L’école privée et «la vie scolaire»

Selon la Fédération des établissements d’enseignement privés, les cadres du réseau public qui migrent vers l’école privée citent souvent leur désir de maîtriser tous les leviers nécessaires pour bien encadrer les élèves qui leur sont confiés. 

PolitiqueBonjour monsieur Vadeboncœur,

Les questions que vous posez sont fort pertinentes ! Malheureusement, il y a peu d’études et de données qui dressent un portrait objectif permettant d’y répondre. À notre connaissance, la seule étude québécoise qui permet de comparer l’impact de l’école privée sur des élèves comparables porte sur les mathématiques, et non le français. Vous en trouverez un résumé sur le site de l’UQAM.

En ce qui a trait aux élèves en difficulté qui fréquentent l’école privée, encore là, il y a peu de documentation. Un groupe de travail ministériel s’est penché sur la question il y a deux ans. Le rapport de ce comité démontrait que les plus petites écoles privées accueillent une plus grande proportion d’élèves HDAA que les grosses. Ainsi, au primaire, les écoles de moins de 150 élèves accueillent plus de 26 % d’élèves HDAA comparativement à 13 % pour celles de 450 élèves et plus. Au secondaire, les écoles qui comptent moins de 300 élèves accueillent près de 20 % d’élèves HDAA comparativement à 7,5 % pour celles qui ont plus de 1200 élèves. Un résumé des conclusions de cette étude est présenté dans un mémoire publié par la FEEP en 2014, disponible en cliquant ici (page 35 et suivantes).

Pour ce qui est des écoles qui offrent des classes avec moins d’élèves pour soutenir les élèves en difficulté, une précision s’impose. Les écoles privées subventionnées ont moins d’argent que les écoles publiques pour les élèves en difficulté, car le financement du MELS pour ces élèves qui fréquentent le privé n’est pas bonifié, alors qu’il l’est au public. Comment alors les écoles privées peuvent-elles offrir des classes avec appui pédagogique qui comptent moins d’élèves ? En faisant appel à la Fondation, en ajoutant quelques élèves de plus dans les autres classes, en demandant plus d’argent aux parents des élèves inscrits à ce programme, et parfois en demandant aux enseignants des modifications à leurs conditions de travail. Les écoles privées sont autonomes et chacune adopte ses propres solutions, en fonction de sa réalité et de sa communauté.

Pour ce qui est de l’encadrement, il faut mentionner qu’un élément qui distingue l’école privée est le fait que tout le personnel qui travaille pour l’école est rattaché à l’école et travaille sur place au quotidien. Ainsi, le ratio adultes-élèves dans l’école est généralement plus élevé qu’à l’école publique où une partie du travail se fait à l’extérieur de l’école, dans les bureaux de la commission scolaire. La stabilité du personnel, embauché directement par l’école et relevant directement de celle-ci, est une autre caractéristique qui renforce l’encadrement. Les écoles privées accordent généralement une grande importance à ce que nous appelons «la vie scolaire». Cela englobe le respect du code de vie, l’engagement dans les activités parascolaires, le suivi individuel de chaque élève, non seulement sur le plan académique, mais aussi en ce qui a trait à son développement personnel. Évidemment, la qualité de cet encadrement varie d’une école à l’autre et on peut certainement trouver des écoles publiques qui offrent un encadrement équivalent à celui de certaines écoles privées. Cependant, lorsque des cadres du réseau public migrent vers l’école privée, c’est souvent là une des raisons qu’ils citent pour expliquer leur décision : leur désir de maîtriser tous les leviers nécessaires pour bien encadrer les élèves qui leur sont confiés. Cela ferait certainement l’objet d’une étude intéressante si des chercheurs universitaires voulaient étudier cette question.

En terminant, vous mentionnez que les écoles privées mettent à la porte les élèves moins performants. Cette pratique est aujourd’hui très rare. Plusieurs écoles privées se sont fixé comme objectif d’amener chaque élève qu’elle accueille à la réussite et sont fières d’affirmer qu’elles affichent des taux de rétention nettement supérieurs aujourd’hui à ce qu’ils étaient il y a quelques années.

En conclusion, je ne peux qu’abonder dans le même sens que vous et déplorer le manque de données et d’informations qui permettraient de mieux comprendre ce qui explique la réussite des élèves. En attendant, on peut toujours se rabattre sur le classement de Hattie qui, à la suite d’une série de méta-analyses, a proposé un classement des principaux facteurs qui contribuent à la réussite des élèves.

C’est un point de départ intéressant pour la mobilisation qu’on voit au Québec pour accroître les taux de réussite scolaire de nos jeunes.

Jean-Marc St-Jacques est président de la Fédération des établissements d’enseignement privés et directeur général du collège Bourget.

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