis, nous observons un clivage important : d’un côté se trouvent les libéraux et les verts chez qui Singh enregistre des scores nets de +24 et +18 respectivement ; de l’autre, le chef néo-démocrate est perçu négativement par la plupart des électeurs conservateurs (-16), bloquistes (-30) et du PPC (-33).



Qu’en est-il du chef conservateur Erin O’Toole ? Parmi les électeurs de son parti, 70 % affirment toujours avoir une impression positive de lui, une proportion plus faible que pour Trudeau et Singh auprès de leurs électeurs respectifs, mais plus élevée que cette même mesure par Abacus au printemps dernier (c’était alors 62 %). Toutefois, nous remarquons que le chef conservateur obtient des scores anémiques auprès des électeurs des autres partis : seulement entre 8 % et 13 % des néo-démocrates, bloquistes, libéraux et électeurs verts perçoivent O’Toole favorablement.



Même chez les électeurs du Parti populaire du Canada (PPC) de Maxime Bernier, O’Toole obtient un score net désastreux de -33 (21 % d’impression positive et 54 % d’impression négative).

Ces faibles niveaux d’appréciation au-delà des clans partisans donnent à penser que le Parti conservateur, même s’il a gagné le vote populaire lors des deux dernières élections générales (par un point devant le PLC), possède un potentiel de croissance limité, même avec un chef perçu comme plus centriste que ses prédécesseurs.

Étant donné qu’il doit trouver un moyen d’élargir sa base d’électeurs pour espérer l’emporter (si son parti le laisse en place jusqu’aux prochaines élections, évidemment), comment Erin O’Toole et son équipe devraient-ils interpréter ces données ?

Certains stratèges conservateurs pourraient croire que c’est en rappelant les électeurs du PPC au bercail que le Parti conservateur aurait la chance de retourner au pouvoir (le parti de Maxime Bernier a obtenu 5 % des suffrages en septembre dernier). Cette stratégie se révélerait sans doute une impasse pour O’Toole. Même si l’échantillon d’électeurs du PCC de ce sondage est modeste, les écarts entre impression positive et impression négative du chef conservateur sont bien au-delà d’une marge d’erreur raisonnable. Or, si O’Toole décidait de courtiser les électeurs de Maxime Bernier, cette stratégie pourrait n’en convaincre qu’un faible nombre de changer de parti, tout en repoussant davantage les électeurs pivots des grandes banlieues du pays, qui pourraient se chercher une option de rechange après une décennie de gouvernement Trudeau.

Voyons voir si O’Toole parviendra à améliorer ses chiffres, maintenant que les Canadiens sont enfin en mesure de le voir à l’œuvre à la Chambre des communes.