Les devins du Québec indépendant

Gilles Duceppe sait ce que le gouvernement élu hypothétique d’un pays tout aussi hypothétique aurait décidé ou va hypothétiquement décider. Et il le sait avec conviction. 

Politique

La campagne électorale en est maintenant à son 172e jour (je crois… j’ai perdu le compte en même temps que mon intérêt), mais sauf un billet en défense de VirJiny Provost, je n’ai pas vraiment parlé du Bloc québécois.

Son chef mène une campagne correcte, et il aide l’environnement en ressortant ses vieux discours plutôt que d’en imprimer de nouveaux. Qu’en aurais-je dit?

Recyclons une des expressions favorites de Gilles Duceppe: si sa grand-mère avait eu des roues, ça m’aurait fait au moins une chose à dire dans un billet de blogue. Grand-maman Duceppe n’ayant rien d’une brouette, j’ai laissé le Bloc tranquille.

Ça ne veut pas dire que rien ne me gratte le bobo de chroniqueur. Prenez ces deux citations récentes du chef bloquiste:

«Ottawa doit cesser d’investir dans le pétrole et prendre le virage de l’économie verte. C’est certainement ce que fera un Québec indépendant.» (Journal de Montréal)

«Je suis convaincu qu’un Québec indépendant ferait partie de la coalition qui combat ce groupe [le groupe armé État islamique] qui commet des crimes contre l’humanité.» (Le Devoir)

Gilles Duceppe sait ce que le gouvernement élu hypothétique d’un pays tout aussi hypothétique aurait décidé ou va hypothétiquement décider. Et il le sait avec conviction. C’est quand même tout un exercice de divination, qui place monsieur Duceppe dans les rangs des professionnels comme madame Minou.

Verra-t-on monsieur Duceppe à l’infopub de voyance que diffuse V en fin de soirée, tournant des cartes de tarot? «Je vois un pays à gauche qui rejette les pipelines et… peut-être un bébé? Êtes-vous enceinte?»

L’argument «Un Québec indépendant ferait X», où X est le contraire de ce que fait le Canada, est souvent utilisé par les souverainistes. Comme si le pays du Québec allait être en tout temps dirigé par le gouvernement parfait, anti-tout-ce-qu’on-n’aime-pas-en-ce-moment et pro-tout-ce-qui-serait-en-mesure-de-te-convaincre-de-voter-oui.

Le pays du Québec va pourtant être peuplé des mêmes électeurs que la province actuelle. Des électeurs parfois à gauche, parfois à droite, souvent dans le champ. Certains électeurs sont bien renseignés, d’autres répondent «J’aime bien monsieur Duceppe, mais je vais quand même voter pour Pierre Karl Péladeau», comme je l’ai entendu à la radio récemment.

Le PLQ ne va pas disparaître, Philippe Couillard va encore pouvoir se présenter aux élections, de même que Mélanie Joly, qui pourrait devenir la toute première présidente de la République du Québec! Ça fait rêver, non?

Serait-on plus vert, plus solidaire, plus innovateur dans un Québec indépendant? Ça se peut. Ça se peut aussi qu’on soit plus brun, plus néo-libéral et qu’on ait notre propre Donald Trump, un certain Rénald Latrompe, acclamé pour ses positions pas d’allure et son projet de mur sur la frontière avec le Nouveau-Brunswick.

De toutes les promesses que porte l’idée d’un Québec indépendant, celle selon laquelle ses habitants gagneraient comme par magie un instinct politique infaillible me semble la plus irréaliste. Le pays du Québec va voter aussi souvent contre ses propres intérêts que la province de Québec. C’est dans nos gènes.

Nous aurons la mainmise sur nos décisions, mais s’il y a une chose dont je suis certain, c’est que nous ne serons pas meilleurs pour les prendre.

 

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

15 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Vous savez ce qui m’énerve le plus chez Duceppe présentement? Il a repris sa marotte de la défense des intérêts du Québec
Tiens, l’autre jour il se lancait dans la défense de la distribution du courrier par Poste Canada. A matin il demande une augmentation des taxes des cies

Il ne comprend pas, ou ne veut vraiment pas comprendre, que son rôle c’est de faire la promo de la souveraineté, de nous donner une voix à Ottawa. Ca ne lui rentre pas dans le coco

Pour la première fois de ma vie, je pense que je n’irai pas voter.

Ce matin le 22 sept dans une conférence de presse , il prétend sans rire que dans un Québec indépendant il ne signerait pas le pacte de la gestion de l’offre et de toute façon nous les québecois nous tous contre cette politique!! Pauvre M.Duceppe quand il parle , il se regarde dans le miroir et voit tout à coup tous les contribuables voteurs du Québec avec des poignées dans le dos!

Pas très comique comme article. Et plutôt superficiel comme réflexion.
C’est bien évident qu’un Québec indépendant cessera de subventionner les pétrolières et ça n’a rien à voir avec l’astrologie.
Le pétrole est en Alberta. À moins que l’Alberta fasse partie d’un Québec indépendant, c’est bien évident qu’aucun parti politique au Québec ne proposera de leur verser des subventions.

@Ted, et si on trouve du pétrole du Québec? Il y a actuellement de l’exploration en Gaspésie, le gouvernement n’aidera pas cette industrie? Cela serait une première, il semble aider toutes les autres…

Parle pour toi mon pauvre ted! Une chance que le Québec n’ est pas indépendant, car on aurait la première dictature de l’ histoire en amérique!

Un billet qui sent son solidaire allergique à l’indépendance décidée par d’autres que Québec Solidaire. Un Québec indépendant? Beaucoup plus fasciste qu’un Québec dépendant, ça! Ben oui, assurément. Ce qui est le plus risible et le plus déprimant, monsieur Charlebois, c’est ironiquement votre propension et celle d’une bonne gauche vertueuse qui parle toujours avec assurance d’un hypothétique pays du Québec à droite, avec un hypothétique président à droite, avec un hypothétique mur de Berlin et avec une hypothétique république de Québécois-de-souche-riches-et-rednecks.
Quand on est contre l’indépendance qui n’est pas systématiquement solidaire, on laisse notre bonne vertu de côté et on donne au Bloc la couleur qu’on veut bien lui donner.
Parce que si c’est rendu ça la gauche au Québec, essayer de couler des partis indépendantistes (alors que l’idée d’indépendance n’appartient pas à un seul parti ni à une seule génération), je ne la trouve pas plus vertueuse que la Jeunesse libérale et la jeune chambre des communes.

Qu’est-ce que le bloc fait, ça n’a plus sa raison d’exister, les Québécois nous ont montré, que quand c’est le temps de mettre nos culottes ont fait pipi (référendum). Donnons une chance au NPD, pour essayer du nouveau, un candidat du NPD s’est prononcé contre le port du niqab, lors de l’assermentation, cela nous prouve que les mentalités changent.

On a élu des députés NPD en masse. Ils ont eu 4 belles années pour nous montrer leur savoir-faire. Qu’ont-ils fait ? Qui peut me nommer une seule chose qu’ils ont fait et qui était une défense des intérêts spécifiques du Québec ? Ne cherchez pas. Il n’y a rien. Ils ont pris la défense des Québécois si cela représentait aussi la défense des Canadiens. En ce qui me concerne, la sagesse commande que l’on redonne au Bloc la place qui lui revient.

Ouf quelle vision extraordinaire!! Vous devriez vous promener dans le Québec profond (comme disait l’ ancien ministre) pour vous appercevoir qu’ il est temps pour vous de reprendre le bâton du pellerin pour ranimer les troupes!!

Le Bloc est une farce monumentale qui a assez durée.

Souvenez-vous de cette phrase du père fondateur du Bloc, Lucien Bouchard: « Nous mesurerons notre taux de succès à la brièveté de notre mandat! ».

C’était il y a plus de 25 ans!!!

Le Bloc n’a jamais rempli son mandat et a servi de refuge aux rejects du PQ qui voulaient se payer de très généreux privilèges et un pharaonique fonds de pension aux frais du pays qu’ils prétendaient vouloir détruire et ce, sans trop se forcer, en demeurant sur les lignes de côté, comme des meneuses de claques.

En fait, Duceppe ne veut pas l’indépendance, il veut un gouvernement fédéral puissant et envahissant: c’est ainsi que les québécois peuvent jouer les gérants d’estrade, en se soustrayant du pouvoir mais en critiquant constamment les « autres » qui nous menacent et n’agissent pas selon nos « valeurs » (à définir). Çà fait du bien et ainsi on ne fait jamais d’erreur. Posture hautement morale.
Et quand le Québec peut agir, il ne le fait pas, empilant moratoires sur moratoires (pétrole, uranium, gas de schiste, transport d’électricité) ou en remettant aux calendes grecques les projets réalisables (une voie réservée pour Via Rail, une route 20 élargie, une agriculture compétitive) pour viser des objectifs totalement irréalistes: TGV, monorail et moteur-roue, société sans pétrole, agriculture traditionnelle, cabotage sur le Saint-Laurent et un port par village …
Quand on pourrait un peu, on demande la lune. Quand on ne peut pas, c’est la faute des autres. Le Québec indépendant n’y changerait rien. Ce sera la faute des américains, des canadiens, des anglo-québécois (s’il en reste) ou même, pourquoi pas, des chinois.

« L’argument «Un Québec indépendant ferait X», où X est le contraire de ce que fait le Canada, est souvent utilisé par les souverainistes. Comme si le pays du Québec allait être en tout temps dirigé par le gouvernement parfait, anti-tout-ce-qu’on-n’aime-pas-en-ce-moment et pro-tout-ce-qui-serait-en-mesure-de-te-convaincre-de-voter-oui. »

Un Québec indépendant pourrait prendre un nombre considérable de décisions qu’il ne peut pas prendre en ce moment parce qu’il s’agit de champs de compétence fédéraux. Puisque c’est dans les petits détails que l’on parvient à faire la différence entre un travail ordinaire et une travail exceptionnel, il ne fait nul doute à mon esprit qu’en se donnant la possibilité d’agir sur tous ces petits détails (plutôt que les laisser à un pallier de Gouvernement qui se doit de gouverner pour un plus grand ensemble) nous ferions sans aucun doute mieux que ce qu’il est possible de faire en ce moment.

Le Québec en a déjà plein les baskets avec ses « champs de compétence »:

Nous sommes les plus taxés, les plus imposés ET les plus ENDETTÉS en Amérique, nos médecins de famille sont inaccessibles, les listes d’attente sont interminables dans nos hôpitaux, nos infrastructures qui tombent en ruine, 800.000 analphabètes, 45 % de la population en situation d’illettrisme chronique, pas capable de lire une documentation simple et de la comprendre, le recteur Breton qui déclare récemment que les diplômés de l’UQAM sont bons..uniquement pour le Québec, le plus bas taux (per-capita) au Canada, de brevets déposés par les universités et les entreprises, sans McGilll je n’ose imaginer ou nous serions…,le plus bas taux en % de diplomation à l’université pour les baccalauréats et les maîtrises, ne parlons pas des doctorats surtout dans le domaine scientifique ou sans les étudiants étrangers (ceux qui coûtent chers paraît-il) des départements scientifiques de certaines universités seraient fermés…

Etc…etc… La liste est loooooongue…

Commençons par régler les innombrables problèmes que NOUS avons nous-mêmes créés via le « modèle québécois » (que personne au monde n’imite soit dit en passant et avec raison…) et qui relèvent de NOS propres « champs de compétence » et ensuite pourra-t-on peut-être s’occuper des problèmes des autres.

Y’a en marre de tous ces gens incultes qui prétendent bêtement que tous nos problèmes seraient réglés avec le séparatisme et que nous ferions mieux que les autres..