Réforme électorale : les étranges solutions de C-23

Le projet de loi C-23 des conservateurs s’appuie sur un principe simple : la meilleure façon de réduire le nombre de fraudes électorales, c’est de réduire le nombre d’électeurs. Pas besoin de consulter des experts pour le savoir. C’est d’ailleurs pourquoi les conservateurs semblent n’en avoir consulté aucun en l’écrivant, dit le blogueur Mathieu Charlebois.

PolitiqueOn a peu parlé du projet de loi C-23 du gouvernement Harper au Québec. Il faut dire que pendant plus d’un mois, les élections provinciales ont pris toute notre attention. Un peu comme ceci :

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La loi C-23, donc, ou «Loi sur l’intégrité des élections». Ma voisine de blogue, Manon Cornellier, a pondu une série de billets sur le sujet.

On s’attendrait d’une loi du genre qu’elle s’attaque aux vrais problèmes de notre système électoral : le maudit petit crayon à mine avec lequel on doit faire notre X, les «vox-pop» de Guy Nantel, les slogans électoraux un peu débiles, le look «agent d’immeubles» des pancartes, etc.

La loi C-23 ne fait malheureusement rien de tout ça.

Problème : il y a trop de monde qui vote

Le projet des conservateurs s’appuie sur un principe simple : la meilleure façon de réduire le nombre de fraudes électorales, c’est de réduire le nombre d’électeurs. Pas besoin de consulter des experts pour le savoir. C’est d’ailleurs pourquoi les conservateurs semblent n’en avoir consulté aucun en écrivant C-23.

Pour voter, il faudra présenter une preuve d’identité et une preuve d’adresse. Le petit carton envoyé par Élections Canada ? Non, ça ne fait pas. Quelqu’un qui jure que vous êtes bien qui vous êtes non plus. Une photo de vous en train d’aménager à votre adresse actuelle ou la facture de la pizza que vous avez payée à tout le monde lors du déménagement ? Arrêtez de niaiser, ça ne fonctionnait pas plus avant C-23.

Si vous avez un permis de conduire, bingo, le tour est joué. Si vous faites partie du 15 % de Canadiens qui n’ont pas de permis et «tètent» toujours des lifts à leurs amis pour aller chez Ikea, vous pouvez toujours apporter une facture d’Hydro-Québec avec vous.

Vous n’avez pas de permis de conduire ET vous vivez au XXIe siècle, en plus de traiter toutes vos factures par Internet ? Tant pis, ce sera plus compliqué pour vous.

De toute façon, les granos qui n’ont pas d’auto, tout comme les personnes âgées et les autochtones — deux autres groupes particulièrement touchés —, ça ne vote pas vraiment conservateur, alors…

Problème : l’argent n’a pas assez d’influence dans le monde politique

Êtes-vous tanné de ne pouvoir donner que 1 200 dollars par année à votre parti politique préféré (dont le nom commence par «conser», évidemment) ? Ce montant dérisoire sera heureusement haussé à 1 500 dollars, soit une fois et demie le salaire hebdomadaire moyen au Canada. Le Canadien moyen sent déjà son emprise sur la politique augmenter.

De la même manière, saviez-vous qu’un candidat n’a actuellement pas le droit de donner plus de 1 200 dollars à sa propre campagne ? Alors comment voulez-vous attirer en politique des gens d’affaires, des gens qui ont réussi dans la vie, si on les empêche d’utiliser leur argent pour se donner un avantage sur les autres ? C’est pourquoi cette limite va passer de 1 200 dollars à 5 000 dollars avec C-23.

Petite pause quiz !

Qui devrait superviser le processus électoral au bureau de vote ?

a) Quelqu’un de neutre, qui n’a aucun lien avec les candidats

b) Le meilleur ami du candidat ayant remporté les dernières élections

Si vous avez répondu a), vous avez beaucoup trop de jugement pour la loi C-23. Après tout, qui sait mieux que le gagnant des élections comment ça fonctionne, les élections ?

À l’heure actuelle, les superviseurs de scrutin sont nommés par Élections Canada. La loi C-23 veut que ceux-ci soient plutôt nommés à partir d’une liste élaborée par le candidat ou le parti qui a gagné les élections précédentes.

La mère du candidat, son frère, son partenaire de quilles ou même Pierre Poutine en personne, bref : que des gens qui n’auront comme seul objectif que le bon déroulement du processus électoral.

Les critiques, les critiques, c’est pas une raison pour changer d’idée

Depuis son dépôt, le projet de loi a récolté plus de critiques que le dernier gagnant de La voix sur les réseaux sociaux.

C’est un projet de loi tellement mal conçu qu’il a même réussi à faire sortir les sénateurs conservateurs de leur profond sommeil. C’est dire. La dernière fois qu’une telle chose s’est produite, c’est quand Patrick Brazeau a fait jouer du Megadeath à plein volume au Sénat, pour niaiser.

Et pourtant, Pierre Poilievre, le ministre responsable du dossier, ne bronche pas.

On en vient à se demander ce qui a le plus de chance d’arriver : l’été, ou le Parti conservateur qui écoute l’avis des experts.

* * *

À propos de Mathieu Charlebois

Ex-journaliste Web à L’actualité, Mathieu Charlebois blogue sur la politique avec un regard humoristique depuis 2014. Il est aussi chroniqueur musique pour le magazine L’actualité depuis 2011 et co-rédacteur en chef du webmagazine culturel Ma mère était hipster, en plus d’avoir participé à de nombreux projets radio, dont Bande à part (à Radio-Canada) et Dans le champ lexical (à CIBL). On peut le suivre sur Twitter : @OursMathieu.

 

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