Gérald Tremblay en deux tons

L’ex-maire de Montréal, Gérald Tremblay, a conclu son témoignage à la commission Charbonneau sur une pointe d’amertume, en reprochant à la première ministre, Pauline Marois, de l’avoir désavoué au plus fort de la crise à l’hôtel de ville, l’automne dernier.

Le soleil radieux du week-end ne l’a pas rendu de bonne humeur. Il est revenu à la barre avec l’air renfrogné, et il s’exprimait sur le ton soupe au lait que lui connaissent les chroniqueurs de la chose municipale.

Le contraste était frappant avec sa prestation de jeudi dernier. Avec humour et bonhommie, M. Tremblay a énuméré la liste de ses réalisations politiques et ses efforts, souvent vains et solitaires, pour faire maison nette au 275 Notre-Dame Est.

Quelque chose me dit qu’il a lu les journaux en fin de semaine au lieu de prendre l’air doux du printemps. Ces mêmes chroniqueurs, las des justifications a posteriori de l’ancien maire, ont accueilli ses explications avec une suspicion bien méritée. Malgré tous les signaux d’alarme, M. Tremblay n’a rien vu et rien su de la collusion organisée en système jusqu’en 2009. Pourtant, dès son élection en 2001, les rumeurs d’enveloppes brunes étaient venues à ses oreilles.

Encore lundi, il a été incapable de condamner noir sur blanc la conduite de son ancien président du comité exécutif, Frank Zampino, en remettant en question la possibilité qu’il ait été influencé par des promoteurs dans l’exercice de ses fonctions. Le truquage des appels d’offres? Trop gros et trop compliqué pour être vrai.

La juge France Charbonneau en avait la berlue. «Vous n’êtes pas sérieux, avec tous les témoignages que vous avez entendus devant la Commission? Vous croyez alors que les gens sont venus mentir?», lui a-t-elle demandé.

M. Tremblay est un homme blessé, c’est un euphémisme. En conclusion de son témoignage, il s’en est pris aux «gérants d’estrade» qui profitent de leur tribune pour formuler «des remarques désobligeantes» à son égard. Peut-être croyait-il naïvement qu’il allait ressortir des audiences drapé dans les habits chics du redresseur en chef de l’hôtel de ville. Mais non. Son image de politicien mal entouré, qui n’a pas posé les bonnes questions en temps utile, lui colle à la peau comme la guigne.

Il est d’ores et déjà établi que les entrepreneurs et les ingénieurs ont évolué au seins de cartels pour se partager les contrats d’infrastructures à Montréal, en échange de contributions illégales à Union Montréal. Il restera cependant un mystère sur l’ampleur des sommes entassées dans le coffre-fort du parti et leur cheminement.

L’ombre de la mafia restera aussi une ombre, pour le plus grand malheur de la vie démocratique à Montréal. Personne n’a questionné le maire Tremblay sur les menaces dont il aurait fait l’objet, en 2009, et les deux bombes incendiaires retrouvées à son chalet, en 2005.

Encore ce matin, La Presse rapporte que M. Tremblay est désormais placé sous protection policière, à la suite d’une défaillance mécanique suspecte sur son automobile. Les boulons d’une roue ont été dévissés après sa première journée de témoignage à la commission, ce qui aurait pu provoquer un accident grave. La Sûreté du Québec (SQ) enquête sur cette affaire. Voilà le genre d’incident qui n’est pas de nature à améliorer l’humeur d’un témoin durant le week-end, aussi radieuse soit la météo…

La commission Charbonneau délaisse maintenant Montréal pour la Rive Nord, avec le témoignage d’un ancien employé de Roche, Gilles Cloutier. En bon spécialiste du développement des affaires, il a joué un rôle similaire à celui de Bernard Trépanier, en organisant des élections clefs en mains dans la couronne nord. C’est l’histoire du financement des partis politiques que nous propose maintenant la commission.

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Il n’y a aucune excuse pour un chef de ne pas savoir se qui se passe dans son organisation surtout avec tout les déclaration qui ont eu lieu au fil du temps