Les deux font la paire

En moins d’une semaine, les maires de Montréal et de Laval, villes no 1 et 3 au Québec, sont tombés sur le champ de bataille de la corruption.

Gérald Tremblay et Gilles Vaillancourt ont quitté de la même manière, en lisant une courte déclaration pour attester de leurs blessures profondes. Les témoignages entendus à la Commission Charbonneau et les enquêtes récurrentes des médias les ont précipités au centre d’une toile d’allégations dont ils ne s’extirperont probablement jamais.

Les comparaisons entre les deux hommes s’arrêtent là. Gilles Vaillancourt possédait un instinct politique qui lui aurait peut-être permis de survivre à la tempête s’il avait été le maire de Montréal.

Contrairement à Gilles Vaillancourt, M. Tremblay n’est pas la cible principale de l’Unité permanente anticorruption (UPAC). Il n’a pas reçu la visite des enquêteurs à ses bureaux de l’hôtel de ville ou à sa résidence. Il est l’architecte de son propre malheur, le pyromane qui a allumé les braises encore chaudes du scandale à l’hôtel de ville de Montréal, tandis que Gilles Vaillancourt, lui, ne peut tout simplement plus semer les policiers lancés à ses trousses depuis de nombreux mois. Sur l’échelle du pire, Gilles Vaillancourt est dans une posture bien plus fâcheuse que Gérald Tremblay.

M. Tremblay rêvait de témoigner devant la Commission Charbonneau pour expliquer tous les gestes posés par son administration pour endiguer la corruption. Gilles Vaillancourt espérait juste se faire oublier.

Lorsque les journalistes ont questionné le maire de Montréal sur les allégations de Lino Zambito et de Martin Dumont, il s’est réfugié dans le mutisme: il avait fait des déclarations sous serment et il n’avait pas la liberté de parole, disait-il. Attendons, attendons…

M. Zambito, un ex entrepreneur faisant partie du cartel des égouts, a identifié deux hommes forts de l’administration Tremblay (l’ex directeur général Robert Abdallah et l’ex président du comité exécutif Frank Zampino) comme des rouages essentiels de la collusion. Il a aussi déclaré qu’il devait remettre une ristourne au parti du maire, Union Montréal, pour obtenir des contrats. M. Dumont, un ancien organisateur d’Union Montréal, a évoqué des vestons trop pleins d’enveloppes brunes et des coffres-forts remplis à craquer qui font maintenant partie de la légende à la Commission Charbonneau.

Conclusion? Le maire ne pouvait ignorer le problème de la collusion et du financement illicite de son parti. Sa réaction attentiste l’a coulé. En s’interdisant de réagir avec vigueur et précision, pour attendre une improbable invitation de la Commission Charbonneau, il a laissé le champ libre à ses détracteurs.

L’enflure autour de la hausse de 3,3 % taxes foncières, dépeinte comme «une hypothèque sur la corruption» par l’opposition, est due à son manque de pugnacité. La politique a horreur du vide, dit l’adage.

Lorsqu’il a réalisé qu’il ne faisait pas partie de la liste des témoins qui seront entendus à court terme à la Commission Charbonneau, il était déjà trop tard. M. Tremblay était à court d’options pour rétablir sa légitimité.

D’ailleurs, les explications qu’il a fournies lors de sa démission lundi soir n’étaient guère convaincantes. Il a nié avoir été informé par Jacques Duchesneau que quatre personnages louches s’étaient glissés dans son entourage. Il a réfuté sa présence à une rencontre avec M. Dumont au cours de laquelle il aurait été question de financement illicite.

Et puis voilà. Il n’a amené aucune preuve pour étoffer ses dires. Pas surprenant que la Commission Charbonneau n’était pas intéressée à le recevoir!

Cette commission d’enquête fait languir la classe politique. Gilles Vaillancourt s’est d’ailleurs plaint vendredi lors de sa démission de faire partie d’un club sélect de personnages publics qui font face à des allégations qui altèrent «de façon irrémédiable la réputation des gens».

C’est le propre d’une Commission d’enquête d’éclabousser des réputations, même si tel n’est pas le but recherché. En refusant à Gérald Tremblay une tribune au moment de son choix,  la Commission a envoyé un puissant message: elle va rester maître de son agenda. De quoi faire trembler encore d’autres élus aux mœurs légères.

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3 commentaires
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Voir les nouveaux « chefs » de la ville de Montréal s’aplaudir, gros sourires et se frotter les mains dans la t.v… Ca donne des frissons dans le dos. Moi je ris tellement!

«Les deux font LA paire» ou bien «Les deux font UNE paire». Je préfère «Une». C’est fort moins généraliser, «mausesse» d’habitude contemporaine? qu’est celle de LA généralisation. Ceci écrit, mercis Monsieur Myles pour votre «papier» invitant…Des écrits nourrissants.
Mes respects,
Gaston Bourdages
Simple citoyen – ex-bagnard et écrivain publié «en devenir»
Saint-Mathieu de Rioux.

Soit qu’ils sont des criminels sans scrupule, ou soit qu’ils sont d’une incompétence crasse. Peut-être aussi ont-ils eu un revolver sur la tempe…?