Les gagnants et les perdants du budget Flaherty

Le budget fédéral 2012 est en droite ligne avec la vision de Stephen Harper depuis qu’il a pris le pouvoir: réduire la taille de l’État. Mais dans ce plan, tous ne sont pas égaux… Voici quelques gagnants et perdants du budget.

Les gagnants et les perdants du budget Flaherty
Photo : Adrian Wyld / PC

La stratégie de communication politique employée par le gouvernement Harper est vieille comme le monde: laisser présager le pire pendant des mois afin que les citoyens poussent un soupir de soulagement à l’annonce des mauvaises nouvelles.

Depuis l’automne, les ministres, députés et conseillers politiques soutenaient que les compressions dans les dépenses de programmes atteindraient 10 %, voire plus. La peur régnait dans les ministères à Ottawa. La hache allait s’abattre sur l’appareil étatique et retrancher 8 milliards de dollars par année. Les services aux citoyens étaient en péril. Même à la veille du budget, les fuites faisaient état de sept milliards…

Le couperet sera finalement de 5,2 milliards de dollars, soit 6,9 % des dépenses de programmes. Ouf !

Or, c’est tout de même davantage que les quatre milliards de dollars de compressions sur lesquelles Stephen Harper a fait sa campagne électorale et obtenu son mandat majoritaire.

En conférence de presse, le ministre Jim Flaherty a affirmé que le gouvernement est «modéré et pragmatique». Il a qualifié son exercice de «plus important budget» depuis que les conservateurs sont au pouvoir. Évidemment, certains en sortent gagnants et d’autres, perdants. Voici un aperçu.

LES PERDANTS DU BUDGET

Les citoyens âgés de moins de 49 ans devront attendre jusqu’à 67 ans, soit deux ans de plus, avant de pouvoir toucher leur Sécurité de la vieillesse (6400 $ par année). Même scénario pour les personnes plus démunies qui voudraient bénéficier du Supplément de revenu garanti (qui peut aller jusqu’à 8700 $ par année). Les personnes de 49 à 54 ans subiront la mesure en partie, selon leur âge.

La fonction publique perdra 19 200 postes d’ici trois ans. Près de 7200 seront par attrition ou départs à la retraite non remplacés, alors que 12 000 seront de véritables pertes d’emplois. L’âge de la retraite des fonctionnaires passe de 60 à 65 ans.

Les provinces ne subissent aucune réduction de leurs transferts, mais l’impact n’est pas nul pour autant. Ottawa précise noir sur blanc dans son budget qu’il ne construira aucune nouvelle prison pour faire face à l’augmentation du nombre de prisonniers qui découlent du durcissement du code criminel. Ce sont les provinces qui vont payer la facture. Pour le Québec, la somme pourrait atteindre un milliard de dollars sur cinq ans.

Les provinces pourraient aussi devoir verser davantage de prestations d’assurance-sociale aux personnes âgées de 65 à 67 ans qui ne toucheront pas l’allocation de sécurité de la vieillesse ou le Supplément de revenu garantie.

– Il n’y a rien dans le budget sur les changements climatiques ou l’adaptation du Canada aux transformations climatiques. La Table ronde nationale sur l’environnement, qui conseillait le gouvernement fédéral depuis des années, est abolie.

– Le ministère des Ressources naturelles a officiellement pris le contrôle du processus d’évaluation environnementale des grands projets. Ce ministère à vocation économique, davantage sympathique aux entreprises, présentera un projet de loi pour réformer le processus d’approbation des projets à la place du ministère de l’Environnement.

Les députés de la Chambre des communes devront réduire les dépenses de fonctionnement de leur bureau de 7 % d’ici 3 ans (30 millions $ par année). Ils devront aussi, mais seulement aux lendemains de la prochaine élection en 2015, contribuer davantage à leur régime de pension.

Radio-Canada redoutait les compressions. Le gouvernement ne ferme pas la société d’État, mais lui retranche plus que la moyenne, soit 10 %. Radio-Canada et CBC devront dégager des économies récurrentes de 115 millions de dollars d’ici trois ans.

Le ministère des Affaires étrangères devra sabrer 170 millions de dollars, soit 8,9 % de son budget. Le Canada vendra des résidences et des édifices à l’étranger, souvent dans les lieux prestigieux, pour déménager ses diplomates dans de plus petits logements ou des ambassades plus discrètes. Le gouvernement espère toucher 80 millions $ avec ces ventes. Les diplomates devront aussi travailler plus longtemps à l’extérieur du pays avant de revenir au Canada (rotation plus longue) et leur allocation de logement sera réduit.

La recherche scientifique devra aussi couper. Le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie doit économiser 30 millions $ par année ; le Conseil national de recherches du Canada, 16,3 millions $ ; le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, 14 millions $ ; et Statistique Canada, 33,9 millions de dollars.

Développement économique Canada pour les régions du Québec sera amputé de 28,1 millions de dollars par année.

La pièce d’un cent (!), qui sera progressivement éliminée par le gouvernement.

QUELQUES GAGNANTS

Les Canadiens de plus de 54 ans ne sont pas touchés par la réforme de la Sécurité de la vieillesse et du Supplément de revenu garantie, qui prendra effet entre 2023 et 2029.

Les personnes âgées les plus pauvres n’auront plus à demander le Supplément de revenu garanti au gouvernement. Ils le recevront automatiquement s’ils se qualifient.

La Garde côtière reçoit 5,2 milliards de dollars sur 11 ans pour renouveler sa flotte de bateaux.

La Défense nationale subit des compressions, comme les autres ministères, mais beaucoup moins importantes. Le gouvernement tient sa promesse d’augmenter son budget de 2 % par année pendant plusieurs années. Ottawa applique la réduction de 1,19 milliard de dollars sur trois seulement après cette augmentation, de sorte qu’au net, le budget va continuer de croître, mais très lentement. En 2011, le budget du ministère de la Défense était de 21,575 milliards de dollars. En 2014-15, à la fin de l’exercice de compression, il sera de 21,777 milliards. Le gouvernement plafonne toutefois le nombre de soldats à 68 000, et le nombre de réservistes à 27 000.

Les réservistes des Forces canadiennes auront une aide pour réintégrer le marché du travail après avoir servi dans l’armée à temps plein.

Les communautés autochtones, qui ont obtenu un grand sommet avec Stephen Harper en janvier dernier, se voient octroyer 275 millions $ sur trois ans pour améliorer les infrastructures scolaires. Une somme de 330 millions $ ira à l’amélioration des infrastructures d’eau potable dans les réserves. Il n’y a toutefois rien pour le logement sur les réserves.

Le Conseil des arts n’obtient aucune nouvelle somme, mais il ne subit pas de compressions…

Les musées de la région d’Ottawa ne subissent aucune diminution de budget

– Le secteur du capital de risque pour les petites entreprises reçoit 400 millions de dollars. La Banque de développement du Canada, qui aide les PME, touchera quant à elle 100 millions.

Le Conseil national de recherches du Canada recevra 67 millions pour réorienter ses activités vers la recherche dirigée par les entreprises.

Génome Canada reçoit 60 millions de dollars.

Le gouvernement affirme que ce budget n’est pas aussi austère que celui d’autres pays occidentaux, comme la Grande-Bretagne ou l’Espagne, qui doivent charcuter leurs programmes. En effet, il y a peu de chance que les Canadiens descendent dans la rue pour protester contre ce budget.

Mais ce que le gouvernement Harper ne dit pas, c’est qu’il a lui-même creusé le trou dans les finances publiques qu’il tente aujourd’hui de combler à coups de compressions. La récession n’est pas la seule responsable du déficit prévue de 21,1 milliards de dollars en 2012-13. Les baisses d’impôts massives aux entreprises et la réduction de la TPS ont grugé près de 20 milliards de dollars dans les revenus d’Ottawa…

Le premier ministre Stephen Harper est un étapiste. Dans les réunions stratégiques du gouvernement, quand vient le temps de prendre une décision importante, ses conseillers répètent: «ce qui vaut la peine d’être fait doit être fait lentement». La réduction de la taille de l’État ne fait pas exception. D’abord les revenus, maintenant les dépenses.

Au-delà d’un État minceur, le gouvernement a également l’œil sur sa réélection. Le ministère des Finances prévoit le premier surplus (3,4 milliards $) en 2015-16, soit lors du dernier budget avant les élections à date fixe de l’automne 2015. Sans les compressions de 5,2 milliards, il n’y arrivait pas.

Non seulement Stephen Harper pourra se vanter en campagne d’avoir rééquilibré les finances publiques, mais il pourra enclencher ses promesses électorales de 2011 conditionnelles à l’élimination du déficit, notamment le fractionnement du revenu des couples avec enfants (une diminution d’impôts de 2,5 milliards par année), les crédits d’impôts pour l’activité physique des adultes et l’augmentation du plafond des Comptes d’épargne libre d’impôt (CELI). Des mesures ciblées qui se vendent bien.

 

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