Les invités sulfureux du Canada

Les deux seuls dirigeants africains que le Canada a invités au sommet du G20, qui aura lieu à la fin juin à Toronto, traînent avec eux de lourds bagages.

Les invités sulfureux du Canada
Photo : Jason Decrow/AP/PC

Le premier est Meles Zenawi, premier ministre de l’Éthiopie, le chouchou africain de l’Agence canadienne de développement international. Aucun autre pays d’Afrique ne bénéficie autant des largesses de l’ACDI. Tant pis si de nombreux pays sont plus pauvres. Par exemple, dans le classement du Programme des Nations unies pour le développement (celui-là même où le Canada est bon quatrième), 10 pays africains arrivent derrière l’Éthiopie. Peu importe que Meles soit un dictateur : il s’est fait réélire, en mai, à l’issue d’une vaste farce électorale. En fait, l’espace démocratique s’est tellement rétréci en Éthiopie que même le Centre (Jimmy) Carter, qui dépêche des observateurs électoraux partout en Afrique, a décliné l’invitation d’en envoyer dans ce pays.

Le second invité africain est le président du Malawi, qui n’est pas, lui, le chouchou des conservateurs. Le gouvernement Harper a même fermé son haut-commissariat dans ce pays du Common­wealth. Mais comme Bingu wa Mutharika est le président en exercice de l’Union africaine, Ottawa lui a fait parvenir un carton d’invitation. Tant pis si un juge de son pays vient de condamner un couple gai à 14 ans de prison et de travaux forcés. Égale Canada, association qui milite pour la défense des droits des gais et des lesbiennes, considère que cette invitation devrait lui être retirée. À ce chapitre, toutefois, peu de dirigeants africains sont fréquentables : hormis en Afrique du Sud, l’homosexualité est presque partout illégale. Comme à l’époque coloniale, il y a 50 ans.