Les guignols de la FTQ-Construction

Jocelyn Dupuis et Richard Goyette : syndicalistes ou voyous ? La commission Charbonneau, grâce à l’écoute électronique de Diligence, nous a donné une réponse pas mal définitive à la question cette semaine…

Jocelyn Dupuis.  HO / La Presse Canadienne
Jocelyn Dupuis. HO / La Presse Canadienne

Qu’il était dense et polémique, le récent essai de Richard Goyette et Jocelyn Dupuis, affublé d’un titre interrogatif, Syndicalistes ou voyous ?

La commission Charbonneau, grâce à l’écoute électronique de Diligence, nous a donné une réponse pas mal définitive à la question cette semaine. Les ex-leaders de la FTQ-C étaient à la fois syndicalistes ET voyous.

On les entend comploter ensemble pour forcer la main du président de la centrale, Michel Arsenault. M. Dupuis était prêt à déballer son sac dans les médias sur le séjour de M. Arsenault sur le bateau de Tony Accurso, et sur un paiement de 200 000 $ du caïd Raynald Desjardins au président sortant de la FTQ-C.

Malgré son départ de la FTQ-C, M. Dupuis voulait exercer un contrôle de l’externe afin de favoriser les projets de ses amis de la mafia et des Hells Angels au Fonds de solidarité. Pour y parvenir, il avait besoin que Richard Goyette soit nommé au Fonds. L’avocat n’était pas dupe de ces jeux de coulisses. Il en était complice !

Ces complots de salon sont le moindre souci de Jocelyn Dupuis. L’écoute électronique et ses factures de restaurant révèlent qu’il était en contact avec trois mafieux associés au clan Rizzuto (Raynald Desjardins, Antonio Pietrantonio et Tony Volpato), une relation des Hells Angels (Ronnie Beaulieu), un présumé membre des Hells Angels (Normand Marvin Ouimet), un membre en règle (Jacques Émond), un collecteur de dettes à la solde du gang (Marco Bourgouin), le présumé parrain de la mafia (Vito Rizzuto), ses enfants, un collecteur de fonds libéral et voleur d’élections (Gilles Cloutier), et j’en passe.

Comme le faisait remarquer le commissaire Renaud Lachance, l’étendue des connaissances de Jocelyn Dupuis dans le crime organisé est plutôt étrange. Le procureur de la commission, Denis Gallant, s’est montré plus cinglant. «Si vous êtes pas membres des Hells Angels ou de la mafia, vous êtes pas loin», a-t-il lancé.

Richard Goyette, le moteur intellectuel derrière Syndicalistes ou voyous ?, n’est pas le dernier des innocents non plus. L’auteur qui a truffé l’essai de références à Althusser, Chomsky et autres penseurs de la gauche avait demandé la permission («une police d’assurance», disait-il) au caïd Desjardins avant de se présenter aux élections de 2008 à la FTQ-C.

Les deux camarades, empreints de l’idéologie de la lutte des classes, ont élaboré une théorie fumante dans leur essai. Le poids des enquêtes journalistiques et policières s’est abattu sur eux parce qu’ils dérangeaient l’ordre néolibéral établi. Des forces occultes ont voulu les écarter du monde syndical car ils étaient trop efficaces dans la défense des droits des travailleurs.

La FTQ-C était en voie de représenter la moitié des travailleurs de l’industrie quand leurs déboires ont commencé. «On s’en venait trop fort, m’a dit Jocelyn Dupuis lors de la parution de son livre. Le gouvernement ne voulait pas qu’il y ait une force syndicale.»

La commission Charbonneau démontré le caractère rocambolesque de ce procès d’intention. Jocelyn Dupuis menait un train de vie princier à même les cotisations syndicales de ses membres. Il passait probablement autant de temps à brasser des affaires en dessous de la table pour ses amis entrepreneurs, en essayant de leur ouvrir les portes du Fonds de solidarité, qu’il pouvait en passer à défendre les droits et les intérêts des travailleurs. Le pire pour ces honnêtes travailleurs, c’est que de nombreux alliés de Jocelyn Dupuis sont toujours en poste à la FTQ-Construction. À quand la tutelle ?

Une conclusion s’impose à la suite du témoignage de Jocelyn Dupuis. À l’instar des Joe Borsellino et Nicolo Milioto de ce monde, il a témoigné de façon à préserver ses relations dans le monde interlope.

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