Les circonscriptions où vont se jouer les élections

Toutes les circonscriptions comptent pour un fauteuil à la Chambre des communes, mais dans les faits, certaines auront beaucoup plus de poids que d’autres pour déterminer quel parti remportera les prochaines élections. 

Ce sont les circonscriptions que l’on dit « pivots », où le cœur des électeurs balance entre deux, trois, voire quatre partis. C’est là que les formations peuvent espérer faire des gains, et où elles devront batailler pour protéger leurs acquis.

Certains coins du pays regroupent plusieurs de ces circonscriptions à prendre, ce qui les placera au centre de l’attention au cours des semaines à venir. Les chefs y feront de nombreuses apparitions, et les enjeux importants pour les habitants de ces régions auront certainement une place de choix dans le programme des partis.

En analysant les résultats des élections passées et les intentions de vote actuelles, notre collaborateur Philippe J. Fournier, créateur du site de projections électorales Qc125, a relevé six endroits du pays à surveiller d’ici le 21 octobre. Un indice : si vous habitez dans la banlieue d’une grande ville, vous aurez assurément plus de chances de croiser l’un des chefs de parti en allant faire votre épicerie…

Le grand Vancouver
Un pilier de la gauche menacé

Le Québec et la Colombie-Britannique sont les provinces qui ont élu les plus fortes proportions de députés néo-démocrates lors des deux dernières élections. Or, en 2015, les libéraux ont remporté 15 des 22 circonscriptions de la région du grand Vancouver, pourtant historiquement des bastions du NPD. Selon les plus récentes projections, la division du vote entre ces deux formations pourrait ouvrir la porte aux conservateurs dans près d’une dizaine de circonscriptions. Si l’est du Canada est divisé le 21 octobre, il n’est pas exclu que l’élection se joue dans la grande région de Vancouver.

Victoria et l’île de Vancouver
Le terreau des verts

À défaut de peser lourd dans le choix du prochain premier ministre, les sept circonscriptions de l’île de Vancouver pourraient être le théâtre de la première réelle percée verte au Canada. On y trouve la circonscription d’Elizabeth May, chef du Parti vert, et celle de Paul Manly, le deuxième député élu sous cette bannière (lors d’une élection partielle en mai dernier). Il n’est pas impossible que le Parti vert profite de la baisse du NPD pour balayer l’île entière.

La banlieue de Toronto
La banlieue qui fait les premiers ministres

Les couronnes de Toronto sont de très fiables circonscriptions baromètres lors des élections fédérales. Depuis les années 1990, chaque parti qui a réussi à gagner la majorité des 28 circonscriptions de la région a été porté au pouvoir. Pas étonnant que les candidats et leurs chefs y passent énormément de temps en campagne, courtisant des électeurs aux profils hautement variés : des banlieusards nantis et majoritairement blancs, comme à Markham, ainsi que des collectivités à forte diversité culturelle et ethnique, comme à Brampton et à Mississauga.

La banlieue de Montréal
À qui iront les restes de la vague orange ?

Située entre la métropole (plus progressiste) et les régions rurales (plus conservatrices), la banlieue montréalaise a été d’humeur très changeante au cours de la dernière décennie. En 2008, ces villes étaient majoritairement passées aux mains du Bloc québécois. En 2011, la vague orange du NPD avait tout raflé. En 2015, les libéraux ont remporté 13 des 22 circonscriptions de la région, un sommet pour le parti depuis 1980. La banlieue de Montréal est donc cruciale pour la réélection de Justin Trudeau ou un retour en force du Bloc québécois.

Québec et Chaudière-Appalaches
Bernier nuira-t-il aux conservateurs ?

Les bastions conservateurs au Québec se trouvent tous dans les régions de Québec et de Chaudière-Appalaches. En 2015, le PCC y avait remporté 9 circonscriptions sur 11. Est-ce que le nouveau Parti populaire de Maxime Bernier parviendra à faire des percées aux dépens de la formation d’Andrew Scheer ? Les projections ne lui sont pas présentement favorables en matière de sièges, mais la division du vote de droite pourrait nuire aux chances des conservateurs de balayer ces deux régions — des pertes nettes qui pourraient faire mal en cas de résultats serrés.

Les provinces maritimes
Le mur de l’Atlantique s’effrite

En 2015, l’entièreté des 32 circonscriptions des provinces de l’Atlantique a élu des députés du PLC — une première dans l’histoire du Canada. Les projections actuelles indiquent qu’une dizaine de ces circonscriptions (situées surtout au Nouveau-Brunswick) pourraient tomber aux mains des conservateurs. De plus, le Parti vert du Canada a considérablement grimpé dans les intentions de vote dans cette région, ce qui compliquera la tâche de plusieurs candidats libéraux.

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Lorsque nombre de pays dans le monde ont des gouvernements de coalition et encore des ministres non élus choisis pour leurs compétences et leur intégrité, même les britanniques dont notre système électoral est issu le font ; nous ici au Canada sommes encore à donner les rênes du pouvoir exécutif au seul parti qui arrive en tête.

Rien n’oblige de changer le système électoral pour adopter une représentation plus proche de la société civile dans la formation d’un gouvernement. Ni conditionner de tels ajustements à l’adoption d’une forme plus proportionnelle du scrutin.

Cette sorte d’aberration — dans un paysage qui pourtant reflète la démocratie -, a en quelques sortes un effet malsain sur les intentions de vote et finalement le vote, puisque beaucoup d’électeurs n’ont guère d’autre choix que de se déterminer par rapport au candidat qu’ils voient le mieux occuper le poste de premier ministre.

Ce qui produit souvent un effet de levier pour un parti sur les autres, pour faire en sorte de barrer la route au parti dont on ne veut pas ou plus.

La majorité des sièges conférés à un parti ne montre pas que la démocratie a parlé (ce que nous disent tous les premiers ministres gagnants provinciaux ou fédéraux), cela montre essentiellement que les gens doivent se déterminer non pour ce qu’ils croient mais plutôt pour ce dont ils ne veulent plus ou pas.

Ainsi comme l’indique cette chronique, ces circonscriptions où rien n’est encore gagné feront une différence suivant qu’elles votent pour barrer la route à l’un ou suivant qu’elles votent selon les valeurs et les convictions qui habitent leurs résidents.

De la prévalence d’un vote de conviction contre celle d’un vote utile (voire opportuniste) dépendra encore probablement l’élection majoritaire ou minoritaire du premier ministre.

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