Les jeunes sont insatisfaits de la démocratie québécoise

Depuis les élections québécoises de 2008, la satisfaction relativement à l’état de notre démocratie est en chute libre, révèle le nouvel Indice citoyen des institutions politiques. Les jeunes sont particulièrement désenchantés.

Les jeunes sont insatisfaits de la démocratie québécoise
Photo : iStock

La démocratie québécoise est mal en point. Depuis les élections de 2008, la confiance de la population envers les institutions politiques est en chute libre, révèle un sondage mené par CROP et la chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires de l’Université Laval.

Le premier Indice citoyen des institutions politiques québécoises, obtenu par L’actualité, montre à quel point la perception des élus s’est détériorée entre décembre 2008 et novembre 2011 (bien avant la grève étudiante actuelle). CROP a posé la même série de questions pour mesurer la satisfaction des Québécois relativement à leur système à trois années d’intervalle.

Alors que 68 % des Québécois se disaient « très » ou « assez satisfaits » de la façon dont la démocratie fonctionnait au Québec en 2008, ils n’étaient plus que 53 % à le penser en 2011. « C’est une baisse significative. En temps normal, ces données bougent beaucoup plus lentement », dit Youri Rivest, vice-président de la firme CROP.

En 2008, 50 % de la population était « d’accord ou plutôt d’accord » avec l’affirmation selon laquelle « les gens du gouvernement font ce qui est juste ». Selon les données de 2011, ils ne sont plus que 32 %. Et chez les 18 à 34 ans, cette proportion est d’à peine 24 % (elle atteignait 46 % en 2008).

« C’est inquiétant, parce que les jeunes représentent l’avenir de notre démocratie. Historiquement, les 18 à 34 ans sont plus idéalistes que la moyenne. On devient cynique en vieillissant. Or, on constate que les jeunes le sont maintenant plus que leurs parents », dit Youri Rivest.

Globalement, l’Indice citoyen était de 54 sur 100 en 2008 – 100 équivaut à la satisfaction absolue envers la démocratie. Il n’était plus que de 47 en 2011. « À 54, c’était déjà très faible. Mais passer sous la barre du 50 démontre qu’il existe un sentiment d’inconfort constant. C’est un feu jaune. Il y a plus d’insatisfaits que de satisfaits quant à l’état de notre démocratie », explique le vice-président de CROP.

« La détérioration est très nette depuis trois ans. Et il ne s’agit pas que d’un jugement envers le gouvernement Charest. C’est toute la classe politique qui suscite la méfiance. Les gens n’aiment pas ce qu’ils voient », explique François Gélineau, titulaire de la chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires de l’Université Laval, dont l’Assemblée nationale est partenaire. Il ajoute que le Québec a été « très gâté en matière de controverses depuis quelques années », ce qui a certainement fait bouger l’aiguille.

Autre exemple : alors qu’on observe une multiplication des partis politiques au Québec depuis 2008, 64 % des Québécois affirment pourtant que « tous [ceux-ci] se ressemblent ». Ils étaient 47 % à penser ainsi en 2008. Chez les jeunes de 18 à 34 ans, cette proportion a atteint 52 % en 2011, alors qu’elle s’élevait à 64 % en 2008. « C’est un jugement très dur. Les gens estiment que l’offre politique ne leur convient pas, qu’elle ne se démarque pas d’un parti à l’autre », dit François Gélineau.

Selon les données de 2011, près de 59 % des Québécois pensent qu’ils n’ont pas leur mot à dire à propos des actions du gouvernement. La proportion était de 53 % en 2008.

Inévitablement, un cynisme plus fort entraîne une perte d’intérêt pour la politique. Ainsi, seulement 30 % des Québécois ayant participé au dernier sondage ont dit beaucoup s’en préoccuper, alors qu’ils étaient 35 % en 2008. À l’opposé, près de 22 % ont affirmé peu s’en soucier en 2011, alors qu’ils étaient 15 % trois ans plus tôt.

La seule (petite) bonne nouvelle du coup de sonde est qu’une majorité de Québécois continue à croire que les élections constituent une façon de tenir les gouvernements responsables de leurs actes. En 2008, 83 % des personnes interrogées ont répondu en ce sens. Le résultat actuel est de 71 %, et chez les 18 à 34 ans, la proportion chute à 59 % (elle était de 87 % en 2008). « Cet indicateur est aussi en baisse, mais au moins, il est encore au-dessus du 50 %. C’est rassurant dans la mesure où les élections représentent la base de notre système démocratique », dit Youri Rivest.

Le même sondage sera effectué l’an prochain pour mesurer l’évolution de confiance de la population envers les institutions politiques depuis novembre 2011. Tous les résultats peuvent être consultés ici, en format PDF.

Les deux sondages identiques ont été menés auprès de 1000 adultes ayant le droit de vote au Québec. Celui de 2008 provient d’une enquête téléphonique, alors que celui de 2011 a été effectué à l’aide d’un panel Internet. Dans les deux cas, on a pondéré les résultats afin de refléter la distribution de la population selon le sexe, l’âge, la région de résidence, la langue d’usage, la langue maternelle et le niveau de scolarité.