Les conservateurs à la défense du castor

On ne parle pas de changer la musique de l’hymne national contre un remix de MC Mario pour plaire aux jeunes dans les discothèques. Calmez-vous la paranoïa patriotique un peu.

Photo: Adrian Wyld/La Presse Canadienne
Photo: Adrian Wyld/La Presse Canadienne

Depuis qu’ils ne sont plus au pouvoir, on pense à eux comme on pense à cette vieille vedette qu’on n’a pas vue à la télévision depuis longtemps. Au détour d’une discussion, quelqu’un lance: «Les conservateurs? Sont pas morts?» et il faut aller voir sur Internet pour en avoir le cœur net.

Pour ceux qui tomberaient sur ce billet à la suite d’une telle recherche, oui, le Parti conservateur est encore vivant.

On ne voit plus Stephen Harper dans les nouvelles, mais on peut fermer les yeux et se l’imaginer en train de répondre au questionnaire long du recensement, juste pour le plaisir.

La chef par intérim, Rona Ambrose, est sur Snapchat, où elle nous montre souvent son assiette. Pour un parti qui n’était pas abonné à la transparence dans le passé, appelons ça une amélioration.

Le 4 mai, les députés conservateurs déchiraient leur chemise autour du bâillon imposé par les libéraux aux débats sur l’aide médicale à mourir.

«C’est la démonstration de l’hypocrisie libérale dans toute sa grandeur», a déclaré Gérard Deltell. Le Parti conservateur détient depuis 2013 le record du gouvernement ayant imposé le plus grand nombre de bâillons, dont plus d’une centaine juste dans son dernier mandat. Appelons ça «l’hypocrisie conservatrice».

Les conservateurs sont toujours en vie, donc, et ils travaillent toujours aussi fort à être difficiles à aimer et à garder le pays le plus possible comme il était au début du siècle dernier.

Le 6 mai, le Parlement vivait des moments émouvants. Le député libéral Mauril Bélanger, atteint de la maladie de Lou Gehrig, était de retour en Chambre pour présenter un projet de loi qui lui tient à cœur. Comme Bélanger ne peut plus parler, il s’exprimait à l’aide d’un logiciel de synthèse vocale, ce qui en faisait quand même un orateur plus habile que Pierre Karl Péladeau.

Le projet de loi: rendre l’hymne national «neutre» en remplaçant la ligne «true patriot love in all thy sons command» par «true patriot love in all of us command». Pourquoi? Parce que le Canada n’a pas que des fils, et que les Canadiennes aussi savent porter la croix, l’épée et tout le bataclan patriotique. Ce changement ne concernerait que la version anglaise d’Ô Canada, puisque la version française — le premier couplet du moins — est déjà unisexe comme une paire de bas noirs.

Les néo-démocrates sont d’accord. Les libéraux sont d’accord aussi. Seuls les conservateurs s’y opposent.

Comme les libéraux sont majoritaires, le projet de loi va finalement passer comme une lettre à la poste. Une lettre qu’il faudra aller chercher à la boîte communautaire, malgré les promesses électorales, mais c’est une autre histoire.

Les députés conservateurs se sont succédé pendant une heure, pour expliquer leur opposition et empêcher qu’on tienne le vote le jour même, en présence de Mauril Bélanger. Déjà…

slow clap poppins

Et tant qu’à être désagréables, les conservateurs ont également bloqué une motion qui aurait permis un vote aussi tôt que cette semaine. Ça ira donc à l’automne, et tant pis pour Mauril Bélanger, qui ne sera peut-être plus en état de savoir que son projet de loi est passé.

slow clap chow

Pourquoi une opposition si féroce de la part des conservateurs? Parce que si on commence à chipoter sur ces deux mots dans l’hymne national, disent-ils, personne ne sait où ça va s’arrêter. Savez, le même principe qui fait qu’aujourd’hui des gens marient leur chien et leur poisson rouge parce qu’on a légalisé le mariage gai il y a 11 ans? Celui-là. C’est le même argument.

Parmi les députés conservateurs qui ont pris la parole, soulignons l’intervention de Peter Van Loan, de York-Simcoe, qui a rappelé que l’Allemagne nazie et la Russie communiste aussi avaient changé leurs hymnes nationaux. C’est pareil.

slow clap stewart

Et soulignons surtout l’intervention de M. Larry Maguire, député de Brandon-Souris. Celui-ci nous dit:

Ce projet de loi part d’une bonne intention, car nous voulons que nos symboles et nos institutions soient aussi inclusifs que possible; cependant, modifier les paroles de notre hymne national au nom de la rectitude politique serait aller trop loin.

Mesdames, vous inclure dans l’hymne national, c’est aller trop loin dans la rectitude politique. Vous en reparlerez quand vous formerez, disons… la moitié de la population. Deal?

Je ne veux pas tourner la chose en dérision, mais il se pourrait que les botanistes protestent contre la forme de la feuille d’érable sur notre drapeau et exigent qu’elle soit modifiée.

Ben dites donc. Qu’est-ce que ce serait si vous vouliez tourner la chose en dérision? Vous auriez porté un nez de clown?

D’aucuns pourraient être choqués que le sacro-saint castor abatte sans arrêt des arbres et demander que la Loi instituant un symbole national soit modifiée pour remplacer le castor par un animal beaucoup moins ravageur.

Le castor n’est pas l’être le plus intelligent du règne animal, mais même lui a honte de se retrouver au centre d’un argument aussi niais.

Je connaissais le principe argumentaire de «l’homme de paille», qui consiste à brandir une menace qui n’existe pas, mais c’est la première fois que je me retrouve devant celui du castor empaillé.

Tandis que nous y sommes, le tartan de la feuille d’érable, un autre symbole national officiel, devrait peut-être être repensé, parce que certaines personnes trouvent que le tissu écossais ne leur va pas bien.

On ne parle pas de changer la musique de l’hymne national contre un remix de MC Mario pour plaire aux jeunes dans les discothèques. Calmez-vous la paranoïa patriotique un peu.

Ce changement est-il vraiment nécessaire? Ne devrions-nous pas plutôt recentrer nos efforts et nos priorités sur la croissance économique? Ne devrions-nous pas chercher à améliorer la qualité de vie des Canadiens?

… s’est exclamé le député Maguire, membre d’un parti qui fait tout pour allonger au maximum les discussions sur ce projet de loi.

J’invite également les députés à bien peser les conséquences qu’il y aurait à modifier l’hymne national alors qu’il nous sert très bien depuis plus de 100 ans. La rectitude politique vaut-elle que l’on ouvre cette boîte de Pandore et que l’on modifie l’un des symboles de notre grand pays?

Puisque c’est vous qui amenez le sujet, parlons de l’hymne national tel qu’il était il y a 100 ans. La mention des «fils» n’est apparue dans l’Ô Canada qu’en 1913. Avant, le vers allait comme suit: «True patriot love thou dost in us command».

Pour un conservateur, ramener quelque chose à son état d’avant 1913, ça devrait être un rêve mouillé!

En 1968, un comité de députés et de sénateurs a fait ajouter les vers «From far and wide» et «God keep our land glorious and free» à l’Ô Canada. La boîte de Pandore devait être en congé ce jour-là, parce que personne n’a demandé depuis que l’on change le castor emblématique pour un écureuil.

Personnellement, je serai toujours un fervent partisan de la version actuelle de l’hymne national, du jeu de crosse et — oui — de notre majestueux castor. Ainsi Dieu me soit en aide.

Honnêtement, Dieu doit être trop occupé à secouer la tête en vous écoutant pour vous aider. Vraiment, chers conservateurs…

slow clap gars

Dernière heure: Linda Lapointe, député libérale de Rivière-des-Mille-Îles, a accepté de céder son temps de parole à Mauril Bélanger. Le Parlement pourra tenir une deuxième heure de discussion le 30 mai. Il reste donc deux semaines aux conservateurs pour trouver de meilleurs arguments qu’une histoire de castor. Si l’hymne national leur tient autant à cœur, celui-ci mérite mieux comme défense.

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5 commentaires
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Hymne national … vraiment? Tous, en chœur, nous chantons le même hymne «original»? En français?
Quand est-il devenu «anglais» ou un peu bilingue ou bilingue? Y a-t-il UN pays au monde où tous les gens du gens chantent différemment «leur» hymne national?
P.S.: Combien de Canadiens savent quand et où a été chanté le Ô Canada la première fois?

??? L’Hymne nationale Suisse est chanté en trois langues officielles, les langues allemande, française ainsi qu’en italien. Je ne vois pas où est le problème. Doit-on maintenant penser que l’Hymne nationale appartient aux francophones. Ça ressemble à la fête de la Saint-Jean (Baptiste) dont les péquoises s’en sont arroger pour la nommer la fête des québécois. Ah bon ?

Honnêtement, à chaque fois que vous écrivez quelque chose du genre « péquoises » ça me rebute au point de de rejeter votre commentaire même s’il me semblait sensé. Des enfantillages du genre ne font que nuire à vos arguments.

Heureusement que la version originale francophone ne soulève pas de tels débats.L’intelligentsia « tory » en ferait des crises d’apoplexie.

Ça s’appelle de la mesquinerie et ça provient d’un groupe qui se fiche de dépenser l’argent des contribuables dans des futilités, même s’ils ne sont plus au pouvoir. Avec des niaiseries comme ça, on peut se demander comment il se fait qu’ils furent élus et au pouvoir pendant presque 10 ans! Le parti Pirate est plus sérieux qu’eux…