Les gagnants n’ont rien gagné

Les gagnants n’ont rien gagné hier soir, lors des trois élections partielles fédérales. Le Parti vert du Canada est la seule formation qui peut sortir la tête haute de cette première épreuve de force depuis les élections générales du 2 mai 2011. Et pourtant, les verts n’ont remporté aucune des trois circonscriptions…

Elizabeth May, chef du Parti vert du Canada. Crédit photo: Karen Fox/C.C. 2.0

Voyons les bonnes et les mauvaises nouvelles pour chacun des partis.

Parti vert du Canada (PVC)

Bonnes nouvelles:

L’entrée à la Chambre des communes de la chef, Elizabeth May, pourrait ne pas rester une erreur de parcours. La formation attire encore l’attention dans certaines régions du pays, notamment dans l’Ouest.

Dans Victoria, la circonscription adjacente à celle d’Elizabeth May, le candidat vert Donald Galloway a bien failli causer la surprise, s’inclinant par 1151 voix (34,3 %) face au NPD (37,2 %), qui avait facilement remporté la circonscription en 2011, avec 50,8 %. Un gain de 22,7 points depuis 2011 pour le Parti vert. C’est la deuxième meilleure performance de l’histoire du Parti vert du Canada.

Dans Calgary-Centre, le candidat vert Chris Turner a fait une très bonne 3e place, avec 25,6 % des voix. Un gain de 15,7 points depuis 2011.

Elizabeth May pourra bâtir sur ces bonnes performances, qui vont revigorer ses militants.

Mauvaises nouvelles:

Il y en a peu, si ce n’est la défaite dans Victoria, alors que la victoire était à porter de main. Lors d’une partielle, un petit parti peut y concentrer toutes ses énergies afin de causer une surprise. Refaire ce résultat lors d’une élection générale où la chef doit se déplacer partout sera plus difficile.

Dans Calgary-Centre, Chris Turner a bénéficié d’un vote de protestation de la part de beaucoup de conservateurs centristes, les «red tories», qui proviennent de la mouvance de la première ministre albertaine Alison Redford. Ils n’aimaient pas la candidate conservatrice Joan Crockatt, qui n’a participé à aucun débat local et qui était jugée très à droite, dans la mouvance du Wildrose Alliance, dont provenaient plusieurs de ses organisateurs. Elle avait beau se décrire comme pro-choix, plusieurs conservateurs sociaux ont fait campagne avec elle, ce qui a été mal reçu dans ce comté plus centriste que le reste de la ville. Plutôt que de voter pour le NPD ou le Parti libéral, deux formations qui n’ont pas la cote dans le sud de l’Alberta, beaucoup de red tories se sont tournés vers le Parti vert. Bref, le vote vert est probablement surévalué dans cette circonscription.

 

Parti conservateur du Canada (PCC)

Bonnes nouvelles:

Il a conservé ses deux circonscriptions, Durham et Calgary-Centre. Son vote dans Durham, en Ontario, est resté fort et stable, à plus de 50 % du total.

Mauvaises nouvelles:

Il y a toutefois des mauvaises nouvelles pour le Parti conservateur, notamment en Alberta. Il y a clairement un avertissement pour Stephen Harper. Dans Calgary-Centre, une circonscription acquise aux conservateurs depuis 40 ans, leur candidate a failli échapper le ballon. La courte victoire par 1167 voix (36,9 %) devant le Parti libéral du Canada (32,7 %) est due à une machine de sortie de vote efficace compte tenu du taux de participation très bas de 29,4 %.

Vrai que Calgary-Centre est un peu le Plateau Mont-Royal de la métropole albertaine. C’est là que la vague de Naheed Nenshi, musulman élu maire en 2010, a commencé. Mais étant donné les forces en présence, avec un Parti libéral du Canada et un NPD très faibles, la victoire devrait avoir été beaucoup plus facile. Harper devra surveiller les divisions internes dans ses rangs en Alberta, entre l’aile red tories et celle du Wildrose. Il devra aussi veiller à choisir de meilleurs candidats. Il doit en partie sa victoire aux erreurs de Justin Trudeau et David McGuinty, abondamment exploité par ses troupes sur le terrain.

Dans Victoria, le 14,4 % recueilli est plus faible que le 23,6 % de 2011. Pas de quoi pavoiser.

 

Nouveau Parti démocratique (NPD)

Bonnes nouvelles:

À son premier test électoral comme chef, Thomas Mulcair a réussi à conserver Victoria. Sa machine de terrain a fait le travail lors de la sortie de vote. Il a aussi vu ses appuis grimper en Ontario, alors que dans Durham, le NPD passe de 21,1 % en 2011 à 26,3 %. Dans le sud de l’Ontario, où il y a beaucoup de circonscriptions en jeu, le NPD pourrait s’imposer en 2015 comme l’alternative au Parti conservateur, devant le Parti libéral.

Mauvaises nouvelles:

Il y en a plusieurs. D’abord, Victoria aurait dû être une victoire facile. Le NPD provincial en Colombie-Britannique est en tête des sondages. Le NPD de Mulcair fait un bon travail aux Communes. Et cette circonscription a été remportée avec une avance de 16 404 voix en 2011… Pourtant, le Parti vert a bien failli lui ravir ce château fort.

Les résultats dans Victoria et Calgary-Centre montrent que les verts peuvent sérieusement gruger les appuis du NPD. Leurs électeurs sont des vases communicants. Mulcair devra surveiller Elizabeth May sur sa gauche, ce qui risque de lui compliquer la vie, lui qui souhaite recentrer son parti pour faire la lutte au Parti conservateur.

Dans Calgary-Centre, avec un anémique 3,8 %, le NPD n’était même pas une option sur la carte. Les progressistes qui voulaient déloger les conservateurs ont pensé que le PLC avait plus de chance de l’emporter, ce qui a contribué à l’effondrement du vote néo-démocrate. Le NPD étant l’opposition officielle à Ottawa, il aurait dû être cette option. Visiblement, le NPD a encore beaucoup de chemin à faire en Alberta.

Dans Durham, le NPD de Mulcair a certainement profité de la popularité grandissante du NPD provincial pour accroître ses appuis. Qui sait si ce coup de main sera au rendez-vous lors du prochain scrutin général?

 

Parti libéral du Canada (PLC)

Bonnes nouvelles:

Il a fait une chaude lutte aux conservateurs dans Calgary-Centre. N’eût été des gaffes de Trudeau et McGuinty sur les Albertains, le sort aurait pu en être différent. Le parti, en voie de disparition dans l’Ouest (il ne détient que 4 des 95 circonscriptions à l’ouest de l’Ontario), voudra bâtir sur cette bonne performance. Malgré la faiblesse de la marque libérale à Calgary, les électeurs de centre et centre-gauche ont vu ce parti comme celui pouvant déloger les conservateurs.

Mauvaises nouvelles:

Le Parti vert a obtenu plus de votes au total, hier, que le Parti libéral du Canada: 21 844 contre 20 013.

Pourtant, plusieurs croyaient à l’effet Trudeau, lui qui a fait un peu campagne dans les trois partielles. Or, outre Calgary-Centre, le PLC a été complètement absent de la lutte dans Victoria (13,1 %) et Durham (17,3 %). Dans les deux cas, il a fait moins bien qu’à la précédente élection en 2011, qui était la pire de l’histoire du PLC.

 

Voici les résultats d’hier et ceux de 2011:

Victoria 26 nov.2012   2 mai 2011

NPD             37,2 %           50,8 %

PVC              34,3 %           11,6 %

PCC             14,4 %           23,6 %

PLC              13,1 %           14 %

Taux de participation 2012: 43,9 %

Calgary-Centre 26 nov.2012   2 mai 2011

PCC                         36,9 %            57,7 %

PLC                         32,7 %           17,5 %

PVC                         25,6 %           9,9 %

NPD                        3,8 %             14,9 %

Taux de participation 2012: 29,4 %

Durham 26 nov.2012   2 mai 2011

PCC               50,7 %           54,5 %

NPD              26,3 %           21,1 %

PLC               17,3 %           17,9 %

PVC               4,1 %             5,4 %

Taux de participation 2012: 35,8 %

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Bien que des élections partielles ne nous donnent que rarement l’heure exacte et que la circonscription de Durham ne soit pas à proprement parler emblématique de la diversité canadienne, cela indique indubitablement une certaine tendance et je suis plutôt agréablement surpris de relever que le Parti Vert se soit plutôt bien comporté.

Je pense que le Parti Libéral devrait considérer des alliances avec ce parti dans plusieurs circonscriptions au Canada. Le virage vert du PLC qu’avait initié en son temps Stéphane Dion était peut-être légèrement en avance sur l’époque. C’est pourtant un option intéressante et intelligente qui ouvre la porte sur une manière de faire autrement.

À ce titre d’ailleurs, madame Marois qui est une personne dotée d’intuitions souvent assez justes, a ici même fort bien compris que l’avenir du Québec passe par une intégration réussie de l’environnement.

Il y a fort à croire que ce besoin des gens de vivre dans un espace respectueux des beautés que la nature a à nous offrir, soit un peu plus qu’une mode passagère.

Que le Parti Vert puisse croître électoralement cela affaiblira le NPD permettra au PLC de redevenir l’opposition officielle et démontrera avec la réélection des conservateurs que voter Bloc au Québec c’est au moins la possibilité pour les Québécois de prendre leurs distances avec le puzzle canadien qui a réduit le poids politique du Québec aux communes sous Harper.

Évidemment le Bloc devrait faire l’effort de se redonner une visibilité avec un chef articulé comme un Éric Bédard historien intelligent du politique fort de sa parole qui porte et de sa connaissance de l’histoire politique à Québec comme à Ottawa.

Éric Bédard voici un historien souverainiste qui devrait faire le saut en politique, sa présence devant le public, son pragmatisme politique dans le patriotisme en ferait une recrue de choix pour rebâtir le Bloc ou autrement sinon rejoindre le PQ.

Le Bloc doit mieux se reconstruire se faire l’allié autant du PQ que d’option Nationale, seule voie pour son retour à 34% dans l’électorat.

À la chambre des communes si les Canadiens anglophones découvrent davantage plus la stérilité des libéraux comme des conservateurs, on ne peut que les encourager. Justin la gaffe pour la superficie des choses, Marc Garneau et l’économie dans les étoiles, S.Harper la droite symbolique de sa majesté sur les 20 dollars jusqu’à plus aveugle.

Pendant qu’un T.Mulclair ferait un Lester B.Pearson de lui cela restera à prouver pendant que le Québec s’affaiblit au parlement fédéral?

@ Serge Drouginsky (# 1):

« À ce titre d’ailleurs, madame Marois qui est une personne dotée d’intuitions souvent assez justes, a ici même fort bien compris que l’avenir du Québec passe par une intégration réussie de l’environnement. » (sic)

Votre partisanerie vous aveugle Serge.

On a cessé de comptes les quadruples saltos arrières de Madame Marois au dixième en deux mois.

Et que dire de son « intuition juste » dans le sombre dossier Breton…

N’importe quoi.

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