Les implications d’une éventuelle solution diplomatique à la crise syrienne

Photo : Peter Macdiarmid / Getty Images
Photo : Peter Macdiarmid / Getty Images

Le ministre syrien des affaires étrangères a accepté un peu plus tôt aujourd’hui de soumettre les armes chimiques détenues par son régime à un contrôle international en vue de leur destruction éventuelle. La concrétisation d’une telle mesure de contrôle de l’armement non conventionnel syrien prendra du temps et elle ne mettra pas un terme à la guerre civile qui ravage la Syrie. Il convient donc d’être extrêmement prudent, voire sceptique vis-à-vis de l’annonce de ce matin. Ce nouveau rebondissement dans la crise syrienne n’en demeure pas moins un développement majeur qui pourrait constituer pour les principaux acteurs impliqués une opportune porte de sortie. En voici un aperçu rapide et préliminaire.

1. Vladimir Poutine

Vladimir Poutine réalise un coup diplomatique majeur en incitant son allié syrien à faire preuve d’ouverture sur les armes chimiques. Il s’impose ainsi comme un intermédiaire incontournable dans l’une des principales crises qui secoue actuellement la scène internationale.

Au-delà, dans la foulée du G20 de Saint-Pétersbourg au cours duquel le président Poutine est parvenu à mobiliser la majorité des pays membres autour de son opposition à une opération militaire menée par les États-Unis, la Russie consolide une position qu’elle affectionne : celle d’une puissance qui compte dans la gestion des affaires du monde et qui peut faire contrepoids aux États-Unis. Après le camouflet infligé dans le cadre de l’affaire Snowden, voici donc une possible nouvelle victoire de la Russie face à la puissance américaine.

2. Barack Obama

L’administration américaine et ses partisans ne manqueront pas de souligner que la menace du recours à la force pour sanctionner l’utilisation d’armes chimiques par le régime de Bachar Al-Assad a permis de faire plier Damas. L’objectif initial des frappes, c’est-à-dire dissuader Al-Assad d’employer de nouveau ce type d’armes aurait donc été atteint.

Il n’en demeure pas moins que ce nouveau rebondissement dans la crise syrienne arrive à point nommé pour le président américain qui était en grande difficulté. D’une part, il revenait du G20 particulièrement isolé sur la scène internationale dans la mesure où aucun pays n’avait manifesté un appui à l’option militaire privilégiée par Washington. La France elle-même s’était quelque peu rétractée lorsque le président Hollande mentionna qu’il attendait de prendre connaissance du rapport des inspecteurs de l’ONU. D’autre part, l’intense travail de conviction de l’opinion publique entrepris depuis une dizaine de jours par l’administration Obama ne semblait pas porter fruits. Bien au contraire, l’issue du vote au Congrès sur une résolution appuyant le recours à la force apparaissait bien incertaine et le scepticisme de l’opinion publique ne faisait que s’amplifier.

Plus fondamentalement, c’est la diplomatie américaine qui apparaît aujourd’hui considérablement affaiblie. La position va-t’en guerre de l’administration, défendue avec vigueur par le secrétaire d’État John Kerry, par la représentante à l’ONU Samantha Power ou encore par la conseillère à la sécurité nationale Susan Rice n’aura convaincu ni la population américaine, ni la communauté internationale. Le président Obama, qui n’a que trop tergiversé sur la question syrienne depuis plus de deux ans, pourrait se retrouver politiquement affaibli alors que d’importants débats de politique intérieure l’attendent, notamment sur le budget et sur l’immigration. Un à peine après sa réélection, est-il déjà un « lame-duck president » alors que ce statut peut enviable afflige habituellement les présidents dans les deux dernières années de leur second mandat ?

3. Bachar Al-Assad

Bachar Al-Assad n’est pas le dictateur stupide et sanguinaire dont trop de médias font la caricature. Il a démontré au cours des derniers jours, notamment à travers ses entrevues avec Le Figaro et avec Charlie Rose de CBS, une habileté politique certaine. S’il continue à bien jouer ses cartes (et le conditionnel est ici très important), il pourrait sortir comme le grand vainqueur de la crise en cours. En effet, alors qu’il y a quelques jours à peine il était un paria ayant employé des armes chimiques contre sa propre population, le fait même qu’il s’engage à coopérer avec la communauté internationale pour contrôler et démanteler ces armes en fait un interlocuteur incontournable qu’il serait mal avisé de renverser ou de trop affaiblir. Les rebelles syriens ne s’y trompent d’ailleurs pas en dénonçant l’option diplomatique qui semble se dessiner et en appelant malgré tout à une opération armée.

Julien Tourreille
Directeur adjoint de l’Observatoire sur les États-Unis

Chaire @RDandurand @UQAM

Suivez-le @JTourreille

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