Les débats influencent-ils les électeurs?

Oui, mais pas comme vous le pensez.

La couverture médiatique qui suit les débats télévisés aurait tout autant d’effets sur les intentions de vote que la performance des chefs  voire plus. Études à l’appui.

En 2004, des chercheurs de l’Université d’État d’Arizona ont fait regarder à deux groupes de personnes le débat qui opposait John Kerry à George W. Bush. L’un ne voyait que le débat. L’autre regardait en plus 20 minutes d’analyse médiatique.

Résultat: le verdict des commentateurs politiques — favorables à un candidat ou à un autre — a changé l’opinion des gens sur la performance des candidats, qu’ils avaient pourtant pu juger par eux-mêmes quelques instants auparavant. Ceux qui ont regardé l’analyse de NBC ont sacré Bush grand vainqueur. La couverture de CNN a, à l’inverse, poussé les participants à proclamer Kerry gagnant de la joute électorale.

La couverture médiatique des débats serait-elle plus importante que la rencontre télévisuelle en soi?

Au Canada, du moins, elle le serait plus qu’il y a une quarantaine d’années. Frédéric Bastien, professeur de science politique à l’Université de Montréal, a étudié la manière dont les médias couvrent les débats des chefs au Canada. Pour ce faire, il a examiné les pages de La Presse, du Devoir, du Globe and Mail et du Toronto Star des cinq jours suivant chacun des débats fédéraux de 1968, 1979, 1988, 1997 et 2008.

«Ce qui est remarquable, en matière de contenu, c’est que les analystes consacrent une proportion croissante à discuter des stratégies de chaque chef et des effets possibles de leur performance, et une proportion décroissante à rapporter les positions prises par les chefs lors de ces débats», explique-t-il.

Comme l’illustre ce graphique, fait à partir de données réunies par Frédéric Bastien, avec le temps, les journalistes et les experts délaissent les faits au profit de l’analyse et de la critique.

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«Mais les commentateurs politiques sont prudents dans leur analyse», assure Thierry Giasson, professeur de science politique à l’Université de Montréal, qui est souvent appelé à commenter les campagnes électorales dans les médias. «On ne veut pas nécessairement proclamer un vainqueur. On sait que ça a un effet sur l’évaluation que les électeurs se font des débats et des politiciens.» 

Au Québec ou au Canada, y a-t-il déjà eu des débats qui ont changé le cours d’une campagne électorale? Quand on observe l’évolution des intentions de vote des dernières élections fédérales, en 2011, on est tenté de dire oui. Comme l’illustre le graphique ci-dessous, le débat marque le début de la montée fulgurante du NPD dans les intentions de vote au Québec. Mais impossible d’attribuer la vague orange au débat, selon Christian Bourque, vice-président de la maison de sondage Léger-Marketing: «Est-ce qu’on peut faire un lien direct et linéaire entre cette couverture et le vote? C’est difficile à vérifier empiriquement», dit-il.

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Source : Claire Durand, Ah! les sondages, 2011

Il se souvient cependant de deux débats télévisés qui ont eu un effet réel le jour du scrutin. D’abord, celui qui opposait le conservateur Brian Mulroney au libéral John Turner aux élections fédérales de 1984. Mulroney avait lancé à son rival la phrase «You had an option, sir» (vous aviez le choix, monsieur), en évoquant une série de nominations partisanes qu’il avait faites pendant son mandat. Turner, déstabilisé, a seulement su répondre: «I had no option» (je n’avais pas le choix).

«Avant le débat, les libéraux menaient dans les sondages. Après le débat, les conservateurs sont devenus les favoris et on a vu les libéraux perdre des points dans les intentions de vote», explique Christian Bourque. Le reste est passé à l’histoire: le Parti progressiste-conservateur du Canada a remporté la plus grosse majorité parlementaire jamais enregistrée au pays.

Sur la scène québécoise, l’échange entre le chef libéral du Québec, Jean Charest, et le leader péquiste, Bernard Landry, en 2003, a aussi marqué les esprits. Charest avait ébranlé Landry en sortant de sa manche une déclaration de Jacques Parizeau, qui aurait répété, la veille, que la défaite référendaire de 1995 était due à l’argent et à des votes ethniques. L’affrontement a fait baisser le PQ dans les intentions de vote, et le PLQ a remporté la victoire.

Selon Christian Bourque, la couverture médiatique qui a suivi ces échanges télévisés n’est pas étrangère à l’issue des scrutins.

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À un certain moment dans notre histoire, je crois qu’effectivement, les débats pouvaient influencer les votes. Plus aujourd’hui.

Je me souviens très clairement qu’au dernier débat des chefs lors de la dernière élection provinciale québécoise, que les « experts » en communication avaient déclaré Philippe Couillard comme le grand perdant et Legault tout comme Marois comme gagnants. On connaît tous la suite. Couillard était premier dans les sondages et il l’est demeuré.

Les chefs sont tellement bien préparés et connaissent tellement bien leurs lignes de parti ainsi que leurs adversaires que les chances qu’ils commettent une gaffe majeure sont pratiquement nulles.

Ce qui influence les électeurs au Québec, c’est l’émotion identitaire. Il ne s’agit plus que de marteler la formule gagnante et de faire image, débat après débat. Rappelez-vous : Harper, ce brave homme, a dit a « nous » étions une nation, et aujourd’hui, qu’il partage « nos » valeurs en combattant deux ou trois niqabs. Jack Layton était un bon gars, qui prendrait bien une bière avec « nous ». Thomas est un des « nôtres », ondoyé par son passage à Assemblée nationale. Duceppe sera toujours à « nos côtés », contre vents et marées, et ne risque pas de nous trahir, étant de facto dans l’opposition. Il s’agit dès lors pour les partis de toucher la corde sensible, et le tour sera joué: la vague suivra. Les électeurs québécois sont devenus les idiots utiles de la politique canadienne.