Les défis de Denis Gallant

Celui qui vient d’être nommé inspecteur général de la Ville de Montréal a l’habitude des défis, et c’est tant mieux : Denis Gallant trouvera dans le temple de la corruption qu’était devenu l’hôtel de ville des difficultés qu’il n’a jamais rencontrées dans la lutte aux gangs de motards, dit Brian Myles.

La commission Charbonneau a perdu un procureur presque aussi méthodique que Paul Crépeau — et presque aussi cinglant que Sonia LeBel — en la personne de Denis Gallant.

Celui qui vient d’être nommé inspecteur général de la Ville de Montréal a l’habitude des défis, et c’est tant mieux.

Me Gallant trouvera dans le temple de la corruption qu’était devenu l’hôtel de ville de Montréal des difficultés qu’il n’a jamais rencontrées dans la lutte aux gangs de motards. La Ville de Montréal est un terreau fertile pour les magouilleurs et corrupteurs en tout genre.

C’est une bureaucratie galopante où rien n’est jamais tout à fait la faute de personne, et où des contrats de centaines de millions de dollars sont accordés chaque année, souvent dans l’urgence de réparer du béton fissuré.

Un seul homme ne pourra pas redresser la Ville à lui seul. N’empêche que Me Gallant fera partie de la solution, et non du problème.

En soi, c’est une rupture radicale avec les années Tremblay-Zampino. Jusqu’ici, le maire Denis Coderre a su choisir son entourage. Son chef de cabinet, Denis Dolbec, avait une réputation d’incorruptible au sein du cabinet de l’ancien ministre de la Sécurité publique, Serge Ménard.

La même observation s’applique à son attaché de presse, Louis-Pascal Cyr, qui agissait jusqu’aux élections de novembre comme conseiller spécial de la présidente de la Commission de la construction du Québec (CCQ), Diane Lemieux — celle-là même qui tente de remettre de l’ordre dans une institution marquée par des années de copinage.

Dommage qu’on ne puisse en dire autant de certains élus de la coalition Coderre, des «ex» d’Union Montréal rompus à l’art de ne rien voir, rien savoir de la corruption.

La nomination de Denis Gallant a reçu un accueil globalement positif. Il est connu du public, intègre et compétent : autant d’atouts essentiels pour occuper cette fonction à fortes visibilité.

Les projecteurs seront vite braqués vers Me Gallant et son équipe. Ils auront pour ainsi dire une obligation de résultats, dans un environnement juridique et administratif complexe.

L’inspecteur a des pouvoirs beaucoup plus limités que ne le souhaitait Denis Coderre. Son mandat s’arrête où commence celui de l’Unité permanente anticorruption.

Me Gallant aura autorité sur tous les élus et fonctionnaires de Montréal, dans la ville centre comme dans les arrondissements, mais il ne disposera pas des pouvoirs de perquisition et d’arrestation. Il pourra cependant fouiner dans tous les bureaux de la Ville, et suspendre ou résilier un contrat «à toute heure raisonnable». C’est l’équivalent d’un shérif maison.

Il reste à voir comment Me Gallant accomplira son mandat. La Ville compte déjà un vérificateur général et un contrôleur général qui enquêtent aussi, dans la mesure de leurs mandats, sur les irrégularités.

Les trois instances agiront-elles en complémentarité ou en concurrence ? La question n’est pas banale pour quiconque connaît un tant soit peu la culture organisationnelle de Montréal. L’urbanisme peut travailleur contre les transports, et vice-versa dans un projet d’envergure.

Par ailleurs, le droit de veto accordé au conseil de ville et aux sociétés paramunicipales, qui pourront invalider les décisions de l’inspecteur Gallant, est une soupape à la portée inquiétante. Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a raison de dire que l’administration Tremblay-Zampino aurait poursuivi le business as usual avec un pareil bricolage.

Les sociétés paramunicipales doivent être réformées ou démantelées. Si leurs budgets et décisions restent à l’abri d’un regard du conseil municipal, et qu’elles échappent à la loi d’accès à l’information, elles n’ont aucune raison d’être.

Le scandale entourant la faillite de Bixi est une puissante mise en garde au sujet de ces sociétés écrans, qui empêchent les contribuables de savoir comment sont dépensés les fonds publics.

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Sur un tout autre sujet, la nomination de Denis Gallant est annonciatrice de l’après-Charbonneau. En s’invitant dans le quotidien des chaumières, soir et matin, les principaux acteurs de la commission d’enquête ont bâti un capital de sympathie qu’ils pourront monnayer.

J’imagine mal la procureure en chef, Sonia LeBel, retourner à la Cour pour plaider de gaieté de cœur des requêtes de type «Robotham» pour un énième mégaprocès qui traînera en longueur.

Historiquement, les «vedettes» des commissions d’enquête ont su utiliser leur travail comme un tremplin.

La commission d’enquête sur la corruption et la moralité à Montréal a lancé la carrière politique de Jean Drapeau, élu maire de Montréal en 1954, tandis que le commission Cliche (une sorte de commission Charbonneau pour les années 1970) a mis au monde les Guy Chevrette, Lucien Bouchard et Brian Mulroney.

La commission Bastarache fait cependant figure d’exception. Le juge à la retraite Michel Bastarache est toujours… juge à la retraite.

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