Débats des chefs: les défis et le ton

Cette campagne entre dans sa phase cruciale, celle des débats télévisés. C’est le moment où le jello des intentions de vote commence à figer. En avril 2011, la montée rapide du NPD au Québec s’était concrétisée après les débats.

Certaines personnes ne regardent que cette joute oratoire pour se faire une idée. La pression sur les chefs est donc énorme.

Contrairement aux précédentes campagnes, cette séquence des débats est plus longue. Quatre débats vont s’étaler de dimanche à mercredi. C’est nouveau pour tous.

Particulièrement la formule de TVA, qui prévoit trois confrontations à l’image des débats télévisés en France, où deux chefs se font face, assis, au bout d’une table. Les leaders ne pourront pas se contenter de regarder la caméra pour répondre aux questions (et ainsi viser uniquement le téléspectateur), comme Stephen Harper l’a fait en 2011. Ils devront se parler, débattre, s’interrompre avec respect… le tout à deux mètres l’un de l’autre, sans les autres chefs dans la pièce pour détourner l’attention.

Cette proximité entre les protagonistes n’a pas échappé aux stratèges des partis, qui ont bien mis en garde leur chef sur le ton à adopter. En débat, il y a le fond, mais surtout la forme. L’allure. La prestance. La voix rassurante ou grinçante. Une grimace au mauvais moment, l’hésitation mortelle… C’est encore plus vrai dans une confrontation à deux.

Comment faire passer son message sans avoir l’air de se répéter trois débats de suite? Comment être incisif sans manquer de respect? Rabrouer son adversaire sans tomber dans la caricature de la période de questions à l’Assemblée nationale…

Lors du plus récent débat des chefs en français sur la scène fédérale, lors de la campagne 2011, les sondages éclairs suivant la joute télévisée donnaient Gilles Duceppe grand vainqueur des débats. Pourtant…

Les gens avaient alors reconnu la compétence de Gilles Duceppe, à l’aise dans ses dossiers. Ses phrases étaient bien ciselées. Il avait l’air en contrôle… Mais le ton de la prestation était mal calibré. Gilles Duceppe avait paru arrogant et condescendant envers Jack Layton, lui envoyant quelques piques sur son incapacité à former le gouvernement même si le NPD existe depuis des décennies. Dans les jours suivant, l’image qui a collé dans l’esprit du public aura finalement été celle de quelqu’un d’usé, d’aigri, qui n’offrait pas de nouveauté à un électorat qui se cherchait des avenues politiques différentes.

La véritable impression laissée au débat, amplifiée par les séquences retenues par les médias qui repassent en boucle certains «clips» à RDI et LCN pendant 48 heures, prend parfois un peu de temps à se définir.

Le défi commun de Jean Charest, Pauline Marois et François Legault pour ces quatre débats sera d’avoir l’air d’un premier ministre (en fonction ou en attente) et non pas de chats de ruelle simplement prêts à se bagarrer. Celui qui y parviendra marquera beaucoup de points auprès des indécis, une clientèle cible des débats.

Jean Charest voudra incarner sa fonction, se donner une prestance que les stratèges du PLQ estiment absente chez Pauline Marois et François Legault. Il devra le faire tout en défendant son bilan de gouvernement. En retard dans les sondages, il devra également trouver le moyen d’attaquer. Une délicate combinaison. Un match nul ne suffit pas. S’il ne sort pas clairement vainqueur, il ne sera pas réélu le 4 septembre.

Que le premier ministre sortant accepte quatre débats (alors que le chef d’un gouvernement qui doit défendre ses années au pouvoir tente généralement d’éviter les confrontations) témoigne qu’il est conscient de la côte à remonter… et de la confiance qu’il a en ses moyens de débatteur. Il pense pouvoir manger Marois et Legault tout crus.

Pauline Marois, en tête dans les sondages, voudra montrer qu’elle est digne de confiance, qu’elle a l’étoffe d’un PM. Qu’elle peut prendre les coups et en donner, sans se faire piéger par les attaques de ses adversaires, qui vont lui rappeler l’absence de son cadre financier et le flou entourant la démarche référendaire. Elle mène une campagne sans faux pas, mais sans éclat. Les intentions de vote tiennent bon. Mais est-ce que ce sera suffisant jusqu’à la ligne d’arrivée? Elle doit «terminer la vente», comme on dit en marketing. Cimenter son avance.

La chef du PQ devra aussi, dimanche, se méfier de Françoise David, de Québec solidaire. QS souffre dans les sondages et voudra reprendre de l’élan. Son vote est pour l’instant stationné au PQ. Marois devra doser la politesse et la fermeté face à un parti qui ne manquera pas de la piquer au vif, notamment sur le conflit étudiant.

François Legault n’a aucune expérience en débats des chefs, mais il est celui qui mène la campagne la plus énergique, la plus surprenante. Il doit travailler sur deux fronts. D’abord, parler à sa base électorale, encore fragile. La convaincre qu’elle fait le bon choix. Ensuite, il reste beaucoup d’indécis à séduire. D’anciens libéraux et péquistes regardent Legault avec intérêt, sans toutefois avoir statué sur son cas.

Le leader de la CAQ incarne, selon les sondages, le changement. Un atout précieux. Mais François Legault propose aussi beaucoup de transformations, dont certaines peuvent provoquer des turbulences et faire peur à une clientèle électorale indécise. Personnifier le changement, tout en se montrant rassurant et responsable, c’est un jeu d’équilibriste difficile. Et François Legault semble encore avoir de la difficulté à trouver le ton juste sur ce plan.

S’il veut poursuivre sa progression, et se rendre aux portes du pouvoir, il devra convaincre les 28 % de péquistes qui disent avoir la CAQ comme deuxième choix. Sa montée a affaibli les libéraux. Il doit trouver la formule pour commencer à gruger les intentions de vote du PQ.

Bref, il y a du pain sur la planche pour les trois chefs. La campagne pourrait se jouer dans les 5 prochains jours.

 

 

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Bonjour M.Castonguay
Jamais je n’aurais pu croire auparavant que Pauline Marois puisse s’élever au dessus de la mêlée que lors de ce début de campagne électorale.
A deux reprises, ses adversaires ont cru la déstabilisé avec les accomodements raisonnables et sur l’exemple à donner quand on est ministre de la santé, sans grands succès. En accusant François Legault d’être une girouette olympique, elle a fait mouche et quand à Jean Charest, ses apparitions en vase clos sous escorte policière parlent d’elles-même.

Tous ceux qui s’intéressent à la chose politique savent que Jean Charest est un bon débatteur. D’ailleurs une de ses grandes qualités, c’est que c’est un très bon communicateur. Voici quelques années, sur un autre blogue, j’écrivais que Jean Charest, s’il avait été souverainiste, qu’il aurait vendu depuis belle lurette la souveraineté au reste du Canada. Ce qui n’est pas peu dire…

Si notre premier ministre actuel gagne ses débats, cela ne signifie pas pour autant qu’il soit sorti du bois ou qu’il soit assuré de remporter cette élection. Car il y a actuellement un sentiment et même un ressentiment palpable dans une grande part de la population ; même les récentes déclarations de Marc Bellemare montrent que cette opinion négative n’est pas l’apanage seulement du petit monde.

Je pense que quelque soit l’issue des débats, il sera difficile pour Jean Charest de gagner à nouveau la confiance de tous ses compatriotes. Nonobstant, pour moi, les campagnes électorales devraient avant toutes choses se décider sur le terrain, circonscriptions par circonscriptions. Sur le terrain, il n’est pas à douter que plusieurs députés Libéraux conservent et se réservent toute la confiance des électeurs.

C’est dans le cadre politique canadien, une erreur selon moi que de vouloir de nos premiers ministres de la province du Québec qu’ils personnifient des président(e)s d’une république qui n’existe actuellement toujours pas. D’ailleurs les républiques usuellement élisent leurs députés et leurs présidents séparément.

Quant à moi, un(e) bon(ne) premier(e) ministre n’a pas besoin d’être une icône médiatique. Tout ce que je demande c’est qu’il ou elle contribue à apporter des solutions qui plaisent et satisfassent à l’ensemble de la population.

Jean Charest est en train de vider la Caisse avec son ami Legault et leur lois commune 78 . Pauline doit aller chercher les étudiants contre ces deux totalitaires fédéralistes

MICHEL

Bien que Jean Charest soit un excellent communicateur, il existe un principe en marketing, pour réussir à fidéliser le client (il s’agit ici d’une ré-élection) ça prend plus qu’un bel emballage, ça prend du contenu. Lors de la dernière élection, il a demandé aux électeurs de lui donner les moyens d’avoir les deux mains sur le volant et ce faisant où nous a-t-il conduit … au bord du précipice. Je me souviens d’un illustre leader créditiste qui en campagne avait dit ‘le gouvernement nous a conduit au bord du précipice, avec le crédit social nous ferons un pas en avant’… C’est ce que Jean Charest nous propose.

Tous les trois ont la prestance d’un vizir qui veut devenir vizir à la place du vizir.
Tous les trois ont un discours fait de mots mais n’ayant aucune âme et aucune véritable conviction.Tout ce qui ressort est leur grande avidité de pouvoir.
Tous les trois ne semblent pas croire aux promesses qu’ils nous font et les milliards qu’ils nous balancent par la tête ressemblent à des vessies gonflées.
La présence d’un M. Aussant aurait forcé tout ce beau monde à une plus profonde réflexion. Trop grande réflexion, un exercice, pour eux, impraticable.
Ils vont, mutuellement, s’accuser de tous les maux.
Chacun va prétendre posséder la solution en nous servant des généralités et les analystes vont élire un gagnant de cette joute pipée. Il y aura aussi un grand perdant: la population qui aura été, en définitive, désinformée.

J’espère que Françoise et Pauline vont être bien maquillées et coiffées et qu’elles vont porter une belle robe dimanche soir.

C’est pas mal ça le plus important dans ce débat-là!

N’oublions pas que beaucoup de gens attendent ces shows médiatiques pour décider pour qui ils vont voter… quelle misère!

Vais-je avoir la curiosité de regarder et d’écouter ce cirque ? Difficile d’y échapper, même si ce genre de show de télé-réalité n,informe jamais adéquatement les électeurs indécis. Le populo assiste à une bagarre de coqs et de poules (?) -est-ce sexiste ?-, à une guerre d’image plutôt qu’à un débat de fond sur les enjeux les plus importants de notre société.

Je crois que les québécois sont prêts à entendre un chef dire qu’il s’est trompé à un moment donné dans sa carrière (référence à Pauline Marois sur les mises à la retraite des infirmières et à Jean Charest sur la corruption à la Tomassi). Cela serait beaucoup plus rassurant d’avoir affaire à une personne normale qu’à quelqu’un qui veut sauver la face à tout prix en mentant, tergiversant ou évitant la question. J’attends toujours le ou la chef capable de reconnaître et d’assumer ses erreurs.

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