Les dérapages imprévisibles

Elles ont beau être réglées comme du papier à musique, les campagnes des partis frappent parfois des icebergs sortis de nulle part dans la brume médiatique. Il y en a eu des exemples éloquents cette semaine. 

Astrolounge / Getty Images / montage : L’actualité

Dominic Vallières a, pendant plus de 10 ans, occupé les postes d’attaché de presse, de porte-parole, de rédacteur de discours et de directeur des communications auprès d’élus de l’Assemblée nationale et des Communes (Parti québécois, Bloc québécois, Coalition Avenir Québec). Il est directeur chez TACT et s’exprime quotidiennement comme analyste politique à QUB radio.

On contrôle ce qu’on peut en campagne électorale. Malgré tous les efforts de chaque équipe, les couacs et les impondérables sont fréquents (même s’ils ne sont pas toujours apparents).

Par exemple, en 2015, la campagne du NPD et de son chef Thomas Mulcair, alors qu’il avait de réelles chances de gagner, s’est cogné le nez sur l’histoire d’une résidante de l’Ontario qui tenait à porter le niqab à une cérémonie de citoyenneté. Tout a déraillé par la suite, l’affaire agissant comme un révélateur du schisme entre la position du parti de gauche sur cette question et celle d’une majorité de Québécois. Ça a propulsé Justin Trudeau pour le reste du parcours électoral.

Tous les impondérables n’ont pas la même importance. Cette semaine, certains éléments arrivant du champ gauche ont brouillé les cartes. Qui aurait pu croire qu’une caricature de René Lévesque dans The Gazette, dans laquelle le cabot d’une vieille Anglaise urine sur une photo de l’ancien premier ministre, ferait couler autant d’encre ? Sa parution a valu à Paul St-Pierre Plamondon plus de couverture médiatique que ce qui lui avait été dévolu jusqu’à présent. Si l’équipe #premierdegré (ceux qui jugent sans avoir pris le temps de comprendre) a inondé Twitter avec les arguments habituels, il aura fallu un article posé d’Isabelle Hachey dans La Presse pour ramener le débat sous des auspices moins fâcheux que « pisser sur les Québécois ». Je n’avais pas ça sur ma carte de bingo préélectorale !

Mais encore, qui pouvait imaginer que, si peu de temps après avoir quitté le pouvoir, Régis Labeaume troquerait son titre « d’omni-maire » contre celui d’« omni-belle-mère » ? Dans ses chroniques de La Presse ou ses commentaires à Radio-Canada, ses prises de position sont tranchées et — j’admets mon admiration — sa plume est redoutable.

Justement, après la publication mardi de sa chronique au vitriol contre les ministres caquistes de la région de Québec, on entendait les dents grincer de l’hôtel de ville de Québec jusqu’à Cap-Rouge, en passant par chacune des voitures ministérielles. L’ex-maire de Québec, qui n’aurait jamais toléré un tel piétinement de ses plates-bandes de la part de ses prédécesseurs, brouille le jeu du maire actuel, Bruno Marchand, tout en réglant ses comptes avec ceux (et surtout celle, en l’occurrence la ministre responsable de la région, Geneviève Guilbault) qui continueront d’être aux commandes. Comme sa carrière politique semble se conjuguer au passé, il doit le faire pour le plaisir.

Malheureusement pour les citoyens de la plus belle ville du monde, on a probablement beaucoup plus parlé de la chronique de Régis que de la liste d’épicerie de Bruno Marchand dans les officines caquistes.

Finalement, l’attaque contre le bureau du candidat libéral Enrico Ciccone et les menaces de mort envers sa collègue Marwah Rizqy sont des impondérables d’un tout autre registre. La violence, qui apparaît parfois en politique québécoise, semble se déployer avec de moins en moins de pudeur. Nombreux sont celles et ceux qui lèvent la main pour dire qu’ils en sont victimes, eux aussi.

C’est vrai pour les élus, c’est vrai pour les militants, c’est vrai pour le personnel. Je la lève aussi, ayant reçu mon lot de menaces au cours des années. Personne ne devrait craindre de faire campagne, mais on voit que les méthodes d’intimidation qui sont courantes au sud de la frontière font tache d’huile ici. « Moi, maintenant, je dois penser pour deux », a répété Marwah Rizqy (qui est enceinte) en entrevue.

C’est la déclaration de la semaine. J’aurais préféré ne pas avoir à l’écrire. Impondérables.

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