Les dessous de la relation Philippe Couillard-Arthur Porter

Extrait de La machine Couillard, par Alec Castonguay, sur l’accession de l’ancien ministre de la Santé à la chefferie du Parti libéral du Québec.

La machine CouillardLe samedi 26 janvier, 45 minutes après le début du débat en anglais, à l’Université Concordia, Raymond Bachand dégaine. Philippe Couillard vient d’affirmer que la commission Charbonneau aurait dû être mise sur pied plus rapidement. L’ancien ministre des Finances lance: «Pendant que Pierre et moi combattions la corruption, tu faisais des affaires avec Arthur Porter!»

Dans l’auditorium, des murmures et quelques huées se font entendre. Les conseillers de Couillard s’envoient des textos, dans lesquels dominent les jurons. Sur scène, Philippe Couillard encaisse. «Je ne vais pas utiliser une basse tactique comme tu viens de le faire. Je peux faire de la culpabilité par association, moi aussi», dit-il avec calme. Il regarde Raymond Bachand et fait une pause de trois secondes qui paraît une éternité. «Mais je ne vais pas le faire. C’est ridicule et non productif.»

Sur les réseaux sociaux, les amateurs de politique s’enflamment. Des sympathisants de la CAQ et du PQ s’en donnent à cœur joie, convaincus d’avoir trouvé la faille dans l’armure du meneur. Des journalistes avancent que les adversaires du PLQ ont certainement isolé ce passage pour le ressortir en campagne électorale…

Après le débat, Philippe Couillard offre aux journalistes l’une de ces réponses dont il a le secret, plus proches de la philosophie que de la politique: «On fait des choix dans la vie. J’essaie que dans mon cœur ne viennent jamais la haine et la rancune.»

Raymond Bachand explique qu’il a été «piqué» par Philippe Couillard sur le bilan du gouvernement Charest en matière de corruption et qu’il a lancé son attaque instinctivement. «J’ai des émotions», dit-il aux médias.

Dans le camp Couillard, on ne croit pas à la thèse de l’improvisation. Dans les jours suivants, Raymond Bachand poursuit l’offensive dans les quotidiens et à la radio, ce qui confirme la stratégie délibérée. À La Presse, il en rajoute: «Vous ne vous associez pas à quelqu’un pour partir une compagnie si vous ne le connaissez pas.»

L’équipe Couillard comprend rapidement pourquoi son adversaire fonce. Les assemblées locales qui choisiront les délégués en vue du congrès doivent commencer dans moins de 10 jours, le 4 février. «Si Bachand n’ébranle pas les militants maintenant, qu’il ne les force pas à reconsidérer leur choix, c’est terminé pour lui», explique Philippe Dubuisson.

Philippe Couillard est sur la défensive. Il explique qu’Arthur Porter a été nommé par le conseil d’administration du CUSM en 2004 — et non par lui ou son gouvernement. Il ajoute que le contrat de construction du nouveau CUSM, accordé à SNC-Lavalin (et pour lequel l’Unité permanente anticorruption a lancé un mandat d’arrêt contre Arthur Porter et quatre autres personnes soupçonnées d’avoir touché des pots-de-vin de 22,5 millions de dollars), l’a été en 2010, «deux ans après mon départ de la politique!»

En privé, l’homme semble plus blessé que fâché par ces attaques. «Raymond et Pierre me connaissent, ils savent que je n’ai rien à me reprocher, mais ils le font quand même.» L’ancien ministre déplore ce qu’il juge comme une «réécriture de l’histoire». «À l’époque, on ne savait rien de tout ça sur Porter. Il était un héros dans la communauté anglophone. Une rue a même été nommée en son honneur devant le CUSM!»

N’empêche, sa relation avec le controversé personnage attire l’attention, notamment parce que les deux hommes ont créé un cabinet de consultants en juin 2010 — Porter, Couillard et associés —, qui visait à réaliser des mandats sur la scène internationale. «Ça semblait un bon mix, un ancien ministre qui connaît les rouages du système et un administrateur d’hôpital. On aurait pu conseiller d’autres gouvernements», explique Philippe Couillard.

Cette société restera une coquille vide, puisque l’ancien ministre acceptera de travailler plutôt pour les consultants Secor en 2011. Elle sera dissoute le 4 octobre 2012, le lendemain de l’entrée de Couillard dans la course au leadership.

Philippe Couillard décrit Porter comme une «bonne connaissance», qu’il voyait dans des activités sociales. «Quelqu’un avec un certain leadership, avec qui c’était agréable de parler», dit-il. Dans une entrevue à La Presse début mars, Arthur Porter s’en désolera, décrivant Philippe Couillard comme un «ami inconditionnel». Dans une vidéo qui refera surface à une semaine du congrès, on entend l’ancien ministre, en 2011, lors d’un colloque à l’Université McGill, décrire Porter comme un «excellent ami».

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